Boubou Sacko : « depuis neuf ans, nous rapprochons les patients de l’expertise médicale »
Heure de publication 08:00 - Temps de lecture : 3 min 59 s
Boubou Sacko, directeur général et fondateur d’INOQARE. À travers cette initiative numérique, il œuvre à rapprocher les patients des expertises médicales et à faciliter l’accès aux soins au-delà des frontières. – © Boubou Sacko.
Propos recueillis par Thalf Sall
Invité de la semaine du média Notre Voix, Boubou Sacko, directeur général et fondateur d’INOQARE, revient sur neuf années de développement consacrées à un défi majeur : rendre l’expertise médicale plus accessible au-delà des frontières. À travers une infrastructure numérique conçue pour connecter patients, professionnels de santé et établissements, INOQARE entend simplifier les parcours de soins internationaux et faciliter l’accès aux compétences médicales, en complément des systèmes de santé locaux. Sa démarche place la technologie, la confiance et la coopération internationale au service d’un enjeu essentiel : mieux connecter les expertises et favoriser l’accès aux soins, notamment en Afrique.
À l’origine, quel problème précis avez-vous voulu résoudre ?
INOQARE est né d'un constat simple : le monde ne manque pas nécessairement d'expertise médicale, mais l'accès à cette expertise reste profondément inégal et fragmenté.
Pendant neuf ans, nous avons observé et listé les difficultés rencontrées par les patients dans différents systèmes de santé : délais d'attente, difficulté à identifier le bon spécialiste, manque d'expertise dans certaines zones géographiques, barrières linguistiques, complexité des parcours internationaux ou encore manque de continuité entre l'orientation, la consultation et le traitement.
Et ces problèmes ne concernent pas uniquement les patients. Nous avons également constaté que d'excellents médecins, spécialistes, professeurs, cliniques et hôpitaux disposent d'une expertise et de capacités médicales qui restent parfois difficilement accessibles aux patients qui en auraient besoin.
D'un côté, il existe une demande médicale. De l'autre, il existe une expertise et une capacité de soins. Mais il manque encore l'infrastructure capable de les connecter efficacement.
C'est précisément cette passerelle que nous avons décidé de construire avec INOQARE.
Comment INOQARE transforme-t-elle ce constat en solution concrète ?
INOQARE n'a pas été conçu comme un simple annuaire médical ni comme une simple plateforme de visioconférence. Nous construisons progressivement une infrastructure internationale d'accès aux soins.
Lorsqu'un patient arrive sur INOQARE, l'objectif est de comprendre son besoin : sa problématique médicale, la spécialité recherchée, sa localisation, sa langue, ses contraintes et, lorsque cela est pertinent, son budget et sa destination.
Notre technologie permet ensuite de structurer cette demande et de faciliter l'accès à un professionnel ou à un établissement adapté.
Nous avons également développé notre infrastructure de téléconsultation internationale, qui permet, lorsque les conditions médicales, professionnelles et réglementaires le permettent, de connecter directement patients et praticiens.
Orientation médicale - téléconsultation - second avis - établissement - traitement - suivi.
La technologie n'est pas une finalité. Elle sert à simplifier l'accès à un système médical qui reste aujourd'hui extrêmement fragmenté.
Qu’est-ce qui change réellement pour le patient ?
Ce que nous voulons changer, c'est cette idée selon laquelle l'endroit où vous vivez détermine nécessairement l'expertise médicale à laquelle vous pouvez accéder. Les besoins sont différents selon les régions.
En Europe, un patient peut être confronté à des délais d'attente ou rechercher une expertise très spécialisée. Aux États-Unis, d'autres problématiques d'accès, de coût ou de disponibilité peuvent exister. Et dans certaines régions d'Afrique, l'accès à certaines spécialités ou technologies médicales peut être beaucoup plus limité.
Nous voulons qu'un patient africain puisse, lorsque cela est possible et approprié, bénéficier des mêmes facilités d'accès à l'expertise médicale qu'un patient européen ou américain.
Cela ne signifie pas remplacer les systèmes de santé locaux. Au contraire, cela signifie leur donner une ouverture supplémentaire vers l'expertise internationale lorsque celle-ci est nécessaire. C'est pour moi l'une des raisons fondamentales de l'existence d'INOQARE.
Comment prouvez-vous que le médecin proposé soit le bon interlocuteur ?
Dans la santé, la confiance ne peut pas être optionnelle. Notre approche repose donc sur deux principes : vérification et pertinence. Nous demandons aux professionnels les informations nécessaires à la vérification de leur identité professionnelle, de leurs qualifications et de leur autorisation d'exercice selon leur juridiction. Mais un professionnel vérifié n'est pas automatiquement le professionnel adapté à tous les patients. Il faut également prendre en compte sa spécialité, son expertise, les actes proposés, la langue, la localisation, les disponibilités et les caractéristiques du besoin médical.
Notre ambition n'est pas de construire le plus grand annuaire possible. Nous voulons construire un réseau médical dans lequel la technologie aide à créer la bonne connexion.
La téléconsultation ne doit pas s’arrêter à un écran : que se passe-t-il ensuite ?
C'est précisément pour cette raison qu'INOQARE va au-delà de la téléconsultation. La téléconsultation peut être le début du parcours, et non sa finalité. Un patient peut consulter un spécialiste situé dans un autre pays ou demander un second avis avant de décider de la suite. Si une prise en charge physique devient nécessaire, le parcours peut évoluer vers un établissement ou une solution médicale adaptée.
Notre vision est de connecter progressivement le numérique et le physique, le médecin et l'établissement, le local et l'international. Le patient ne devrait pas avoir à recommencer son parcours à chaque étape.
