Léonce Houngbadji sur Ifrikya FM, une radio publique algérienne : « Il est temps de changer le récit : l’Afrique n’est pas seulement un défi, elle est déjà une solution »

Heure de publication : 19:30 - Temps de lecture : 6 min 09 s

Léonce Houngbadji invité par Younès Djama sur Ifrikya FM pour un échange autour de l’Afrique des solutions. – © Ifrikya FM.

Transcription : Thalf Sall

Invité ce 7 avril 2026 sur Ifrikya FM, radio publique algérienne, Léonce Houngbadji revient sur l’ambition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) dont la 4è édition aura lieu du 23 au 24 octobre 2026 à Paris. À travers une approche fondée sur le journalisme de solutions, il défend une vision puissante : celle d’une Afrique qui innove, agit et transforme déjà le monde. Plus qu’un événement, la SAS s’impose comme une plateforme stratégique pour valoriser les initiatives à impact, connecter les acteurs et réinventer durablement le récit du continent. Découvrez l’intégralité de l’échange avec Younès Djama.

Le thème de la 4è édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), prévue du 23 au 24 octobre 2026 à Paris, est : « Génération Solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme ». Pouvez-vous nous présenter brièvement de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) et nous dire pourquoi cet événement est aujourd’hui si important ?

 

Je tiens d’abord à remercier chaleureusement votre radio, un média public basé en Algérie, pour cette invitation à participer à votre émission. C’est un véritable honneur de pouvoir échanger avec votre audience et de partager la vision et les actions de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS). Votre accueil et votre intérêt pour les initiatives africaines à impact font de cette discussion un moment particulièrement précieux et inspirant.

La Semaine l’Afrique des Solutions, que nous appelons la SAS, est un événement international majeur qui met en lumière une Afrique innovante, créative et résolument tournée vers les solutions concrètes. La 4è édition se tiendra les 23 et 24 octobre 2026 à Paris.

Son importance aujourd’hui est majeure, parce que nous sommes à un tournant : il ne s’agit plus seulement de parler des défis de l’Afrique, mais de valoriser ce qui fonctionne, ce qui transforme déjà le continent. La SAS, c’est une vitrine de cette Afrique qui agit, qui entreprend et qui propose des réponses aux enjeux globaux.

Notre singularité repose sur une approche éditoriale claire et engagée : le journalisme de solutions. Concrètement, cela signifie que nous ne nous contentons pas de relater les difficultés, mais que nous choisissons de mettre en lumière les réponses concrètes, les innovations et les réussites qui transforment déjà l’Afrique.

Cette démarche est essentielle, car les récits façonnent les perceptions, et les perceptions influencent les décisions. En valorisant des initiatives crédibles, mesurables et reproductibles, nous contribuons à faire émerger une image plus juste, plus équilibrée et surtout plus dynamique du continent.

Nous racontons ainsi une autre Afrique : une Afrique qui innove, qui entreprend, qui résout ses propres défis et qui, de plus en plus, inspire le reste du monde. En amplifiant ces solutions, nous créons un effet levier : nous donnons de la visibilité à des acteurs souvent peu médiatisés, nous facilitons les connexions avec des partenaires ou des investisseurs, et nous encourageons le passage à l’action.

Au fond, notre ambition est double : changer le regard porté sur l’Afrique, mais aussi susciter l’engagement. Car en mettant en avant des réussites concrètes et inspirantes, nous montrons que le changement est déjà en marche – et qu’il est possible, pour chacun, d’y contribuer.

 

En quoi cet événement se distingue-t-il des autres initiatives consacrées à l’Afrique ?

 

La Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) se distingue avant tout par un positionnement éditorial assumé et différenciant : faire du journalisme de solutions sa véritable colonne vertébrale. Là où de nombreuses initiatives se concentrent encore sur les diagnostics et les défis du continent, la SAS choisit résolument de mettre en lumière des réponses concrètes, mesurables et reproductibles.

