SsAfe : au Bénin, un robot intelligent pour transformer l’accès à l’eau potable

Heure de publication 11:45 - Temps de lecture : 3 min 32 s

Un prototype de système intelligent d’analyse et de traitement de l’eau, capable d’adapter automatiquement les procédés d’assainissement selon les polluants détectés et les usages visés. – © Image générée.

Texte par : Kafoun Barry

Face au défi persistant de l’accès à une eau sûre en Afrique, une startup béninoise propose une réponse concrète : un robot capable d’analyser, traiter et recycler l’eau grâce à l’intelligence artificielle. Une innovation prometteuse, à la croisée de la science, de l’impact social et des réalités locales.

Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène reste un objectif encore lointain. Selon un rapport récent de l’OMS et de l’UNICEF publié lors de la Semaine mondiale de l’eau 2025, 2,1 milliards de personnes dans le monde – soit une personne sur quatre – ne disposent toujours pas d’une eau potable gérée en toute sécurité. Parmi elles, 106 millions sont contraintes de consommer directement des eaux de surface non traitées, les exposant à des risques sanitaires majeurs.

Au-delà de l’eau potable, les inégalités sont encore plus marquées en matière d’assainissement et d’hygiène : 3,4 milliards de personnes n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates, et 1,7 milliard ne disposent pas de services d’hygiène de base à domicile. Ces déficits touchent en priorité les populations les plus vulnérables, notamment dans les pays à faible revenu, les zones rurales et les contextes fragiles, où l’accès à l’eau potable reste en moyenne inférieur de près de 40 % à celui des autres régions.

Ces disparités ne sont pas seulement techniques, elles sont aussi sociales. Dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne, les femmes et les jeunes filles sont les premières concernées, consacrant parfois plus de 30 minutes par jour à la collecte de l’eau, au détriment de leur éducation, de leur santé et de leurs activités économiques.

Les conséquences sont multiples : maladies hydriques persistantes, pression accrue sur les systèmes de santé, perte de productivité et reproduction des inégalités. Dans certains contextes, ne pas disposer d’un robinet à domicile demeure encore une réalité quotidienne, révélatrice d’un déficit structurel d’accès à un service essentiel.

C’est dans ce contexte d’urgence et d’inégalités persistantes qu’émerge la startup béninoise SsAfe, fondée par la chercheuse Marielle Yasmine Agbahoungbata, avec l’ambition de proposer une solution technologique concrète, adaptée aux réalités locales et capable de transformer durablement l’accès à une eau de qualité.

 

WatAIR : une mini-station intelligente au service des usages quotidiens

 

Au cœur de l’innovation portée par SsAfe se trouve WatAIR, un robot d’assainissement de l’eau conçu comme une mini-station d’épuration décentralisée. Son principe est simple en apparence, mais technologiquement avancé : analyser l’eau en temps réel et déterminer automatiquement le traitement le plus adapté en fonction de la nature et de la concentration des polluants.

Selon la fondatrice, le robot est capable d’analyser les polluants présents dans l’eau et de déterminer automatiquement le traitement le plus adapté, en fonction des usages envisagés : eau potable, irrigation ou lavage. Grâce à l’intelligence artificielle, le système ajuste les quantités de réactifs nécessaires, optimisant ainsi les ressources et limitant les coûts.

Contrairement aux infrastructures classiques, souvent centralisées et coûteuses, WatAIR combine les avantages des systèmes collectifs et individuels. Il peut être utilisé à l’échelle d’un ménage, d’un groupe d’usagers ou d’une petite communauté, tout en garantissant une qualité de traitement comparable à celle des stations conventionnelles.

L’innovation va plus loin en intégrant une dimension inclusive. Une assistance vocale en cours de développement permettra aux utilisateurs d’interagir avec le robot dans des langues locales africaines telles que le fon, le bambara, le swahili ou le wolof. Cette fonctionnalité vise à lever les barrières liées à l’analphabétisme et à faciliter l’appropriation de la technologie, notamment par les femmes en milieu rural.

Le projet, soutenu par des partenaires internationaux comme l’Unesco, la Fondation OCP et des structures dédiées à l’intelligence artificielle, mobilise une équipe pluridisciplinaire de scientifiques et d’étudiants béninois, contribuant à renforcer les compétences locales.

