Afrique : pourquoi une administration forte est la clé du développement durable
La construction des cités thématiques améliorera le rendement des services publics africains.
Texte par : Kafoun Barry
Depuis plusieurs décennies, les diagnostics sur les freins au développement africain s’accumulent. Rapports internationaux, études universitaires, analyses d’experts et évaluations institutionnelles convergent vers un même constat. Le développement durable de l’Afrique ne pourra se concrétiser sans une administration publique forte, modernisée et centrée sur l’humain. Au cœur de cette équation se joue l’avenir même de l’action publique et de la confiance entre l’État et les citoyens.
Les pays africains font face à des défis multidimensionnels. Croissance démographique rapide, urbanisation accélérée, pression sociale, besoins croissants en services publics, transition numérique, changement climatique. Dans ce contexte, l’administration publique constitue le principal instrument de mise en œuvre des politiques publiques.
Pourtant, après de nombreuses consultations menées auprès d’acteurs politiques, économiques, sociaux et de membres de la diaspora, un constat s’impose. Dans de nombreux États africains, l’administration peine à répondre efficacement aux attentes des citoyens. Retards chroniques, désorganisation, lourdeurs bureaucratiques, déficit de moyens et parfois manque de motivation des agents entravent l’exécution des programmes publics, même lorsque les orientations stratégiques sont pertinentes.
L’enjeu n’est donc pas uniquement politique ou financier. Il est profondément institutionnel et humain.
Redonner toute sa place au fonctionnaire
L’efficacité d’une administration repose avant tout sur les femmes et les hommes qui la composent. Or, dans de nombreux pays africains, la dimension sociale de l’emploi public a longtemps été négligée. Le fonctionnaire, pourtant pilier de l’État, est souvent confronté à des conditions de vie précaires, à une pression économique élevée et à un environnement de travail peu propice à la performance.
Face à la flambée des prix de l’immobilier et aux dérives d’un marché largement spéculatif, les agents publics figurent parmi les principales victimes. Beaucoup sont contraints de vivre loin de leur lieu de travail, dans des zones périurbaines mal desservies, ce qui affecte directement leur ponctualité, leur disponibilité et leur engagement.
C’est dans ce contexte qu’émerge une approche innovante et structurante, fondée sur un principe simple mais ambitieux. Garantir un logement à chaque fonctionnaire.
Le logement comme levier de performance publique
L’idée d’un logement pour chaque agent de l’État ne relève pas d’une politique sociale assistancielle. Il s’agit d’un investissement stratégique dans la performance administrative. En intégrant l’habitat à la politique de gestion des ressources humaines publiques, l’État crée les conditions d’un environnement de travail plus stable, plus apaisé et plus efficace.
Cette approche rompt avec les programmes immobiliers classiques fondés sur la rentabilité financière. Elle privilégie une logique de service public, adaptée aux réalités économiques et sociales des agents. Rapprocher le fonctionnaire de son lieu de travail, c’est réduire les temps de transport, limiter l’absentéisme, améliorer la qualité de vie et, in fine, renforcer la qualité du service rendu aux citoyens.
Les cités thématiques, une réponse structurante à l’urbanisation
Dans les grandes agglomérations africaines, la mise en place de cités thématiques constitue une réponse innovante aux défis de l’urbanisation et de l’organisation administrative. Ces cités regroupent les agents par secteur d’activité, enseignants, personnels de santé, forces de sécurité, agents des finances ou de l’administration territoriale, dans des espaces résidentiels modernes et fonctionnels.
Au-delà du logement, ces cités intègrent des infrastructures essentielles telles que des écoles, des centres de santé, des commerces, des espaces de loisirs et des équipements collectifs. Elles permettent aux agents de concilier vie professionnelle et vie familiale tout en restant proches de leurs lieux de travail.
Cette organisation spatiale génère également des économies structurelles pour l’État. La réduction progressive des primes de logement et de transport allège les budgets de fonctionnement, tout en améliorant la productivité et la discipline administrative.
Une administration de proximité réellement incarnée
La question du logement des agents prend une dimension encore plus stratégique au niveau local. Une administration territoriale efficace suppose des agents présents, disponibles et enracinés dans les collectivités qu’ils servent. Il est incohérent de vouloir rapprocher l’administration des administrés lorsque les agents eux-mêmes vivent à des dizaines de kilomètres de leur lieu d’affectation.
En garantissant un logement aux agents des collectivités territoriales dans les zones où ils exercent, l’administration de proximité devient une réalité tangible. Cette présence renforce la continuité du service public, la réactivité administrative et la confiance des populations locales.
Moderniser l’administration pour restaurer la confiance
Une administration apaisée ne peut se concevoir sans une modernisation profonde de ses pratiques. La transparence dans les concours de recrutement, le respect strict des textes en vigueur et l’égalité des chances doivent devenir des principes non négociables.
Parallèlement, la transformation numérique de l’administration s’impose comme une priorité. Informatique performante, accès généralisé à Internet, dématérialisation des procédures, archivage numérique et automatisation des démarches permettent de réduire les délais, de limiter les risques de corruption et d’améliorer l’expérience des usagers.
La systématisation des appels à candidatures pour les postes de responsabilité, fondée sur les compétences et le mérite, participe également à la professionnalisation de l’État.
Le développement durable de l’Afrique ne se décrète pas. Il se construit à travers des institutions solides, crédibles et humaines. En plaçant le fonctionnaire au cœur de la réforme, en investissant dans son bien-être, son logement et ses compétences, l’État africain se dote d’un levier puissant de transformation.
Une administration modernisée, décentralisée et socialement responsable n’est pas un coût. C’est un investissement stratégique pour l’avenir du continent.
