Entreprendre en Afrique : les leviers décisifs pour libérer le potentiel des jeunes et des femmes
Mettre les jeunes et les femmes au cœur de l’action publique pour le développement de l’Afrique. – © B. Hallet.
Texte par : Thalf Sall
Sur le continent africain, l’entreprise demeure le principal moteur de la croissance économique, de la création d’emplois et de l’innovation sociale. Pourtant, malgré une multiplication des programmes et des initiatives en faveur de l’entrepreneuriat, les résultats restent contrastés. La promotion de l’esprit d’entreprise chez les jeunes et les femmes exige une approche plus rigoureuse, plus structurée et plus durable, à la hauteur des enjeux économiques et sociaux du continent.
Au cours des dernières années, l’Afrique a vu émerger de nombreuses initiatives visant à encourager l’entrepreneuriat. Concours de business plans, formations accélérées, hackathons, incubateurs ponctuels ont permis à certaines individualités de se distinguer. Toutefois, ces dispositifs ont montré leurs limites en matière de création d’entreprises viables et de passage à l’échelle.
Dans de nombreux pays africains, l’environnement social, le système éducatif, le monde des affaires et les politiques publiques ne sont pas suffisamment articulés pour faire émerger un véritable modèle entrepreneurial. La formation à l’entrepreneuriat est trop souvent réduite à des sessions courtes, parfois de quelques jours, centrées sur la rédaction d’un business plan, sans accompagnement de long terme ni immersion réelle dans les réalités économiques.
L’entrepreneuriat ne peut être traité comme une tendance passagère ou un effet de mode. Il s’agit d’un métier à part entière, qui requiert des compétences techniques, managériales, financières et humaines, construites dans la durée.
Former des entrepreneurs avec la même exigence que les professions vitales
Pour créer un tissu entrepreneurial solide, l’Afrique doit repenser en profondeur sa manière de former les entrepreneurs. De la même façon que les États investissent massivement dans la formation des médecins, des ingénieurs ou des enseignants, l’entrepreneuriat doit faire l’objet de parcours académiques complets, exigeants et progressifs.
Les pouvoirs publics ont un rôle central à jouer en intégrant l’entrepreneuriat dans les programmes scolaires et universitaires, dès le secondaire. Il s’agit de développer des compétences concrètes telles que la gestion, l’innovation, la prise de risque, la résolution de problèmes, la compréhension des marchés et la maîtrise des outils numériques.
L’adaptation des formations universitaires aux besoins réels du marché du travail est également essentielle. Des modules pratiques, conçus en lien avec les entreprises, doivent permettre aux étudiants d’acquérir une expérience opérationnelle avant même leur entrée dans la vie active.
Libérer le potentiel entrepreneurial des jeunes
La jeunesse africaine représente l’un des plus grands atouts du continent. Toutefois, ce potentiel reste largement sous-exploité. Une meilleure préparation des jeunes au monde du travail passe par une adéquation entre les formations et les besoins de l’économie, afin de réduire durablement le chômage et le sous-emploi.
L’accompagnement de l’insertion professionnelle doit également s’appuyer sur des politiques publiques volontaristes. Le soutien budgétaire aux entreprises qui recrutent des jeunes, la prise en charge partielle du coût du travail par l’État ou encore le développement d’incubateurs et de structures d’accompagnement constituent des leviers efficaces.
Par ailleurs, le renforcement de l’employabilité des jeunes nécessite une accélération du transfert des nouvelles technologies dans l’enseignement et la formation professionnelle. L’artisanat, l’industrie et les secteurs émergents doivent bénéficier de programmes de mise à niveau afin de transmettre des savoir-faire adaptés aux réalités contemporaines.
Sécuriser les parcours et encourager la prise de risque
Entreprendre suppose une capacité à prendre des risques. Or, dans des contextes marqués par la précarité, cette prise de risque est souvent dissuasive. La mise en place de systèmes d’allocations pour les chômeurs, combinée à des mécanismes d’assistance sociale pour les jeunes diplômés issus de milieux défavorisés, permettrait de sécuriser les parcours et d’encourager l’initiative entrepreneuriale.
Des politiques incitatives orientant les jeunes vers les filières scientifiques et techniques contribueraient également à renforcer la compétitivité des économies africaines à moyen et long terme.
L’autonomisation économique des femmes comme priorité stratégique
Le développement de l’entrepreneuriat féminin constitue un levier majeur de croissance inclusive. Soutenir les femmes entrepreneures passe par des programmes spécifiques d’accompagnement, un meilleur accès au financement, à la propriété foncière et aux marchés.
L’autonomisation économique des femmes ne peut être dissociée des politiques sociales. Le développement de l’assurance maladie universelle, notamment en faveur de la santé maternelle et infantile, renforce leur capacité à entreprendre et à pérenniser leurs activités.
La promotion de la parité dans les institutions publiques et les entreprises, l’intégration de l’équilibre hommes-femmes dans les lois électorales, ainsi que le renforcement des programmes d’alphabétisation et la scolarisation systématique des filles sont autant de conditions essentielles pour bâtir un écosystème entrepreneurial inclusif.
Promouvoir l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes en Afrique ne peut se limiter à des initiatives ponctuelles. Cela suppose une vision de long terme, fondée sur l’éducation, la formation, la protection sociale, l’accès au financement et l’égalité des chances.
En investissant de manière cohérente dans son capital humain et en structurant durablement son écosystème entrepreneurial, l’Afrique peut transformer son dynamisme démographique en un puissant moteur de développement économique et social.
