Identité numérique, santé et data : Oomus veut rendre les systèmes publics plus efficaces

Heure de publication 13:45 - Temps de lecture : 3 min 45 s

Oomus développe une infrastructure d’identité numérique et de santé digitale pensée pour renforcer la fiabilité des données, améliorer le suivi des bénéficiaires et rendre les services publics plus efficaces, inclusifs et transparents à grande échelle. – © IG.

Texte par : Thalf Sall

Dans un contexte où les programmes de santé publique peinent encore à identifier avec précision leurs bénéficiaires, une solution technologique développée entre l’intelligence artificielle, la biométrie et la gestion de données tente de répondre à un défi majeur : rendre les politiques sociales plus transparentes, plus efficaces et réellement mesurables. Avec Oomus, plateforme sénégalaise portée par l’écosystème Carbonsoft, le numérique devient un outil de confiance au service de l’action publique.

Dans de nombreuses campagnes sanitaires en Afrique de l’Ouest, un même problème revient avec insistance : l’absence d’identification fiable des bénéficiaires. Entre doublons, erreurs manuelles, fichiers dispersés et absence d’interopérabilité, les données deviennent parfois un frein plutôt qu’un levier.

Ces limites ont des conséquences directes. Certaines populations vulnérables échappent aux dispositifs de protection sociale, tandis que d’autres bénéficient de doublons. Les ONG et institutions, elles, peinent à suivre en temps réel l’impact réel de leurs interventions.

« Sur le terrain, il nous arrive de distribuer des kits médicaux sans pouvoir vérifier avec certitude l’historique des bénéficiaires. Cela crée des pertes et des incohérences dans les rapports », témoigne un coordinateur de campagne sanitaire au Sénégal ayant collaboré avec des programmes digitaux.

À ces difficultés structurelles s’ajoute un manque d’outils capables de relier identité, données de santé et services publics dans un même environnement sécurisé.

 

Oomus : une architecture numérique centrée sur l’identité, la donnée et la traçabilité

 

C’est dans ce contexte qu’émerge Oomus, une plateforme développée par l’écosystème Carbonsoft, actif au Sénégal depuis 2017 et ayant déjà réalisé plus de 100 projets dans la sous-région.

La solution repose sur une idée centrale : associer chaque bénéficiaire à une identité numérique sécurisée, appuyée par la biométrie et des identifiants uniques, souvent matérialisés par des cartes numériques dotées de QR codes.

Concrètement, Oomus permet de créer et gérer des identités numériques fiables à grande échelle ; suivre les bénéficiaires dans les programmes de santé et de protection sociale ; interconnecter les données entre ONG, institutions et opérateurs ; sécuriser les distributions via des systèmes de vouchers numériques ; analyser les données en temps réel pour améliorer la prise de décision.

La plateforme s’inscrit dans une logique d’interopérabilité des systèmes, avec un accent fort sur la santé digitale et les services citoyens. « Notre objectif n’est pas seulement de collecter des données, mais de construire des systèmes intelligents capables de transformer ces données en décisions utiles pour les politiques publiques », explique Meissa Seck, ingénieur en intelligence artificielle et fondateur de l’écosystème.

Oomus combine ainsi intelligence artificielle, data engineering et outils de terrain pour réduire les tâches manuelles, limiter les erreurs humaines et améliorer la traçabilité des opérations.

 

Une solution scalable, déjà intégrée dans des dynamiques internationales

 

L’un des éléments clés de la stratégie d’Oomus réside dans sa capacité de déploiement à grande échelle. Grâce à une architecture pensée pour des millions d’identités numériques, la plateforme peut être utilisée aussi bien dans des campagnes nationales que dans des programmes régionaux.

Son intégration récente à l’initiative Goin’ Digital marque une étape importante, renforçant sa visibilité au sein d’un écosystème orienté vers la transformation digitale des services publics, notamment dans la santé et l’inclusion.

Les premiers usages montrent un potentiel réel : amélioration du suivi des bénéficiaires, réduction des doublons, meilleure allocation des ressources et accès plus rapide aux données pour les décideurs.

Cependant, les défis restent importants. La protection des données personnelles, la dépendance aux infrastructures numériques locales et la nécessité de former les acteurs de terrain constituent des points de vigilance essentiels. « La technologie est puissante, mais elle doit rester compréhensible et appropriable par ceux qui l’utilisent au quotidien », souligne Ameline Silmont, fondatrice du cabinet Agojie Tour of Expertise (ATE), professionnelle de santé basée à Paris, qui insiste sur une approche hybride entre innovation et réalité terrain.

Oomus illustre une nouvelle génération de solutions technologiques africaines centrées sur l’impact social. En reliant identité numérique, santé et gouvernance des données, la plateforme ouvre la voie à des systèmes publics plus transparents et plus efficaces. Mais son succès dépendra autant de la robustesse technologique que de son intégration humaine et institutionnelle.


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