Dominique Tchimbakala : de la télévision à l’éducation aux médias, une voix africaine qui refuse de laisser l’information diviser
Heure de publication 14:10 - Temps de lecture : 3 min 11 s
Dominique Tchimbakala, journaliste et fondatrice de Convergences Sud, met son expertise au service du journalisme, de la formation, de la modération et de la production digitale. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Pendant plus de vingt-cinq ans, Dominique Tchimbakala a raconté l’actualité, des rédactions françaises au plateau du Journal Afrique de TV5MONDE. Journaliste, modératrice, formatrice, productrice et désormais autrice, elle a déplacé son combat : après avoir informé, elle veut donner à chacun les moyens de comprendre comment l’information se fabrique, se vérifie et peut être détournée. La sortie, le 24 septembre 2026 chez Riveneuve, de son essai Le virus invisible. Essai sur la désinformation en Afrique marque une nouvelle étape de cet engagement.
Née et élevée en région parisienne, Dominique Tchimbakala rejoint la République du Congo avec sa famille à l’âge de dix ans. Cette enfance partagée entre la France et le Congo forge progressivement son regard sur plusieurs univers culturels et nourrit, au fil des années, son attachement à l’Afrique comme sa compréhension de ses réalités. Après une licence d’histoire et une maîtrise de sciences politiques à l’Université Paris-Nanterre, elle se forme au journalisme au CFPJ Entreprises, avant de compléter son parcours par un Executive MBA en management à HEC Paris. Une formation qui lui permet de conjuguer expertise journalistique, culture managériale et compréhension des enjeux internationaux.
Son entrée dans le journalisme intervient en 2000 à France 2. Elle travaille ensuite pour le Magazine de la santé sur France 5, collabore avec BFMTV et Jeune Afrique, avant de rejoindre TV5MONDE. Pendant sept ans, elle présente le Journal Afrique, rendez-vous majeur de l’actualité du continent. Elle y développe une pratique fondée sur la préparation, la vérification, l’interview et la capacité à rendre lisibles des sujets complexes : politique, relations internationales, économie, santé, sciences ou culture.
Cette trajectoire la conduit aussi vers l’engagement associatif. De 2018 à 2022, elle préside l’Union-ALFM, réseau mondial des anciens élèves des lycées français à l’étranger. Elle y accomplit deux mandats de deux ans.
Changer de plateau sans changer de mission
En février 2025, Dominique Tchimbakala quitte TV5MONDE et fonde Convergences Sud. Ce changement n’est pas un retrait : c’est une diversification. Son activité indépendante réunit production de contenus, conseil, formation, modération de débats et maîtrise de cérémonie, entre Afrique et monde.
Surtout, elle investit un champ devenu stratégique : l’éducation aux médias et à l’information. Certifiée dans ce domaine, elle intervient auprès d’établissements, d’organisations et d’institutions sur la désinformation, l’intelligence artificielle et l’esprit critique. Elle forme aussi journalistes et créateurs de contenus aux techniques d’interview, d’écriture télévisuelle, de préparation d’un journal, de gestion du direct et de vérification des sources.
Cette évolution prolonge une conviction forgée par le terrain : l’information peut éclairer, relier ou diviser. Une rumeur peut fragiliser une personne ; une fausse information peut nourrir une peur collective ; une campagne coordonnée peut peser sur un débat politique ou social. Pour elle, lutter contre la désinformation ne consiste donc pas seulement à démentir des intox. Il faut apprendre à identifier les mécanismes de manipulation et développer l’esprit critique.
Le virus invisible, un livre pour comprendre et résister
C’est cette ambition qui traverse son premier essai, Le virus invisible, publié par Riveneuve et préfacé par le philosophe Souleymane Bachir Diagne. L’ouvrage paraîtra le 24 septembre 2026. Il analyse les ravages de la désinformation en Afrique : rumeurs, déni d’épidémies, manipulations politiques, fausses informations économiques, tensions communautaires ou influences géopolitiques. Le livre entend montrer que les fake news ne constituent pas un simple problème numérique : elles peuvent toucher la confiance, la cohésion sociale et la capacité des citoyens à décider.
Le titre résume la métaphore choisie : comme un virus, la désinformation circule, se transforme et peut contaminer les espaces sociaux. L’essai est nourri par vingt-cinq ans d’observation du continent et par les échanges qui ont accompagné son travail sur les réseaux sociaux. Il prolonge ainsi ses contenus pédagogiques.
À Brazzaville, l’Institut français du Congo accueillera Dominique Tchimbakala les 9 et 10 septembre 2026. Le 9 septembre, la journaliste modérera une conférence consacrée aux relations entre l’Afrique et la France. Le lendemain, elle sera au cœur d’une rencontre littéraire autour du lancement de son essai Le Virus invisible, consacré aux enjeux de la désinformation en Afrique. Le symbole est fort : celle qui a longtemps raconté l’Afrique depuis les grands médias revient au cœur du continent pour ouvrir un débat sur la manière dont l’Afrique s’informe.
Son parcours dessine finalement une même ligne de force : transmettre. Hier par le journal télévisé, aujourd’hui par la formation, la production, la modération et le livre. Dominique Tchimbakala ne change pas de mission ; elle en élargit le champ. Son influence tient à sa capacité à transformer l’expérience médiatique en outil collectif. Dans un environnement saturé de contenus, son engagement rappelle une évidence : mieux informer ne suffit plus. Il faut aussi apprendre à mieux s’informer.
