Former, produire, diffuser, monétiser : Teddy Kossoko prépare la relève créative africaine
Heure de publication 20:00 - Temps de lecture : 2 min 58 s
De la République centrafricaine aux grandes scènes internationales, Teddy Kossoko structure l’avenir du divertissement numérique africain à travers des plateformes pensées pour et par l’Afrique. – © Teddy Kossoko.
Texte par : Thalf Sall
Centraliser, distribuer, monétiser et projeter la créativité africaine à l’échelle mondiale. C’est autour de cette ambition structurante que Teddy Kossoko déploie, depuis plusieurs années, l’un des écosystèmes les plus aboutis du divertissement numérique africain. Entrepreneur visionnaire né en République centrafricaine, il incarne une génération de bâtisseurs pour lesquels la technologie est avant tout un outil de souveraineté culturelle, économique et narrative. Jeux vidéo, édition numérique, fintech, formation : son approche est globale, systémique et résolument tournée vers l’impact durable.
À 18 ans, Teddy Kossoko quitte l’Afrique pour la France afin de se former en informatique et en ingénierie commerciale. Très tôt, il identifie un verrou majeur au développement des industries culturelles africaines : l’absence d’infrastructures capables de permettre aux créateurs de produire, diffuser et vivre durablement de leur talent. Là où d’autres voient un marché fragmenté, il perçoit une opportunité stratégique.
Encore étudiant, il fait le choix audacieux d’entrer dans l’industrie du jeu vidéo, non comme simple développeur, mais comme concepteur de modèles économiques adaptés aux réalités africaines. Il crée alors Kissoro, son premier jeu vidéo, inspiré de références culturelles africaines. Le projet connaît un succès international immédiat, bénéficiant d’une couverture médiatique mondiale, y compris en Asie, et confirmant la pertinence d’un imaginaire africain porté par des technologies de pointe.
Diplômé, Teddy rejoint Capgemini, où il travaille sur des programmes spatiaux internationaux pour l’Agence spatiale européenne (ESA) et la NASA. Cette immersion dans des environnements d’excellence technologique affine sa rigueur, sa capacité à opérer à grande échelle et son approche systémique des projets complexes. En parallèle, il prépare méthodiquement le socle de ce qui deviendra son œuvre principale : doter l’Afrique de ses propres infrastructures créatives, à l’image de celles qui structurent les industries culturelles en Europe, en Amérique ou en Asie.
Gara, une infrastructure avant d’être une plateforme
En 2019, il initie Gara, la première plateforme africaine d’éductainment dédiée à la distribution et à la monétisation de jeux vidéo, de bandes dessinées et de livres numériques sur le continent. Pensée dès l’origine comme une infrastructure stratégique plutôt qu’un simple produit, Gara devient officiellement une entreprise en 2022. Elle se transforme rapidement en un écosystème créatif structurant, conçu pour répondre aux besoins réels des marchés africains.
Gara s’attaque à des problématiques de fond : l’accès encore limité aux contenus culturels numériques, l’inadéquation des solutions de paiement existantes, la fragmentation des chaînes de valeur créatives et la difficulté persistante pour les talents africains de monétiser leur travail de manière pérenne. En apportant des réponses concrètes à chacun de ces défis, la plateforme contribue à professionnaliser et sécuriser l’économie créative africaine.
En 2024, Gara est sélectionnée comme seule start-up francophone finaliste de l’accélérateur NBA Africa Triple Double, parmi plus de 700 entreprises issues de tout le continent. Une reconnaissance forte qui confirme la crédibilité du modèle économique et la pertinence stratégique de l’écosystème développé.
L’année 2025 marque une nouvelle étape. Après une apparition remarquée dans l’émission Shark sur TV5 Monde, Gara bénéficie d’une exposition panafricaine sans précédent, générant plus de 2 000 messages en 72 heures et des initiatives spontanées de financement participatif. Dans le même temps, l’écosystème s’enrichit avec le lancement de nouvelles licences, dont Mini Coupe, ainsi que du projet Jabari, un jeu de combat intégrant des figures emblématiques et des superstars, pensé pour un public international.
Innovation culturelle et transmission des savoirs
Teddy Kossoko inscrit également l’Afrique dans les nouveaux territoires numériques mondiaux en créant le premier jeu de mythologie africaine intégré au métavers The Sandbox. Une avancée symbolique et stratégique, qui positionne l’imaginaire africain au cœur des univers virtuels de demain. Son impact est salué à l’échelle internationale. Il est classé Forbes Africa 30 Under 30 à deux reprises, en 2018 puis en 2022, où il atteint la première place. Convaincu que l’innovation durable repose sur la formation et la transmission, il lance en 2023 le premier incubateur de jeux vidéo d’Afrique de l’Ouest, basé au Sénégal, avec le soutien du ministère français des Affaires étrangères. Ce programme vise à former, structurer et financer une nouvelle génération de studios africains. L’initiative s’étend au Bénin en 2025, consolidant une dynamique régionale de montée en compétences.
Pour renforcer l’accessibilité et la diffusion des contenus, Teddy Kossoko noue des partenariats stratégiques avec Orange et Celtiis, l’opérateur télécom public du Bénin. Il lance également Paykko, une application fintech conçue pour faciliter l’épargne et l’investissement africains au sein de l’écosystème créatif. Dans le secteur éditorial, un accord majeur avec Média Participations, l’un des plus grands groupes européens (Tintin, Spirou, Schtroumpfs), permet la distribution de plus de 300 000 livres numériques à travers l’Afrique.
En 2025, l’Union européenne accorde une subvention de 500 000 euros à Oloroun, la plateforme de distribution de jeux PC du groupe, pensée comme le futur équivalent africain de Steam ou Epic Games Store. L’objectif est clair : bâtir une infrastructure continentale de distribution pour les jeux vidéo africains et internationaux.
Une œuvre en construction
Au-delà des produits et des chiffres, Teddy Kossoko construit la première chaîne de valeur créative intégrée du continent, couvrant la production, la monétisation, la distribution, le financement et la formation. Aujourd’hui, son écosystème est reconnu par des gouvernements, des institutions internationales, des géants des médias et des milliers d’utilisateurs africains.
Pour autant, il le répète : tout reste à faire. Son parcours illustre une conviction forte : l’Afrique n’est pas condamnée à être un simple marché de consommation culturelle. Elle peut concevoir ses propres plateformes, financer ses talents, diffuser ses récits et imposer sa vision du monde. Construire les infrastructures créatives de l’Afrique pour un impact mondial n’est pas un slogan. C’est un projet stratégique, une responsabilité historique et une œuvre en mouvement.