Cette approche n’est pas seulement narrative, elle est stratégique. En valorisant des initiatives à impact réel, la SAS contribue à changer le regard sur l’Afrique, à renforcer la confiance des acteurs et à accélérer la mise à l’échelle des solutions existantes.

Par ailleurs, l’événement se distingue par la diversité et la complémentarité de ses participants – entrepreneurs, innovateurs, chercheurs, décideurs, médias, journalistes, communicants, créateurs de contenu, universitaires, scientifiques, investisseurs – réunis autour d’une exigence commune : démontrer, preuves à l’appui, leur capacité à transformer positivement les réalités.

La SAS n’est donc pas qu’un espace de dialogue. C’est une plateforme d’inspiration, de visibilité et de connexions stratégiques, conçue pour faire émerger des opportunités concrètes et favoriser des collaborations à fort impact.

 

Quels sont les principaux objectifs que vous poursuivez à travers cette 4ᵉ édition ?


Pour cette 4ᵉ édition, la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) poursuit une ambition claire, structurée autour de trois priorités complémentaires : valoriser, connecter et transformer.

D’abord, valoriser ce qui fonctionne déjà. Il s’agit d’identifier, documenter et amplifier des initiatives africaines à fort impact dans des secteurs stratégiques – santé, agriculture, éducation, environnement, finance ou technologie. L’enjeu est simple : montrer, preuves à l’appui, que des solutions concrètes existent et qu’elles méritent d’être visibles, soutenues et répliquées à grande échelle.

Ensuite, créer des ponts durables entre l’Afrique et le reste du monde, en particulier avec les diasporas. La SAS agit comme un catalyseur de connexions utiles – entre porteurs de projets, investisseurs, décideurs et médias – afin de transformer les idées en opportunités réelles et en collaborations à fort impact.

Enfin, influencer les récits. Trop souvent enfermée dans une narration des défis, l’Afrique est ici présentée dans sa réalité dynamique : un continent déjà en transformation, porté par ses talents, ses innovations et ses réussites. Ce changement de regard est stratégique, car il conditionne la confiance, l’investissement et l’engagement.

Au fond, la SAS ne se limite pas à raconter des histoires positives : elle fédère des énergies et accélère des transformations concrètes, en s’appuyant sur quatre piliers essentiels – innovation, impact, inclusion et inspiration.

 

Quels impacts concrets attendez-vous, à la fois pour les acteurs africains et pour la diaspora ?

 

Nous attendons des impacts très concrets. Pour les acteurs africains, c’est de la visibilité, des partenariats, des financements potentiels.

Pour la diaspora, c’est une reconnexion avec les dynamiques du continent, mais aussi des opportunités d’investissement et d’engagement.

Et plus largement, c’est un changement de regard : permettre aux décideurs, aux médias et au grand public de voir l’Afrique autrement.

En seulement trois éditions, la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) s’est imposée comme la vitrine mondiale de l’innovation africaine et du journalisme constructif. Derrière les chiffres, une réalité : des milliers de femmes et d’hommes qui imaginent, créent et mettent en œuvre des solutions durables pour transformer l’Afrique et inspirer le monde. Plus qu’un événement, la SAS est devenue un écosystème vivant, un accélérateur d’idées et un symbole de confiance en l’avenir du continent.

  • 3 éditions organisées en France et au Maroc (2023, 2024, 2025), confirmant la SAS comme référence internationale de l’innovation africaine et de l’action positive.
  • Plus de 300 projets innovants révélés, couvrant des domaines stratégiques : éducation, santé, environnement, économie, culture, technologies, finance, etc.
  • Plus de 5 000 participants venus de 40 pays, représentant entrepreneurs, investisseurs, journalistes, universitaires, décideurs, institutions et jeunes talents.
  • Plus de 300 médias et journalistes mobilisés, formant un réseau actif de communication de solutions.
  • 2 millions de personnes touchées chaque semaine via le site web de la SAS (www.notrevoix.info), dont plus de 257 000 visiteurs uniques par jour, témoignant d’un rayonnement continental et international.
  • Plus de 50 partenaires institutionnels et privés engagés pour soutenir l’action et la visibilité des solutions africaines.
  • 200 journalistes africains formés au journalisme de solutions, contribuant à transformer le récit africain à l’échelle mondiale.
  • Plus de 1 000 profils inspirants valorisés, entre entrepreneurs, innovateurs, jeunes leaders et acteurs de changement.
  • 850 Médailles d’Honneur et du Mérite décernées pour récompenser les Ambassadeurs de Solutions pour l’Afrique et les acteurs de transformation.
  • 50 Trophées Best African Solutions attribués pour célébrer l’excellence et l’impact des initiatives africaines.
  • 5 ouvrages 100 % solutions publiés, diffusant un message d’inspiration, de solutions et de bonnes pratiques :

