SAS 2026 : David Téa Okou veut faire de la diversité génétique africaine une force pour la médecine de demain

Heure de publication 17:10 - Temps de lecture : 4 min 11 s

Le professeur David Téa Okou, fondateur et CSO de la Fondation YTO, présente le Projet du Pangénome Ivoirien lors de la première journée de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), le 23 octobre 2026, à la Mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

À Paris, le professeur ivoirien David Téa Okou a porté à la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) une ambition scientifique qui dépasse les frontières de son pays : construire une médecine de précision fondée sur la diversité génétique des populations africaines. À travers le Projet du Pangénome Ivoirien, porté par la Fondation YTO, il entend contribuer à corriger un déséquilibre majeur de la recherche médicale mondiale et ouvrir de nouvelles perspectives en matière de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies.

Les 23 et 24 octobre 2026, dans la grande salle des fêtes de la Mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, les échanges de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) donnent à voir une Afrique qui innove, recherche et construit ses propres réponses. Parmi les intervenants venus partager leur engagement, le professeur David Téa Okou, arrivé de Côte d’Ivoire, apporte une proposition qui interpelle par son ambition : faire de la génétique africaine une ressource scientifique au service de millions de vies.

Face à l'assistance, le généticien moléculaire clinique déroule une démonstration qui relie recherche fondamentale, innovation médicale et santé publique. Son propos part d'une réalité peu connue du grand public : les traitements médicaux et les outils de diagnostic reposent encore largement sur des références génétiques qui ne représentent pas suffisamment la diversité des populations africaines.

Le problème est considérable. Les organismes humains ne réagissent pas tous de la même manière aux médicaments. Une molécule efficace chez un patient peut produire une réponse différente chez un autre, en raison notamment de variations génétiques. Or, les données génomiques africaines restent très insuffisamment représentées dans les grandes études internationales. Une correspondance imparfaite entre les données de référence et les populations soignées peut ainsi limiter la pertinence de certains diagnostics et traitements.

Le professeur résume cette conviction dans une formule forte : « Chaque individu a une singularité génétique. » Une idée qui constitue le point de départ de son engagement scientifique.


Le Pangénome Ivoirien : produire des connaissances pour mieux soigner

 

Pour répondre à cette inégalité scientifique, David Téa Okou, fondateur et directeur scientifique de la Fondation YTO, défend une approche ambitieuse : développer un écosystème de médecine de précision construit à partir des caractéristiques génétiques des populations ivoiriennes.

Le Projet du Pangénome Ivoirien vise à documenter la diversité génétique nationale et à enrichir les ressources de référence utilisées par la recherche biomédicale. L'objectif est de mieux comprendre les variations génétiques, leurs liens avec certaines maladies et leur influence sur la réponse aux traitements.

La méthodologie repose sur plusieurs leviers complémentaires : cartographier la diversité génomique locale, développer des diagnostics moléculaires, intégrer la pharmacogénomique dans les pratiques médicales et rendre progressivement le dépistage génétique plus accessible.

Concrètement, la pharmacogénomique étudie comment les variations génétiques influencent la réponse d'un individu aux médicaments. Elle peut aider les professionnels de santé à déterminer quel traitement privilégier et quelle posologie envisager, en complément des autres données cliniques.

« La médecine personnalisée n'est pas un luxe, car la vie de l'homme n'a pas de prix », défend le professeur.

Cette vision prend déjà corps dans plusieurs réalisations. À Grand-Bassam, au sein du Village des technologies de l'information et de la biotechnologie (VITIB), un laboratoire spécialisé dans les tests d'ADN humain est opérationnel depuis le 1ᵉʳ novembre 2025. Il permet notamment de réaliser localement des analyses génétiques qui nécessitaient auparavant l'envoi de prélèvements vers des laboratoires situés à l'étranger.

La Fondation YTO rapporte également des expériences de pharmacogénétique menées en milieu hospitalier, notamment auprès de six enfants atteints de cancers pédiatriques à l'Hôpital Mère-Enfant Dominique Ouattara de Bingerville. L'objectif est d'étudier leur réponse génétique aux traitements anticancéreux.

 

De la recherche aux applications : des résultats qui ouvrent des perspectives

 

L'ambition du professeur ne s'arrête pas à la production de données scientifiques. Il s'agit de transformer ces connaissances en applications concrètes pour les patients, les médecins et les systèmes de santé.

La création du laboratoire du VITIB constitue une avancée importante dans cette direction. Elle renforce les capacités locales d'analyse et contribue à rapprocher les infrastructures scientifiques des populations. Les applications concernent aussi l'identification humaine par ADN, les diagnostics moléculaires et l'amélioration des stratégies de prévention.

Cette dynamique s'accompagne d'une coopération scientifique Sud-Sud. En mai 2026, à Nairobi, la Fondation YTO, Biolinx Africa et Nextgen Molecular Lab ont annoncé un partenariat associant la Côte d'Ivoire et le Kenya, soutenu par un investissement de 3,5 millions de dollars et l'acquisition d'une plateforme de séquençage NovaSeq X Plus. Cette coopération doit renforcer les capacités africaines en génomique et en médecine de précision.

