Awa Ba, fondatrice d’EFAPO, à la SAS 2026 : « de cette douleur, j’ai voulu faire naître de l’espoir »

Heure de publication 17:35 - Temps de lecture : 3 min 45 s

À l’occasion de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), Awa Ba, fondatrice et présidente de l’association EFAPO, a reçu deux trophées ainsi que la Médaille d’Honneur d’Ambassadrice de solutions pour l’Afrique, les Caraïbes et leurs diasporas. Ces distinctions viennent saluer ses initiatives, son engagement en faveur des femmes victimes de violences et de précarité, ainsi que son action pour leur autonomie, leur dignité et leur émancipation. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

À la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), organisée les 23 et 24 octobre 2026 à la mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, Awa Ba a livré une présentation aussi forte qu’inspirante de son engagement en faveur des femmes victimes de violences et de précarité. Avec élégance, détermination et une profonde sincérité, la présidente d’EFAPO a raconté comment une épreuve personnelle est devenue le moteur d’une action collective. Son intervention, brillamment présentée et chaleureusement applaudie, a rappelé qu’au-delà de la sensibilisation, l’émancipation des femmes passe par des solutions concrètes, un accompagnement durable et la possibilité de reprendre la maîtrise de son avenir.

Il y a des engagements qui naissent d’une conviction. D’autres prennent racine dans une blessure intime. Celui d’Awa Ba appartient à cette seconde histoire. La disparition de sa sœur, qui a souffert des conséquences de la polygamie, a profondément marqué son parcours et donné une direction à son combat.

« Mon engagement est né d’une douleur personnelle : la perte de ma sœur, qui a souffert de la polygamie jusqu’à en mourir », explique-t-elle. De cette expérience, elle a fait le point de départ d’une mobilisation en faveur des femmes confrontées aux violences, à la dépendance et à différentes formes de vulnérabilité.

Elle a notamment écrit Polygamie, la douleur des femmes. Les recettes de cet ouvrage contribuent au financement des activités de l’association. Une manière de prolonger son engagement par l’écriture, mais aussi de transformer une parole individuelle en outil de sensibilisation.

Créée à Chilly-Mazarin en 2013, EFAPO accompagne les femmes dans leurs démarches et leur reconstruction. Son action repose sur une conviction simple : protéger, soutenir et informer sont indispensables, mais permettre aux femmes de retrouver leur autonomie est tout aussi essentiel.

« De cette douleur, j’ai voulu faire naître un combat. De ce combat, j’ai voulu faire naître de l’espoir », résume Awa Ba. Une phrase qui donne toute sa portée à son engagement.

 

EFAPO : reconstruire l’autonomie, étape après étape

 

L’accompagnement proposé par EFAPO ne se limite pas à une prise en charge ponctuelle. Il s’inscrit dans un parcours qui associe soutien, apprentissage, confiance en soi et insertion sociale et professionnelle.

L’association organise notamment des ateliers de recherche d’emploi, des formations au numérique et des ateliers sociolinguistiques. Elle développe également le dispositif « Permis pour elles », des actions autour de la garde d’enfants à vocation sociale et solidaire, ainsi que des ateliers de cuisine, de couture, de jardinage, de beauté et de sport.

Derrière cette diversité d’activités, une même ambition : lever les obstacles qui empêchent certaines femmes de retrouver une place active dans la société. Apprendre à utiliser les outils numériques, améliorer son expression, préparer un projet professionnel, accéder à une solution de mobilité ou bénéficier d’un mode de garde peuvent constituer autant d’étapes vers une plus grande indépendance.

La lutte contre la précarité menstruelle fait aussi partie des sujets auxquels Awa Ba s’intéresse. Dans le cadre de sa formation au journalisme de solutions, elle a découvert l’initiative d’APIAFRIQUE et les produits menstruels lavables. Cette découverte a ouvert une piste de réflexion sur les réponses concrètes à promouvoir autour de la santé, de la dignité et de l’accès aux protections menstruelles.

