Labtani : la santé numérique qui veut réparer les maillons faibles du parcours médical en Afrique
Heure de publication 11:42 - Temps de lecture : 3 min 52 s
Avec Labtani, la donnée de santé passe du simple stockage à l’action concrète : la startup guinéenne veut fluidifier le parcours médical, renforcer la continuité des soins et contribuer à la transformation numérique des systèmes de santé africains, à l’image d’initiatives concrètes comme iYara au Bénin qui réinventent l’accès aux soins grâce au numérique. – © Labtani.
Texte par : Thalf Sall
Un rendez-vous oublié, un résultat d’analyse mal compris, un dossier médical dispersé ou un patient perdu dans un système saturé : derrière ces situations quotidiennes se cachent des pertes invisibles qui fragilisent la qualité des soins. En Guinée et au-delà, Labtani propose une réponse technologique ambitieuse : utiliser la donnée de santé, l’automatisation et l’intelligence artificielle pour reconnecter patients, médecins, laboratoires et structures médicales. Une innovation portée par un entrepreneur de la diaspora, Mohamed Lamar Diallo, qui veut faire de la santé digitale un levier d’équité et d’efficacité.
Dans de nombreux pays africains, l’accès aux soins ne dépend pas uniquement du nombre de médecins ou de la disponibilité des infrastructures. Il repose aussi sur la capacité d’un système à organiser l’information, coordonner les acteurs et maintenir un lien continu avec le patient.
Chaque jour, des patients oublient une prise de médicament, ne comprennent pas toujours leurs résultats d’examens ou interrompent un suivi médical faute de rappels adaptés. Du côté des professionnels, les tâches administratives occupent une partie importante du temps consacré aux patients : gestion des rendez-vous, recherche d’historiques médicaux, classement des documents, transmission des résultats.
Cette fragmentation constitue un défi majeur dans des environnements où les ressources humaines sont déjà sous pression. Les outils numériques existent, mais ils restent souvent dispersés, peu adaptés aux réalités locales ou difficiles à intégrer dans le quotidien des soignants.
C’est précisément sur cette faille que Labtani a construit son approche : non pas ajouter une application supplémentaire, mais créer une infrastructure numérique capable de simplifier et sécuriser le parcours de soins.
Une plateforme conçue pour agir, pas seulement alerter
Créée en 2025, Labtani Inc. développe une plateforme de santé numérique destinée aux patients, aux médecins, aux cliniques et aux laboratoires. Son ambition : transformer les données médicales en informations utiles au bon moment.
Pour les patients, la solution facilite la prise de rendez-vous médicaux, l’accès aux consultations, la réservation d’analyses de laboratoire et le suivi de certains éléments de santé depuis un téléphone. L’utilisateur peut créer un compte, choisir un service médical et organiser son parcours en quelques étapes.
Pour les professionnels de santé, Labtani centralise plusieurs fonctions essentielles : agenda médical, dossiers patients numériques, suivi des consultations, automatisation administrative et outils d’aide à la structuration des informations cliniques.
La différence revendiquée par la startup repose sur une philosophie simple : la technologie doit fonctionner en arrière-plan. Elle ne doit pas ajouter une nouvelle charge aux équipes médicales, mais leur permettre de gagner du temps et de réduire les erreurs évitables.
L’entreprise développe également des outils utilisant l’intelligence artificielle, notamment pour faciliter la saisie de documents médicaux grâce à la reconnaissance vocale et à l’automatisation des formulaires. Avec sa fonctionnalité FormScribe, Labtani explore une nouvelle manière d’interagir avec les dossiers cliniques : le professionnel parle, l’information est structurée, puis validée par le soignant.
Une innovation née entre l’Afrique et l’Amérique du Nord
À l’origine de cette aventure se trouve Mohamed Lamar Diallo, entrepreneur technologique installé au Canada et originaire de Guinée. Fort de plus d’une décennie d’expérience entre l’Afrique et l’Amérique du Nord, il porte une vision : connecter les innovations numériques mondiales aux réalités concrètes des systèmes de santé africains.
Son parcours illustre une tendance croissante : celle d’une diaspora africaine qui ne se limite plus au transfert de compétences, mais crée directement des solutions adaptées aux besoins du continent.
Labtani s’inscrit dans cette dynamique en développant une technologie pensée pour différents environnements : cliniques urbaines, cabinets indépendants, laboratoires ou zones confrontées à des contraintes de connectivité. Cette capacité d’adaptation constitue un élément stratégique pour envisager un déploiement à grande échelle.
La startup cherche aussi à renforcer sa crédibilité technologique au niveau international. Elle fait partie des entreprises canadiennes sélectionnées dans le cadre d’un programme consacré à la gestion de la propriété intellectuelle liée à l’intelligence artificielle, porté par SCALE AI avec le soutien de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada.
Un potentiel considérable, des exigences à la hauteur des ambitions
L’impact potentiel de Labtani dépasse largement la simple prise de rendez-vous en ligne. En structurant les données médicales, en facilitant le suivi des patients et en réduisant les tâches administratives qui ralentissent les professionnels de santé, la plateforme cherche à améliorer l’ensemble du parcours de soins. Son ambition est claire : rendre l’information médicale plus accessible, plus compréhensible et plus utile, afin de favoriser des décisions plus rapides et mieux coordonnées entre patients, médecins et structures sanitaires.
Dans un contexte comme celui de la Guinée, où l’accès aux soins demeure marqué par des disparités territoriales et organisationnelles, les solutions numériques peuvent contribuer à rapprocher l’offre médicale des populations. Elles offrent de nouvelles possibilités pour assurer un meilleur suivi des patients, notamment dans les zones où les déplacements, les délais d’attente ou le manque de coordination constituent encore des obstacles importants.
Cette transformation numérique de la santé ne doit toutefois pas être considérée comme une réponse miracle. Comme toutes les innovations médicales, Labtani devra relever plusieurs défis majeurs : garantir la confidentialité et la sécurité des données de santé, renforcer la confiance des utilisateurs, accompagner les professionnels dans l’adoption des nouveaux outils et démontrer la viabilité de son modèle dans des environnements africains aux réalités diverses.
La technologie ne remplacera ni l’expertise médicale, ni les investissements indispensables dans les infrastructures sanitaires, ni la relation humaine au cœur du soin. Elle peut néanmoins devenir un accélérateur d’efficacité en permettant aux acteurs existants de mieux exploiter leurs ressources et de consacrer davantage de temps aux patients.
L’expérience d’autres initiatives africaines confirme cette dynamique. Au Bénin, par exemple, iYara développe une approche intégrée combinant prise de rendez-vous, téléconsultation, ordonnances électroniques, dossier médical numérique et assistance intelligente. Ces expériences montrent qu’une innovation conçue à partir des réalités africaines peut progressivement contribuer à transformer les systèmes de santé au-delà des frontières nationales.
Avec Labtani et iYara, l’enjeu dépasse donc la création d’une nouvelle application : il s’agit de démontrer que la donnée de santé, lorsqu’elle est mieux organisée et utilisée de manière responsable, peut devenir un véritable levier de prévention, de continuité des soins et d’amélioration de la qualité médicale. L’avenir de la santé africaine se construira autant dans les établissements de soins que dans la capacité à connecter les bonnes informations aux bonnes personnes, au bon moment.
