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Léonce Houngbadji à Idéal Web Radio : « je laisse des traces pour l’avenir et pour l’histoire »

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Léonce Houngbadji lors de la séance de dédicaces de "De Cotonou à Paris : Carnets d’un exilé politique en France" à Paris, le 20 novembre 2021. – © Notre Voix.

Propos recueillis par Idéal Web Radio

"De Cotonou à Paris : Carnets d’un exilé politique en France", le 3ème livre du journaliste Léonce Houngbadji, est déjà disponible dans les librairies. L’auteur y raconte les raisons de son exil politique en France et son parcours de réfugié de Cotonou à Paris en passant par Lomé. Dans une interview accordée à Idéal Web Radio, il a dit ce que contient cet ouvrage de 128 pages et fait observer qu’il écrit pour « laisser des traces pour l’avenir et pour l’histoire ».

Le 20 novembre 2021, vous avez lancé officiellement votre nouvel ouvrage intitulé "De Cotonou à Paris : Carnets d’un exilé politique en France", à la faveur d’une séance de dédicaces à Paris. Pourquoi un tel livre en ce moment précis ?

 

D’entrée de jeu, je tiens à vous adresser mes sincères remerciements pour l’intérêt que vous accordez à cet ouvrage unique et surtout pour l’opportunité que vous me donnez en vue d’en parler. Cela permettra de mieux situer vos auditeurs.

Vous savez, dans la vie, il faut laisser de traces. Un homme qui vit sans laisser de traces a vécu inutilement. Et dans le cas d’espèce, dans un contexte de lutte politique, de combat de vie ou de mort pour mon pays, le Bénin, ayant joué des rôles essentiels dans l’avènement de l’opposition politique au Bénin, sous Patrice Talon, et dans toutes les activités dénonçant l’autocratie dans le pays et appelant fermement au rétablissement de la démocratie et de l’Etat de droit dans le pays, il est de bon ton de laisser de traces pour l’avenir et pour l’histoire afin que nul n’en ignore ou n’en prétexte ignorance ! Et notamment pour qu’on sache, tôt ou tard, qui est qui, qui a fait quoi, quand, où et comment pour que tous les criminels et pilleurs puissent répondre de leurs actes.

Après avoir vécu tout ce que j’ai vécu, le choix d’écrire s’est imposé à moi. Vous êtes un observateur averti de la scène politique nationale, un journaliste expérimenté. Vous savez très bien qu’en 2016, dès l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir, nous avons été les premiers à lancer les hostilités contre sa gouvernance autocratique et mafieuse. Dans le temps, beaucoup fuyaient et se cachaient. Il fallait avoir plus que le courage pour affronter le régime sur le sol national. J’ai eu ce courage et vous avez vu la suite, à travers mes activités au Bénin et au plan international. Je suis sur tous les fronts : politique, diplomatique, médiatique et littéraire. Quand on aime vraiment son pays, qu’est-ce qu’on peut faire de mieux pour le défendre, se sacrifier pour lui afin qu’il renaisse de ses cendres ? C’est ce que je fais depuis plus de cinq ans, dans la cohérence, la constance et la détermination.

Ce livre raconte donc mon parcours d’exilé politique. Depuis trois ans, il y a tellement de choses qui se racontent sur ma personne. Rien n’est d’ailleurs vrai. Mais l’expérience en matière politique et professionnelle m’a enseigné la retenue. C’est pourquoi je n’ai jamais répondu aux provocations, aux intoxications, aux injures et autres attaques malsaines contre ma personne. Vous ne me verrez jamais sur ce terrain. Rien ne pourra me dévier de ma trajectoire. Je sais qui je suis, d’où je viens et où je vais et avec qui.

Aujourd’hui, je relate les raisons profondes et sincères de mon exil. Je parle de comment j’ai quitté le pays, j’évoque quelques épreuves traversées, je parle de mon arrestation au Gabon le 6 avril 2016 dans l’après-midi, je révèle les redressements fiscaux fantaisistes subis par mes entreprises. J’ai parlé des tentatives d’assassinat dont j’ai été victime. Sans oublier la situation des droits humains dans le pays et mon audition au ministère de l’Intérieur. Beaucoup ne le savent pas, mais dès que Patrice Talon est arrivé, j’ai été le tout premier soutien de l’ancien régime a été audité au ministère de l’Intérieur. J’étais sous perfusion dans une clique à Cotonou et j’ai été obligé de suspendre la perfusion, contre l’avis du médecin, pour me rendre au ministère de l’Intérieur où trois agents en costume sans cravate m’attendaient en bas de l’immeuble. Des heures d’interrogatoire et RAS, ils se sont trompés de cible, rien à mettre dans la bouche.