Cette approche globale trouve un écho dans les regards portés sur l’action de l’association. Diana, venue de la Côte d’Ivoire, souligne : « Ce qui me touche particulièrement, c’est la capacité d’Awa Ba à transformer une épreuve personnelle en un engagement qui bénéficie à d’autres femmes. »

Dorcas, arrivée du Togo, retient la complémentarité des actions : « EFAPO nous rappelle que l’accompagnement ne peut pas se limiter à un discours de sensibilisation. Il faut aussi permettre aux femmes d’apprendre, de se former, de retrouver confiance et d’avancer vers l’autonomie. »

 

Des résultats qui donnent une mesure à l’engagement

 

L’action d’EFAPO se traduit par des réalisations concrètes. Selon les données communiquées par l’association, en 2025, elle a accompagné 359 femmes victimes de violences, parmi lesquelles 111 victimes de polygamie. Ces chiffres donnent une mesure de l’ampleur des besoins auxquels répond son équipe et de l’importance d’un accompagnement de proximité.

L’association s’appuie sur des ateliers et des partenariats pour favoriser l’accès aux droits, à la formation et à l’insertion. Parmi les acteurs institutionnels et associatifs mentionnés dans son environnement figurent notamment la préfecture de l’Essonne, l’Agence régionale de santé, la Région Île-de-France, la Ville de Chilly-Mazarin et la Fondation des Femmes.

EFAPO accorde aussi une place à la parole et à l’expression personnelle. Son atelier d’écriture « Écrire son histoire » a ainsi donné naissance à l’ouvrage collectif S’en sortir malgré les souffrances, publié chez Publibook. Pour les participantes, raconter leur parcours peut devenir une manière de reprendre possession de leur histoire et de faire entendre une expérience trop souvent vécue dans le silence.

 « La formation, l’insertion professionnelle, l’apprentissage du numérique et les solutions de garde d’enfants répondent à des besoins étroitement liés. C’est cette approche globale qui peut aider les femmes à reconstruire leur parcours », explique Awa Ba.

Au cœur de cette démarche se trouve une conviction qu’elle a exprimée avec force : « Parce qu’une femme ne devrait jamais avoir à choisir entre sa dignité et sa survie. »

 

La SAS, une scène pour faire circuler les solutions

 

La présentation d’EFAPO s’inscrivait dans une édition de la SAS réunissant 100 intervenants venus présenter leurs initiatives et leurs engagements. Tous ont été invités à exposer leurs expériences selon l’approche du journalisme de solutions : expliquer les problèmes auxquels ils répondent, présenter les méthodes mises en œuvre, partager les résultats et faire connaître les enseignements de leurs actions.

Pour ces 100 intervenants, cette manière de présenter leur initiative constituait une première. L’objectif était de dépasser le simple récit d’une expérience pour donner à voir comment une réponse se construit, fonctionne et peut inspirer d’autres acteurs.

Dans ce cadre, le témoignage d’Awa Ba a trouvé toute sa place. Il a montré comment une association peut articuler accompagnement individuel, apprentissage, insertion et mobilisation collective autour d’un enjeu majeur : l’autonomie des femmes.

 « L’action d’EFAPO mérite d’être connue au-delà de son territoire. Elle ouvre des pistes de coopération entre associations, institutions et acteurs engagés dans différents pays », souligne Denise, coach en santé mentale.

En donnant de la visibilité à cette initiative, la SAS poursuit l’une de ses ambitions : révéler les personnes et les organisations qui construisent des réponses concrètes, favoriser les échanges et permettre aux expériences de circuler au-delà de leur territoire d’origine.

Transformer la douleur en espoir, puis l’espoir en actions : le parcours d’Awa Ba et l’engagement d’EFAPO illustrent cette dynamique. À travers l’accompagnement des femmes, l’accès aux compétences et la reconstruction de l’autonomie, l’association contribue à ouvrir des chemins vers une vie plus digne et plus libre. Une expérience qui rappelle qu’une solution prend toute sa force lorsqu’elle redonne aux personnes concernées les moyens d’agir sur leur propre avenir.


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