 

Impact et regard d’expert

 

Les travaux menés autour du robot WatAIR mettent en évidence un potentiel technologique significatif. Conçu pour analyser différents types d’eaux usées – domestiques, industrielles ou hospitalières – le dispositif ouvre des perspectives importantes en matière de santé publique et de gestion plus durable des ressources hydriques, en particulier dans des contextes où les infrastructures d’assainissement restent limitées ou insuffisantes.

Les essais réalisés en environnement contrôlé indiquent que le système est capable d’identifier la nature des polluants et d’adapter automatiquement les paramètres de traitement. Cette approche, basée sur l’intelligence artificielle, vise à optimiser l’utilisation des ressources nécessaires au traitement de l’eau, à limiter les pertes chimiques et énergétiques, et à améliorer la qualité de l’eau en sortie de dispositif.

Au-delà de l’innovation technologique, la solution s’inscrit dans une logique d’adaptabilité. À terme, elle pourrait être déployée à différentes échelles – domestique, communautaire ou institutionnelle – offrant ainsi une alternative potentielle aux infrastructures centralisées, souvent lourdes, coûteuses et longues à mettre en œuvre dans certaines régions.

Cependant, le projet demeure à ce stade en phase de développement et de validation. Les prochaines étapes seront déterminantes pour confirmer sa robustesse dans des conditions réelles d’utilisation. Le passage à l’échelle dépendra notamment de la mobilisation de financements complémentaires, du renforcement de partenariats institutionnels et industriels, ainsi que de la validation du système dans des environnements diversifiés.

D’autres facteurs joueront un rôle clé dans son déploiement futur, particulièrement l’acceptabilité sociale, la formation des utilisateurs et la maîtrise du coût final de la technologie, condition essentielle pour garantir son accessibilité dans les contextes les plus vulnérables.

« L’intelligence artificielle offre aujourd’hui des capacités nouvelles pour traiter des problématiques complexes comme l’accès à l’eau. On observe une montée en compétence des équipes africaines dans la conception de solutions contextualisées, capables d’apporter des réponses plus rapides et adaptées que certains modèles traditionnels », confie un expert en intelligence artificielle appliquée aux enjeux de développement.

Cette analyse met en évidence un enjeu central : réussir la transition entre une innovation de laboratoire et une solution opérationnelle, durable et intégrée dans les politiques publiques de gestion de l’eau.

 

Une innovation africaine appelée à changer d’échelle

 

L’initiative SsAfe s’inscrit dans une dynamique plus large d’innovations africaines conçues localement pour répondre à des défis globaux, notamment ceux liés à l’accès aux services essentiels.

Dans cette perspective, le projet WatAIR sera amplifié lors de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), prévue les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. Cette plateforme internationale vise à mettre en lumière des solutions concrètes, à favoriser leur structuration et à accompagner leur passage à l’échelle.

En offrant une visibilité internationale à ce type d’initiatives, la SAS contribue à faire évoluer le regard porté sur l’Afrique : non plus uniquement comme un espace de contraintes, mais comme un territoire d’innovation, d’expérimentation et de production de solutions adaptées aux enjeux contemporains.

SsAfe illustre une dynamique en cours : celle d’une Afrique qui mobilise la science, l’ingénierie et l’entrepreneuriat pour répondre à ses propres défis structurels.

Si le projet en est encore à une étape de consolidation scientifique et institutionnelle, il ouvre des perspectives concrètes en matière d’innovation pour l’accès à l’eau et la gestion durable des ressources hydriques.

Au-delà de la technologie elle-même, WatAIR incarne une ambition plus large : rendre l’innovation utile, contextualisée et progressivement intégrée dans les systèmes existants. Une trajectoire qui, si elle se confirme à grande échelle, pourrait inspirer bien au-delà du continent africain.

Marielle Yasmine Agbahoungbata, chercheuse et cofondatrice de la startup SsAfe, à l’origine du projet WatAIR, une solution innovante visant à améliorer l’accès à l’eau potable grâce à l’intelligence artificielle. – © Agence universitaire de la francophonie.


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Catégories

video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon
video-play-icon