-        L’Afrique des solutions

-        L’Afrique qui inspire

-        Renaître

-        77 solutions qui transforment l’Afrique

-        110 Africains qui bâtissent l’avenir

  • 15 institutions d’accompagnement et de financement mobilisées pour soutenir et accélérer les projets porteurs de sens.
  • 5 productions médiatiques originales réalisées, incluant reportages, mini-documentaires et contenus exclusifs.
  • 90 espaces d’exposition de produits et services innovants, offrant une visibilité concrète et internationale aux porteurs de projets.
  • 45 émissions diffusées, créant un récit dynamique et positif autour des solutions africaines et de la diaspora.
  • 41 partenariats stratégiques signés avec des institutions publiques, des médias, des entreprises et des organisations internationales, consolidant un écosystème solide de coopération, d’investissement et de rayonnement durable autour de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS).

·        01 ciné-débat inédit, conçu comme un espace d’échange culturel et citoyen, pour valoriser les films et documentaires qui racontent l’Afrique autrement, mettent en lumière les réalités locales et inspirent le changement par l’image et la narration positive, etc.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) n’est pas un simple rendez-vous annuel, mais une force collective en marche. Chaque édition amplifie l’impact, renforce les coopérations et fait rayonner une Afrique qui innove, inspire et transforme durablement le monde.

 

Vous portez une ambition forte : contribuer à réinventer le récit de l’Afrique. Concrètement, quelles actions et initiatives mettez-vous en place pour y parvenir ?

 

Réinventer le récit de l’Afrique n’est pas pour nous un slogan, c’est une démarche structurée et continue, avec des actions concrètes à fort impact.

D’abord, nous produisons et diffusons des contenus éditoriaux centrés sur les solutions : articles, reportages, émissions, portraits, qui documentent une Afrique qui innove, construit et transforme, loin des clichés réducteurs. À cela s’ajoute la publication annuelle de deux ouvrages 100 % solutions, qui ont déjà permis de mettre en lumière plus de 300 initiatives inspirantes à travers le continent.

Ensuite, nous donnons directement la parole aux acteurs du changement. Entrepreneurs, innovateurs, chercheurs ou citoyens engagés sont mis en relation avec des médias africains et internationaux pour raconter eux-mêmes leurs actions. Cette démarche est essentielle : elle légitime les solutions et renforce leur portée.

Parallèlement, nous créons des espaces d’échange et de pédagogie – tables rondes, ateliers, formations – notamment sur l’éducation aux médias et la lutte contre la désinformation, afin de former une nouvelle génération plus consciente et engagée.

Enfin, nous jouons un rôle de catalyseur de visibilité et d’opportunités, en connectant les porteurs de solutions à des partenaires, investisseurs et décideurs capables d’accélérer leur impact.

Au fond, notre approche est simple mais puissante : montrer, amplifier et connecter ce qui fonctionne, pour faire émerger une nouvelle narration – celle d’une Afrique actrice, innovante et résolument tournée vers l’avenir.

 

Quels types de projets ou de profils mettez-vous particulièrement en avant ?

 

Nous mettons en avant des profils engagés et crédibles : des entrepreneurs sociaux, des start-ups innovantes, des femmes leaders, des jeunes porteurs de projets, mais aussi des institutions qui expérimentent des modèles nouveaux. Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les discours, ce sont les résultats et l’impact.

