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Niaouli, quand l’eau devient un bien commun : le pari citoyen qui inspire le Bénin


La mobilisation citoyenne et participative des populations a permis de doter le village de Niaouli d’une adduction d’eau villageoise. – © Notre Voix.

Texte par : Léonce Houngbadji

Privées pendant des années d’un accès sécurisé à l’eau potable, des communautés rurales du Bénin réinventent la réponse à un droit fondamental trop souvent différé. À Niaouli, village de la commune d’Allada, une stratégie participative portée par les citoyens eux-mêmes a permis de transformer une pénurie chronique en levier de développement local. Un modèle discret, mais puissant, qui interroge les politiques publiques et ouvre des perspectives concrètes pour l’atteinte des Objectifs de développement durable.

L’accès à l’eau potable est reconnu par les Nations unies comme un droit humain fondamental. Pourtant, au Bénin comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, ce droit demeure une promesse inachevée pour des milliers de communautés rurales. Malgré les efforts affichés par les pouvoirs publics et les investissements consentis depuis plusieurs années, des localités entières continuent de dépendre de sources d’eau insalubres, avec des conséquences directes sur la santé, la dignité et la cohésion sociale.

À Niaouli, village situé dans la commune d’Allada, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Cotonou, cette réalité a longtemps façonné le quotidien des habitants. Femmes et enfants parcouraient chaque jour de longues distances pour s’approvisionner en eau, souvent impropre à la consommation, issue du cours d’eau local appelé Ava, utilisé simultanément pour la lessive et la toilette. Une situation à haut risque sanitaire, aggravée par l’absence d’alternatives durables.

Face à l’accumulation des promesses sans suite, les populations de Niaouli ont fait un choix décisif : prendre leur destin en main. Sages, notables, jeunes, femmes et cadres originaires du village ont engagé une mobilisation collective inédite. Mise à disposition gratuite d’un domaine, participation active aux démarches administratives, cotisations financières, implication bénévole dans le suivi du projet, chacun a contribué selon ses moyens.

« Chacun a apporté sa pierre. Cette mobilisation nous a permis de réunir les fonds nécessaires, mais surtout de nous approprier le projet », explique Sébastien Adjidokoun, l’un des acteurs clés de cette initiative citoyenne à Niaouli-Tanta. Le projet a d’abord démarré par la réalisation d’un forage, avant d’évoluer vers une infrastructure plus ambitieuse. Les habitants ont également bénéficié de formations spécifiques afin d’assurer l’entretien et la gestion durable des installations, condition essentielle de la pérennité du service.

 

Une adduction d’eau villageoise comme symbole de gouvernance locale

 

De cette dynamique est né un château d’eau moderne, intégré à un système d’adduction d’eau villageoise, communément appelé AEV. Un investissement conséquent, fruit d’un effort collectif rarement observé à cette échelle en milieu rural. Initialement confiée à un fermier, la gestion de l’ouvrage relève aujourd’hui de la mairie d’Allada, illustrant une articulation progressive entre initiative citoyenne et gouvernance locale.

Pour de nombreux observateurs, cette expérience constitue une première en matière de gestion participative de l’eau. « Les populations ont compris que si elles attendaient indéfiniment l’État central, les conséquences sur leur santé seraient encore plus graves. Leur détermination a produit des résultats concrets et mesurables », confie un responsable local. Au-delà de l’infrastructure, c’est un changement de mentalité qui s’est opéré, plaçant la responsabilité collective au cœur du développement.

 

Un impact social, sanitaire et psychologique immédiat

 

Aujourd’hui, l’AEV de Niaouli est bien plus qu’un point d’eau. Elle est devenue un symbole de fierté locale, soigneusement entretenu et protégé par les habitants. L’amélioration de l’accès à l’eau potable a transformé le quotidien, réduit les risques de maladies hydriques et allégé considérablement la charge physique et mentale des femmes, autrefois contraintes à de longues marches quotidiennes.

« J’ai été très touché par la souffrance de mes parents. Plus encore quand je vois certains pleurer simplement parce qu’ils ont enfin accès à l’eau potable », témoigne Alain, habitant du village. Malgré l’absence d’électricité, qui oblige l’utilisation d’une motopompe fonctionnant au gasoil, la communauté continue de faire fonctionner l’ouvrage avec rigueur et solidarité.

Cette solidarité s’est déjà manifestée par le passé. En janvier 2016, un fils de la localité a entièrement financé la réhabilitation d’une pompe immergée tombée en panne, à hauteur de 2,5 millions de francs CFA, soit environ 4 000 euros, permettant à la population de maintenir l’accès à l’eau jusqu’à la mise en service de l’AEV.

 

Un modèle reproductible pour atteindre les ODD

 

L’expérience de Niaouli s’inscrit pleinement dans l’esprit des Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 6 relatif à l’accès universel à l’eau propre et à l’assainissement. Elle démontre que les solutions locales, lorsqu’elles sont inclusives, structurées et accompagnées, peuvent produire des résultats durables, même en l’absence immédiate de grands projets étatiques.

Selon les autorités béninoises, environ 70 % de la population aurait aujourd’hui accès à des sources d’eau potable améliorées. Des millions de personnes supplémentaires sont annoncées comme bénéficiaires des projets en cours, tant en milieu urbain que rural. Toutefois, ces chiffres, souvent optimistes, peinent encore à refléter la réalité vécue sur le terrain par de nombreuses communautés enclavées.

Dans ce contexte, Niaouli fait figure de laboratoire social. La pérennisation du service, la formation des gestionnaires locaux, la gouvernance de proximité et l’implication active de la mairie ont renforcé la cohésion sociale et ouvert la voie à d’autres initiatives collectives, notamment dans l’aménagement des pistes rurales et la construction d’infrastructures sanitaires et éducatives.

 

Quand l’eau devient une source d’espoir

 

Dans les régions reculées du Bénin, un seul point d’eau peut changer le destin de milliers de personnes. À Niaouli, l’eau potable est devenue une source d’espoir, de dignité retrouvée et de projection vers l’avenir. Cette expérience rappelle une évidence trop souvent négligée : les citoyens ne sont pas seulement bénéficiaires du développement, ils en sont aussi des acteurs essentiels.

À l’heure où l’Afrique cherche des modèles de développement plus inclusifs et résilients, la stratégie participative de Niaouli offre une leçon simple mais puissante. Les solutions durables naissent souvent au plus près des réalités locales, lorsque la volonté collective rencontre l’organisation, la transparence et la responsabilité partagée.


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