Vous verrez aussi dans ce livre, la liste des victimes de la dictature au Bénin avec tous les noms. Je n’ai pas parlé que de ce que j’ai vécu. Je ne suis pas seul dans ce combat. D’autres paient également le prix de leur engagement citoyen et politique. Et j’ai insisté sur leur cas.

En résumé, c’est un livre à découvrir pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

 

A qui s’adresse-t-il ?

 

"De Cotonou à Paris : Carnets d’un exilé politique en France" est un témoignage qui laissera de tache dans l’histoire de notre pays. Il s’adresse à tout le monde. C’est un compagnon de route, un ami à garder, à ouvrir chaque jour, à transmettre aux générations futures. Je l’ai dit à d’autres occasions. Le Bénin avait connu l’autocratie sous l’ancien chef de l’Etat feu Mathieu Kérékou. Plusieurs de nos compatriotes avaient été assassinés, torturés, emprisonnés et poussés à l’exil. J’ai une pensée pour Laurent Métongnon, actuellement en prison pour ses opinions politiques. Mais cette dictature de Kérékou, combien de jeunes de ma génération en savent quelque chose ? Quand on parle de Thérèse Wahounwa, Me Aboubacar Baparapé, Philippe Noudjènoumè et de bien d’autres compatriotes qui se sont sacrifiés pour le pays avant l’avènement de la Conférence nationale et donc de la démocratie en 1990, combien de jeunes connaissent leur histoire, leur lutte patriotique, leurs combats, leurs sacrifices ? Très peu. Et c’est cela qui explique tout ce que vous voyez. Et pourquoi ? Parce qu’il n’y avait pas suffisamment d’ouvrages sur cette période sombre de notre histoire. Des ouvrages factuels sur la dictature de Kérékou, j’en connais pas deux. Peut-être qu’il en existe mais j’en connais pas deux. Pire, les gouvernements successifs ont tout fait pour effacer les traces des luttes de ces compatriotes pour ne pas donner envie aux nouvelles générations d’agir pour sauver la patrie quand elle est danger, comme c’est le cas aujourd’hui. Dans les programmes scolaires et académiques, est-ce qu’on parle de ces luttes ? La réponse est non. Et c’est pourquoi le patriotisme, l’amour réel pour la patrie, le militantisme politique ont disparu. Vous avez vu qu’après 1990, tous ceux qui avaient commis des crimes sont revenus encore au pouvoir sans gêne. Certains ont été bombardés ministre d’Etat chargé de la défense nationale. Pourquoi ? Parce que très peu de jeunes connaissent leur histoire et les crimes économiques et de sang d’hier n’ont pas été sanctionnés.

Ce 3ème livre que je viens de sortir permettra donc de savoir dans les années à venir, ce que Patrice Talon a fait du Bénin avec ses différents crimes afin que lui et tous ses complices puissent répondre de leurs actes. Il n’y aura pas de prime à l’impunité. Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, le pays leur demandera des comptes et tout sera fait pour éviter le bégaiement de l’histoire.

 

On découvre un homme en colère qui vit avec douleur l’exil. Pourquoi avez-vous laissé transparaître cette image dans le livre ?

 

Oui, je suis en colère. Ma colère, elle est plus que noire. Pas par rapport à ma petite personne. Mais par rapport à ces dizaines de personnes tuées à balles réelles, des centaines de personnes qui croupissent injustement en prison et d’autres qui sont obligées de prendre la route de l’exil.

L’exil est pire que la prison. Je ne le souhaite à personne. Ce n’est pas de l’amusement. La pire situation qu’un exilé peut vivre, c’est qu’on l’oublie. Avant mon exil, j’étais régulier en France. J’avais des amis ici mais le jour où ils ont appris que je suis maintenant en exil, 99% ne décrochent plus mes appels depuis 3 ans. Beaucoup ont peur de moi, de s’afficher avec moi pour ne pas recevoir les balles perdues comme on le dit. Et donc, c’est la solitude. Et il faut être mentalement fort pour le vivre, dans l’humilité. Sinon, vous allez craquer, et c’est la dépression, voire le pire. Il n’y a pas d’exilé heureux ou de luxe. Un réfugié est un réfugié et vous devez vous battre pour reconstruire votre vie, car tout est à reconstruire quand on entre dans ce tunnel incertain.

