Marinette Rikong : « mon écriture a pour but de bâtir des ponts entre les êtres et les cultures »

Heure de publication 18:00 - Temps de lecture : 5 min 28 s

Marinette Rikong, auteure engagée, fait de l’écriture un puissant outil de dialogue et de rapprochement entre les cultures. – © Marinette Rikong.

Propos recueillis par Christella Rose

Auteure sous le pseudonyme de J. Mairy Dietch, Marinette Rikong a étudié la littérature et est titulaire d’une licence en droit privé de l’Université de Yaoundé. Elle est notamment l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Haine secrète, Il n’eut pas de fin, Pistes vers un mariage durable et durablement heureux et My creations home and kitchen corner. Juriste de formation, consultante, conférencière et écrivaine trilingue, elle incarne une trajectoire plurielle au service du vivre-ensemble. À travers ses écrits et son engagement humaniste, elle défend une littérature de lien, de transmission et d’ouverture sur le monde. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours d’auteure, ses inspirations et la philosophie profondément humaniste qui guide son écriture, qu’elle conçoit comme un outil de construction de ponts entre les cultures et les individus.

Vous avez plusieurs casquettes, mais nous allons aujourd’hui nous concentrer sur votre parcours d’écrivaine. Pour commencer, pourquoi avez-vous choisi d’écrire sous le pseudonyme J. Mairy Dietch ? Y a-t-il une histoire particulière ou une signification personnelle derrière ce choix ?

 

Oui, il y a une histoire. L’adoption de ce pseudonyme est née du désir de réaliser quelque chose pour moi-même, après avoir pris soin de ma famille, de mon époux et de mes enfants pendant de nombreuses années, en les accompagnant dans leur vie scolaire, universitaire et professionnelle.

À cette étape de ma vie, il s’agissait pour moi de me consacrer à moi-même et donc d’utiliser mon nom de jeune fille Dietch. Ainsi, Dietch était une référence à moi-même, après avoir beaucoup donné aux autres.

 

Est-ce une manière pour vous d’authentifier vos écrits, pour qu’on reconnaisse votre signature littéraire ?

 

Je ne réfléchis pas à cela. J’écris, et quand j’écris, c’est J. Mairy Dietch. La trame que je crée est liée à ma vision de la société, aux situations que je décris, même si ce sont des fictions. Je présente les faits sous mon regard, avec mon ambition d’une société apaisée, d’une société où il fait bon vivre, une société d’universalité.

Bâtir des ponts entre les peuples, vivre sans angoisse, sans préjugés, accepter l’autre tel qu’il est… tout cela vient de mon expérience personnelle. J’ai vécu dans des pays où j’étais seule, différente, et j’ai pourtant réussi à créer des liens profonds.

Mon dernier ouvrage, Pistes vers un mariage durable et durablement heureux, a même été préfacé par mon professeur d’espagnol au Venezuela, rencontrée il y a 25 ans. Nous sommes toujours en contact aujourd’hui. Elle a corrigé et préfacé cet ouvrage.

C’est ce monde-là que je rêve de construire.

 

Vous dites que c’est un moyen de faire quelque chose pour vous-même après avoir tant donné aux autres. Comment votre famille a-t-elle reçu cette décision ?


Ils ont été contents. Surpris d’abord, mais heureux de me voir entreprendre cette démarche. Ils ont été les témoins d’une maman déjà active professionnellement, mais qui s’engageait dans une action encore plus ouverte vers le monde, un monde auquel j’aime m’adresser.

C’était une initiative qui a réjoui le cœur des miens.

 

Après avoir beaucoup donné aux autres, pourquoi vous être tournée vers la littérature et pas vers autre chose ?


Disons que je faisais déjà autre chose, mais pas forcément pour moi-même. C’était plutôt des activités professionnelles. Après mes études, j’ai servi dans le gouvernement de mon pays en tant que cadre administratif. Ensuite, je me suis engagée dans le domaine de la décoration et du design d’espace intérieur.

Je me suis tournée vers l’écriture parce que c’était un rêve d’enfance, si on peut le dire ainsi. Je savais qu’un jour j’écrirais. Dans le passé, j’avais déjà écrit un petit recueil de poèmes que j’ai malheureusement perdu.

Au moment où j’ai commencé à écrire, le monde était très secoué par des préjugés et des guerres. J’ai estimé qu’il était de mon devoir d’intervenir. J’ai eu la chance de voyager dans plusieurs pays, plusieurs cultures et plusieurs continents, où très souvent j’étais la seule Africaine, la seule Noire.

Et pourtant, j’ai toujours réussi à trouver ma place, à apporter ma culture et à recevoir celle des autres. Mon écriture a pour but de bâtir des ponts entre cultures. C’est exactement cela.

 

À vos débuts dans l’écriture, avez-vous évolué avec aisance ou avez-vous traversé des périodes de doute et des obstacles ?


Doute, un tout petit peu, oui et non. Je savais que j’avais des capacités littéraires et épistolaires avancées grâce à mon parcours scolaire. Mais écrire un exposé ou une rédaction corrigée par un professeur est différent d’écrire un ouvrage. L’écriture est exigeante, il y a des règles à respecter.

J’ai donc acheté une bonne dizaine de livres sur la méthodologie de l’écriture. Mais je peux vous garantir que je n’ai pas lu les quinze premières pages du premier livre. Je me suis mise à écrire. Et c’est arrivé de manière fluide : les idées, le fil conducteur, la trame… tout est venu spontanément.