Le déploiement à grande échelle du Projet du Pangénome Ivoirien repose sur plusieurs conditions essentielles : le renforcement des infrastructures scientifiques, l'acquisition d'équipements de laboratoire de pointe, la mobilisation de financements durables et, surtout, la formation d'une nouvelle génération de chercheurs, de généticiens et de bio-informaticiens africains. Pensé pour répondre aux réalités ivoiriennes, cet écosystème a vocation à être reproduit dans d'autres pays du continent, moyennant une adaptation aux spécificités génétiques des populations, aux besoins sanitaires et aux cadres réglementaires et éthiques locaux.

Conscient de ces enjeux, le professeur David Téa Okou lance un appel aux partenaires financiers et institutionnels pour accompagner cette ambition : « Nos limites actuelles sont liées aux besoins en équipements de laboratoire et en ressources humaines hautement spécialisées, notamment en génétique et en bio-informatique. Pour passer de la preuve de concept à l'échelle industrielle et faire du continent un leader de la médecine personnalisée, nous recherchons des mécènes et des partenaires institutionnels capables de cofinancer les infrastructures et la formation, d'accélérer les capacités de séquençage et de pérenniser cet écosystème. Chaque dollar investi dans la recherche clinique produit un impact multiplicateur sur la santé et l'économie ».

 

La SAS, une vitrine internationale pour les solutions scientifiques africaines


La présence du professeur David Téa Okou à Paris illustre la vocation internationale de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) : rapprocher les chercheurs, les entrepreneurs, les institutions, les investisseurs et les médias autour d’initiatives concrètes capables de répondre aux grands défis du continent.

Cette quatrième édition a réuni 100 intervenants solutions, tous invités à présenter leurs initiatives et leurs engagements selon les principes du journalisme de solutions. Une première pour ces 100 intervenants, appelés à dépasser le discours traditionnel pour exposer les problèmes identifiés, leurs causes, les réponses apportées, leur fonctionnement, les résultats obtenus, les limites rencontrées et les perspectives de déploiement.

La démarche du professeur Okou trouve naturellement sa place dans cet exercice. Elle rappelle que la souveraineté sanitaire commence aussi par la capacité d’un pays à produire ses propres connaissances, à maîtriser ses infrastructures de recherche et à former ses compétences scientifiques.

Comme il le souligne : « L’Afrique ne doit plus être seulement un terrain d’étude pour la recherche scientifique mondiale. Elle doit devenir une actrice majeure de la production des connaissances, de l’innovation médicale et des découvertes qui sauveront les vies de demain. Mieux connaître notre diversité génétique, c’est nous donner les moyens de construire une médecine plus précise, plus juste et mieux adaptée à nos populations. »

Son engagement a d’ailleurs été distingué en 2026 par l’Oscar de l’Innovation en santé en Côte d’Ivoire. Il est également identifié par Speak Up Africa parmi les champions des Voix africaines de la science.

La pertinence de cette démarche a suscité l’intérêt des participants. Venue du Gabon, Nina confie : « La présentation du professeur David Téa Okou nous rappelle que l’Afrique dispose de chercheurs, de compétences et d’une capacité d’innovation considérable. Son projet est particulièrement inspirant parce qu’il répond à un enjeu concret : faire en sorte que la diversité génétique africaine soit pleinement prise en compte dans les avancées de la médecine. C’est une initiative qui mérite d’être connue, soutenue et développée. »

Un autre participant du Sénégal, Mahamadou, partage cet enthousiasme : « La SAS permet de découvrir des initiatives africaines qui apportent des réponses concrètes aux grands défis de notre époque. La présentation du professeur Okou est particulièrement marquante : elle montre que l’Afrique peut contribuer à faire avancer la science mondiale, à condition de donner davantage de visibilité à ses chercheurs et de soutenir leurs projets. C’est précisément le type d’initiative que nous avons envie de voir grandir. »

À la Mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, le message du professeur Okou dépasse ainsi le cadre d’un projet national. Il porte une ambition continentale : faire en sorte que les populations africaines ne soient plus seulement bénéficiaires des découvertes médicales mondiales, mais aussi productrices des connaissances qui feront progresser la médecine.

Car mieux connaître la diversité génétique africaine, c’est mieux comprendre certaines maladies, mieux adapter les traitements et élargir les possibilités de sauver des vies. C’est aussi affirmer que l’Afrique a toute sa place dans la recherche scientifique mondiale, non comme simple terrain d’étude, mais comme actrice de l’innovation et de la connaissance.

Le professeur David Téa Okou à la SAS 2026.

Attribution de l'Oscar de la Santé 2026 au Pr David Téa Okou dans la catégorie « Innovation en Santé » pour ses travaux pionniers en génomique. Crédit photo : Comité des Oscars de la Santé / Forum Club Santé Côte d'Ivoire

Intégration du conseil génétique et identification ADN de l’HPV au dépistage . Crédit photo : Fondation YTO

Le Pr David Téa Okou et l'équipe de chercheurs en génomique moléculaire travaillant sur le projet du pangénome ivoirien. Crédit photo : Speak Up Africa

Plateforme technologique d’analyse de fragment du laboratoire d'ADN au VITIB de Grand Bassam (Côte d'Ivoire). Crédit photo : RFI


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