AFRISAVE : une innovation en santé numérique pensée pour sauver des vies en moins de cinq secondes, même hors connexion
Heure de publication 18:40 - Temps de lecture : 3 min 59 s
AFRISAVE est une solution healthtech en cours de structuration qui vise à améliorer l’accès rapide aux informations médicales essentielles, même en contexte de faible connectivité, afin de renforcer la prise en charge des patients en Afrique. – © AFRISAVE.
Texte par : Thalf Sall
Dans de nombreux hôpitaux africains, l’urgence médicale se heurte à un obstacle invisible mais fatal : l’absence d’informations fiables sur le patient. Allergies inconnues, traitements ignorés, dossiers inexistants. C’est pour répondre à cette faille systémique que naît AFRISAVE, une innovation healthtech conçue pour fonctionner même sans internet et permettre l’accès instantané aux données médicales vitales. Une solution pensée en Afrique, pour les réalités africaines, portée par un parcours personnel marqué par la frontière entre deux systèmes de santé.
Dans les services d’urgence en Afrique, le même scénario se répète quotidiennement. Un patient arrive inconscient ou incapable de communiquer. Les soignants doivent agir vite, parfois dans l’incertitude totale. Groupe sanguin inconnu, allergies non documentées, traitements en cours impossibles à vérifier. Dans ces conditions, chaque décision devient un pari.
Selon plusieurs observations du terrain médical en Afrique de l’Ouest, une part importante des complications évitables en milieu hospitalier est liée non pas à un manque de compétence, mais à un manque d’information. Le système repose encore largement sur des carnets papier fragiles, souvent absents, incomplets ou inexploitables en situation d’urgence.
À cela s’ajoutent des contraintes structurelles majeures : coupures d’électricité fréquentes, connexions internet instables, absence d’interopérabilité entre les structures de santé. Les solutions numériques classiques, souvent conçues pour des environnements connectés en permanence, échouent à s’adapter à cette réalité.
Cette fracture informationnelle touche également la diaspora africaine, confrontée à une difficulté supplémentaire : le suivi médical de proches restés au pays, dans des systèmes fragmentés et peu connectés.
C’est dans ce contexte que s’inscrit AFRISAVE.
Les causes profondes : un système de santé fragmenté et des solutions inadaptées
Le problème ne se limite pas à la technologie. Il est structurel. Dans de nombreux pays africains, les systèmes de santé évoluent de manière parallèle, entre secteur public et privé, sans véritable interconnexion. Chaque structure conserve ses propres dossiers, souvent sans standardisation. Le patient devient alors le seul vecteur de son historique médical.
Cette organisation crée trois ruptures majeures. D’abord une rupture d’information entre établissements. Ensuite une rupture temporelle, car les données ne suivent pas le patient dans le temps. Enfin une rupture géographique, particulièrement critique pour les zones rurales et les urgences mobiles.
À ces fragilités s’ajoute une dépendance excessive aux solutions cloud importées, inadaptées aux environnements à faible connectivité. Le numérique, censé résoudre le problème, devient parfois une nouvelle barrière.
C’est précisément cette triple faille, médicale, technologique et organisationnelle, qu’AFRISAVE cherche à combler.
AFRISAVE : une carte QR et un système “offline-first” pensé pour les urgences
AFRISAVE repose sur une idée simple mais structurante : rendre l’information médicale immédiatement accessible, partout, même sans internet. Le dispositif combine deux éléments complémentaires. Une carte QR physique, remise à chaque patient, et une application médicale locale installée dans les structures de santé.
En cas d’urgence, un professionnel habilité scanne la carte et accède en moins de cinq secondes aux informations essentielles : groupe sanguin, allergies, traitements en cours, contacts d’urgence et antécédents critiques.
Le système est conçu selon une approche dite “local-first”. Contrairement aux solutions classiques dépendantes du cloud, AFRISAVE fonctionne sur un réseau local sécurisé installé directement dans la clinique ou l’hôpital. L’absence d’internet ne bloque pas l’accès aux données.
Le dispositif intègre aussi une architecture d’accès différencié, permettant de sécuriser les informations selon les profils : médecin, infirmier, pharmacien, urgentiste ou administrateur. Ce choix technologique répond à une contrainte centrale : la continuité de service dans des environnements instables.