Comment concilier internationalisation et sécurité des données médicales ?
C'est précisément l'un des sujets sur lesquels nous avons travaillé le plus intensément au cours de ces neuf années. INOQARE a été conçu dès l'origine avec l'ambition de répondre aux différentes exigences réglementaires et législatives applicables à la santé internationale, qu'il s'agisse de protection des données médicales, de téléconsultation, d'exercice professionnel ou de sécurité des échanges. C'est aussi ce qui constitue une partie importante de notre avance technologique.
Nous avons développé pendant plusieurs années des technologies propriétaires, des règles de fonctionnement et un savoir-faire relevant de nos secrets industriels, afin de pouvoir adapter le parcours selon le pays du patient, celui du professionnel de santé et le type de prise en charge concerné. C'est cette architecture internationale qui nous permet de porter l'ambition d'une première mondiale : une infrastructure pensée dès sa conception pour permettre l'accès aux soins au-delà des frontières, tout en intégrant les contraintes réglementaires propres aux différents marchés.
La santé internationale ne consiste pas simplement à connecter un patient à un médecin par visioconférence. La véritable innovation consiste à rendre cette connexion médicalement, technologiquement et réglementairement possible.
C'est précisément ce que nous avons construit avec INOQARE.
Quel impact pouvez-vous déjà mesurer après neuf années de construction ?
Pendant neuf ans, nous n'avons pas simplement développé une plateforme. Nous avons observé cette industrie, identifié ses problèmes, testé différentes approches et progressivement construit une réponse technologique et opérationnelle. Aujourd'hui, nous constatons qu'INOQARE répond à un besoin des deux côtés du système. Les patients recherchent davantage de simplicité, de rapidité et d'accès à l'expertise. Parallèlement, nous recevons également un intérêt de médecins, spécialistes, professeurs, cliniques, hôpitaux et acteurs du parcours médical qui cherchent de nouvelles façons de rendre leur expertise accessible à une patientèle nationale et internationale.
L'impact d'INOQARE ne consiste donc pas uniquement à apporter des patients aux professionnels. Il consiste à créer une infrastructure commune entre ceux qui recherchent des soins et ceux qui peuvent les apporter. Nous le constatons aujourd'hui dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe, en Afrique, en Asie et dans notre développement vers les États-Unis.
La nouvelle étape consiste maintenant à transformer cette infrastructure et ce réseau en volumes mesurables : consultations réalisées, seconds avis, professionnels actifs, délais d'accès réduits et parcours internationaux effectivement facilités.
Neuf ans ont servi à construire. La phase qui commence aujourd'hui doit permettre de mesurer cette construction à grande échelle.
À qui votre modèle peut-il être particulièrement utile ?
INOQARE peut être utile partout où existe une différence entre l'expertise dont un patient a besoin et celle à laquelle il peut réellement accéder. Cela peut concerner un patient européen confronté à un délai important, un patient américain recherchant une autre expertise, une diaspora souhaitant consulter un spécialiste parlant sa langue, ou un patient africain pour lequel certaines spécialités sont difficilement accessibles localement. Mais l'Afrique occupe une place particulière dans notre vision.
Notre ambition est qu'un patient situé en Afrique puisse progressivement disposer des mêmes facilités pour identifier, contacter et accéder à une expertise médicale qu'un patient situé en Europe ou aux États-Unis. Les réalités économiques, réglementaires, technologiques et médicales restent différentes selon les pays. Le modèle doit donc s'adapter aux réalités locales. Mais la localisation géographique ne devrait plus être, à elle seule, une condamnation à un accès plus limité à l'expertise.
Une solution internationale doit aussi démontrer ses limites : lesquelles ?
Reconnaître nos limites fait partie de notre responsabilité. La première est médicale : tout ne peut pas être traité à distance. Une urgence, certains diagnostics, un examen clinique, une imagerie, une intervention ou une hospitalisation nécessitent une présence physique. La deuxième limite est réglementaire. Nous évoluons dans plusieurs juridictions avec des règles différentes concernant l'exercice médical, la télémédecine, la prescription et les données.
Enfin, il existe des réalités économiques et technologiques : connectivité, moyens financiers, langues, infrastructures locales et capacité à voyager. INOQARE ne prétend donc pas remplacer les systèmes de santé nationaux. Nous voulons construire les ponts qui leur manquent.
Jusqu’où voulez-vous aller avec INOQARE ?
Notre objectif à long terme est extrêmement clair : faire d'INOQARE une référence mondiale de l'accès aux soins de santé. Aujourd'hui, lorsque quelqu'un pense à certaines grandes entreprises technologiques, un usage ou un service précis lui vient immédiatement à l'esprit. Nous voulons qu'à terme, lorsqu'une personne dans le monde se demande : « Comment accéder au bon professionnel de santé ? », elle pense naturellement : INOQARE.
Pas uniquement pour une téléconsultation. INOQARE doit progressivement permettre d'accéder à un médecin, un spécialiste, un second avis, une clinique, un hôpital ou un parcours médical international lorsque cela est nécessaire.
Notre vision dépasse donc largement la téléconsultation. Nous voulons construire une infrastructure mondiale reliant les patients, les professionnels, les établissements et les différents acteurs nécessaires au parcours de soins. Notre réussite se mesurera au moment où un patient, qu'il soit à Paris, Londres, New York, Dakar, Abidjan, Lagos ou ailleurs, pourra accéder beaucoup plus simplement à l'expertise médicale dont il a réellement besoin. C'est cela, pour moi, la santé sans frontières. Et c'est l'ambition que nous voulons porter avec INOQARE.