 

Les médias africains sont aujourd’hui confrontés à des défis majeurs, notamment en matière de financement et de modèle économique. Quelles solutions proposez-vous pour renforcer leur durabilité et leur impact ?

 

Les médias africains doivent aujourd’hui se réinventer. Ils sont à un tournant décisif : leur survie et leur influence passent par une transformation en profondeur de leurs modèles. Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de bâtir des entreprises médiatiques solides, crédibles et innovantes.

Première priorité : diversifier les sources de revenus. Le modèle publicitaire classique ne suffit plus. Les médias doivent développer des formats hybrides adaptés aux réalités locales : contenus premium accessibles à coût réduit, organisation d’événements (forums, conférences, masterclass), production de contenus pour des institutions ou ONG, et partenariats avec des acteurs privés engagés. Le financement peut aussi passer par des mécanismes innovants comme le membership, le mobile money ou le micro-paiement, plus adaptés aux usages africains.

Deuxième levier : accélérer la transition numérique. Cela implique d’investir dans des plateformes digitales performantes, mais surtout dans les compétences : data journalisme, vidéo mobile, podcast, intelligence artificielle. En Afrique, où le mobile est roi, les médias doivent penser “mobile first”, avec des contenus courts, accessibles et engageants.

Troisième axe : renforcer la professionnalisation et la spécialisation. Des rédactions mieux formées, capables de produire des contenus à forte valeur ajoutée (économie, climat, santé, tech), sont essentielles pour gagner en crédibilité et attirer des partenaires. Cela suppose des investissements dans la formation continue et l’émergence de profils hybrides (journalistes, analystes, créateurs de contenu).

Quatrième solution : mutualiser et coopérer. La création d’alliances éditoriales, de régies publicitaires communes ou de hubs régionaux permet de réduire les coûts, d’augmenter la portée et de peser davantage face aux grandes plateformes internationales.

Enfin, il est stratégique de capitaliser sur le journalisme de solutions. Ce format attire de nouveaux publics, renforce la confiance et ouvre des opportunités de financement auprès d’acteurs du développement, d’investisseurs à impact et d’institutions internationales.

Au fond, l’enjeu est clair : passer de médias fragiles à de véritables groupes de presse africains structurés, innovants et économiquement viables, capables non seulement de raconter le continent, mais aussi d’influencer durablement ses trajectoires.

 

Vous vous définissez comme un journaliste de solutions. Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie concrètement ? 

 

Être journaliste de solutions, c’est adopter une approche profondément constructive de l’information. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les problèmes, les conflits ou les crises, ce type de journalisme met en lumière les initiatives, les projets et les actions concrètes qui apportent de réelles réponses aux défis de notre société.

Pour que cette démarche soit efficace et crédible, elle repose sur cinq critères essentiels :

·        Pertinence : nous choisissons des sujets qui concernent directement la vie des citoyens et qui répondent à des enjeux sociaux, économiques ou environnementaux majeurs.

·        Approche constructive : nous cherchons à montrer non seulement le problème, mais surtout les solutions et les bonnes pratiques mises en œuvre pour le résoudre.

·        Impact : nous analysons l’efficacité des solutions présentées, en montrant leur portée réelle et les résultats obtenus sur le terrain.

·        Vérifiabilité : chaque solution est rigoureusement documentée, avec des données fiables et des témoignages concrets pour éviter toute simplification ou embellissement.

·        Contextualisation : nous replaçons chaque initiative dans son contexte global, pour comprendre pourquoi elle fonctionne ici et comment elle pourrait inspirer ailleurs.

En résumé, le journalisme de solutions c'est : Problème+Causes+Solutions+Impact+Regard critique. Il ne consiste pas à ignorer les difficultés ou à faire de l’optimisme naïf. Il s’agit de raconter des histoires qui inspirent, qui démontrent que le changement est possible et qui offrent des pistes concrètes pour agir. C’est un journalisme orienté vers l’action, qui informe tout en donnant du pouvoir aux lecteurs et aux citoyens de devenir eux-mêmes acteurs de solutions.

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