 

Écrivez-vous principalement par passion, par maîtrise d’un domaine précis ou sous l’influence de vos expériences professionnelles ?


Disons par passion. Pas une passion uniquement pour l’écriture, mais une passion pour l’être humain. Une passion pour les relations humaines harmonieuses, apaisées. Je considère que les humains font la société, et que les sociétés sont le reflet des comportements des hommes et des femmes qui les constituent. Leur empathie, leur solidarité et le respect accordé aux autres.

J’ai toujours eu ce désir de construire des environnements apaisés, en commençant par la famille. Cela vient aussi de ma position d’aînée dans ma famille, où j’ai souvent dû encadrer, organiser, mettre de l’ordre.

Cette passion pour l’Homme, son cadre de vie et son avenir a toujours été très forte, surtout à partir de 2011, période où j’ai commencé à écrire.

 

Avez-vous eu un modèle, un écrivain ou une écrivaine qui vous a inspirée ou influencée ?


En termes de modèle de plume, je dirais non, pas en particulier. En revanche, j’ai beaucoup lu une écrivaine, Danielle Steel. Elle écrivait des romans, et moi aussi j’écris des fictions, cependant basées sur des histoires de vie ordinaires. Elle m’a influencée, mais pas dans ma manière d’écrire.

Je dois être honnête : je ne me suis référée à aucun écrivain. C’était spontané. J’écris à ma manière et je continue d’écrire à ma manière.

Pour moi, l’écriture, c’est s’exprimer soi-même, refléter qui l’on est, et veiller à la véracité de ses propos.

 

Que racontent concrètement vos ouvrages, de Haine secrète à Et il n’eut pas de fin, en passant par Pistes vers un mariage durable et durablement heureux et My creations home and kitchen corner ? Quels fils conducteurs ou thématiques communes relient ces différentes publications ?

 

Mes ouvrages, bien qu’ils soient différents dans leurs formes et leurs thématiques, sont tous liés par une même intention profonde : celle d’explorer la vie humaine dans sa complexité et de proposer des pistes pour mieux vivre ensemble.

Dans Haine secrète, j’aborde les relations humaines dans leurs zones d’ombre, notamment les conflits intérieurs, les non-dits et les tensions qui peuvent détruire des liens pourtant essentiels. C’est une réflexion sur les émotions humaines et leurs conséquences lorsqu’elles ne sont pas maîtrisées ou comprises.

Avec Et il n’eut pas de fin, je m’intéresse davantage à la continuité de la vie, aux cycles de transformation, aux épreuves et à la capacité de l’être humain à se relever et à se reconstruire malgré les difficultés.

Dans Pistes vers un mariage durable et durablement heureux, je me concentre sur la relation de couple, la construction du lien conjugal et les conditions nécessaires pour bâtir une union stable, équilibrée et durable. C’est un ouvrage qui propose une réflexion sur les fondements de la vie à deux et les clés d’un bonheur partagé.

Enfin, My creations home and kitchen corner traduit une autre dimension de mon parcours, plus créative et pratique, autour de l’art de vivre, de l’aménagement de l’espace et du bien-être dans le cadre domestique, mais pas seulement. C’est une manière d’associer esthétique, confort et mélange culturel harmonieux d’objets aux origines les plus différentes dans le but de bâtir des ponts entre les peuples à travers les menus objets du quotidien, et remplir ainsi cette mission d’universalité qui me tient à cœur. C’est une manière d’associer esthétique, confort et harmonie dans le quotidien.

Au-delà de leurs différences, tous ces ouvrages sont reliés par un même fil conducteur : l’humain, ses relations, son environnement et sa quête d’harmonie. Mon écriture cherche toujours à comprendre, apaiser et proposer des chemins vers un mieux-être individuel et collectif.

 

Aujourd’hui, que représente la littérature pour vous ?


Elle représente des moments de bonheur. Entre 2017 et 2024, je n’ai pas beaucoup écrit, alors que j’ai été très prolifique entre 2012 et 2016.

Je dois dire que cela me manque. Je vais me remettre à écrire, car j’ai le devoir de transmettre mon expérience à la postérité et aux jeunes générations.

J’ai eu plusieurs vies, plusieurs expériences internationales. Je me considère privilégiée. J’ai appris énormément.

Il est de mon devoir de transmettre pour permettre aux jeunes de gagner du temps, d’éviter certains écueils et d’avancer plus rapidement, de manière plus apaisée et plus efficace.

À travers mon parcours et ma vision de l’écriture, j’affirme une conviction forte : écrire c’est relier. C’est bâtir et maintenir du lien entre les cultures, entre les individus, entre les expériences humaines. Entre les cultures, entre les individus, entre les expériences humaines. Mes œuvres s’inscrivent dans une démarche profondément humaniste, où la littérature devient un outil de construction de ponts et de transmission intergénérationnelle.

Note de la rédaction :
Cet entretien a été réalisé dans le cadre des activités préparatoires de la 4ᵉ édition de la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS), prévue les 23 et 24 octobre 2026 à Paris. Son auteure, Christella Rose (RDC), suit depuis le 15 janvier une formation consacrée au journalisme de solutions. Ce travail s’inscrit dans une démarche pédagogique visant à renforcer la maîtrise des fondamentaux du métier de journaliste, tout en mettant en lumière des initiatives citoyennes et des actions concrètes qui contribuent positivement au développement et au bien-être des communautés africaines.


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