De l’expérience personnelle à la solution systémique : le parcours du fondateur
Derrière AFRISAVE, il y a un parcours hybride entre deux mondes. Son fondateur, Mawaba Adabi, grandit en France dès l’âge de quatre ans, où il développe une expertise de plus de dix ans dans les infrastructures IT au sein de grandes entreprises. Son expérience personnelle du système de santé français, notamment liée à son handicap, lui permet de constater ses propres limites : fragmentation de l’information, erreurs de transmission, pertes de données entre professionnels.
Ses allers-retours réguliers entre la France et l’Afrique renforcent cette lecture comparative. D’un côté, un système structuré mais parfois rigide. De l’autre, des systèmes souvent confrontés à des contraintes d’infrastructure beaucoup plus fortes, où l’absence de dossier médical partagé devient critique.
Un événement personnel marque un tournant décisif. Le décès d’un proche en Afrique, dans un contexte où une information médicale essentielle n’avait pas été prise en compte, agit comme un déclencheur.
De cette expérience naît une conviction : l’Afrique n’a pas besoin de solutions importées, mais de technologies adaptées à ses réalités.
Il quitte alors une trajectoire professionnelle confortable pour se consacrer entièrement à AFRISAVE.
Un modèle reproductible et une ambition continentale
AFRISAVE entre aujourd’hui dans une phase de structuration avancée. Un MVP fonctionnel a déjà été présenté à un comité médical composé de trois praticiens, permettant de valider les principales fonctionnalités du système et sa pertinence en contexte clinique.
La prochaine étape porte sur le développement de la version 2 de production, intégrant une architecture local-first, des applications mobiles et des cartes QR physiques destinées aux patients. Cette phase technique s’accompagne de la préparation d’un déploiement pilote prévu dans trois cliniques privées en Côte d’Ivoire au cours du second semestre 2026.
Le choix de la Côte d’Ivoire comme terrain d’expérimentation n’est pas anodin. Le secteur de la santé y représente 675 milliards de FCFA (près d’un milliard d’euros), avec plus de 5 800 structures sanitaires, 50 000 professionnels de santé et 8 millions de foyers potentiellement concernés. À ce potentiel local s’ajoute un levier stratégique majeur : une diaspora importante, ouvrant la voie à des usages familiaux transnationaux, notamment dans le suivi médical à distance.
Sur le plan économique, AFRISAVE repose sur un modèle hybride combinant plusieurs segments complémentaires : les établissements de santé (B2B), les patients (B2C) et les institutions publiques (B2G). Cette approche vise à assurer une adoption progressive et large, tout en construisant un modèle de viabilité économique à moyen terme.
Au-delà du déploiement initial, l’architecture du système a été conçue dès le départ pour être reproductible dans d’autres pays africains confrontés à des contraintes similaires : fragmentation des systèmes de santé, connectivité limitée et absence d’interopérabilité des données médicales. À terme, une extension progressive vers plusieurs pays de l’espace OAPI est envisagée, dans une logique de montée en échelle régionale.
État d’avancement et besoins
AFRISAVE recherche actuellement un financement de 90 000 € (environ 59 millions FCFA) afin de finaliser le développement de la version 2, déployer les trois cliniques pilotes en Côte d’Ivoire, constituer et structurer l’équipe terrain et renforcer la conformité réglementaire du dispositif.
La trajectoire économique projetée prévoit une atteinte de la rentabilité autour de la troisième année, avec une phase d’expansion régionale à partir de 2029 couvrant jusqu’à 17 pays de l’espace OAPI.
Une dynamique de développement en cours
Le projet AFRISAVE entre désormais dans une étape décisive articulée autour de quatre axes majeurs : structuration et stabilisation du MVP, validation terrain en conditions réelles, accélération du développement technique et préparation opérationnelle du pilote ivoirien.
Dans cette phase de transition, le fondateur engage une démarche d’ouverture et de collaboration. Il souhaite échanger avec des investisseurs à impact, des partenaires stratégiques, des professionnels de santé, des experts technologiques, des acteurs institutionnels, ainsi que toute personne intéressée par l’avenir de la santé digitale en Afrique.
Car au cœur de cette initiative demeure une conviction forte : les innovations les plus durables naissent rarement seules, mais de la rencontre entre des compétences, des visions et des engagements complémentaires.