 

Vous avez soif de quoi en publiant cet ouvrage ?

 

Soif de la vérité sur les crimes contre l’humanité perpétrés par le régime, soif que les uns et les autres connaissent la vérité sur ce qui m’est arrivé, soif de voir la fin de ce calvaire pour le peuple béninois, afin que plus jamais dans l’histoire de mon pays d'origine, des citoyens ne soient tués, emprisonnés et obligés de fuir leur propre pays du fait de leurs opinions.

 

Comment envisagez-vous l’avenir ? Votre retour au Bénin ?

 

La certitude qu’un dictateur puisse avoir, même s’il fait semblant de ne pas le savoir, c’est qu’il finira un jour très mal, sous le soleil, sous la pluie ou dans la nuit profonde. La sous-région ouest africaine a connu un autre autocrate de piètre figure qui a régné pendant près de 3 décennies (27 ans). Mais quand le peuple s’est levé, il a dû passer par un champ de maïs à une semaine de récolte pour fuir et se retrouver dans un pays d’accueil. Vous savez bien de qui je veux parler. Le tout puissant Alpha Condé est où aujourd’hui ? Blaise Compaoré est où aujourd’hui ? C’était Alpha Condé qui mettait les gens en résidence surveillée avec des conteneurs au portail. Aujourd’hui, c’est lui qui est en résidence surveillée. Dans cette vie, c'est comme ça : tout finit par finir, même le pire. Et c’est pourquoi il faut bien se comporter. Je suis convaincu que notre lutte au Bénin ne sera pas vaine. Nous ne sommes pas dans un match de football de 90 mn, dans une soirée de gala. C’est un combat de longue haleine. Ça prendra le temps que ça prendra mais ça prendra fin. D’où mon assurance.

Combien serions-nous à patienter, dans la cohérence et la constance, pour aller jusqu’au bout ? C’est la grande question. Mais le plus important dans une lutte, ce n’est pas le nombre de personnes. On peut être trois personnes à mener un combat. Le plus important, c’est la sincérité qui anime chacun, la volonté, le courage, la transparence, la cohésion et la constance.

Pour ce qui me concerne, pas de doute, j’irai à la gare afin de voir la fin de ce combat pour que vive le Bénin, un Bénin uni, libre, juste, solidaire, paisible, stable, sécurisé et fraternel.

En ce qui concerne mon retour au Bénin, ce n’est pas à l’ordre du jour. Je ne mène pas ce combat pour moi. Ma personne importe peu. Le plus important pour moi n’est pas de rentrer au Bénin aujourd’hui, dans les conditions actuelles. Les conditions requises ne sont pas remplies. Pourquoi je suis en exil ? Pourquoi d’autres sont également en exil, en prison ou en clandestinité ? Pourquoi le Bénin est bloqué ? C’est la cause de la crise que nous devons régler d’abord. Car sous une dictature, certains peuvent rentrer au pays et sortir de la prison et d’autres peuvent facilement les remplacer. Je me bats pour qu’on trouve ensemble des solutions justes et durables à la crise. Je ne suis pas un homme des raccourcis, des arrangements politiciens. Je suis un homme de conviction et d’action. La plaie doit être bien cicatrisée pour éviter le bégaiement de l’histoire. Donc je rentrerai au Bénin lorsque la démocratie et l’Etat de droit seront restaurés, lorsque les droits humains seront protégés, lorsque tous ceux et toutes celles qui sont en exil ou en prison retrouveront le sourire. Bref, lorsque le peuple retrouvera sa paix, son pain quotidien, sa sécurité, sa liberté et sa justice. Le Bénin d’abord.

 

Quel est votre espérance profonde après la sortie du livre ?

 

Mon souhait le plus cher est que ce beau livre ne reste pas neuf longtemps, que ses pages soient vite consultées. J’y ai mis beaucoup de révélations, d’anecdotes, des témoignages poignants. Le livre est disponible en librairies, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne. Vous pouvez le commander en ligne à la Fnac, sur Amazon, à Fauves Editions, sur Harmattan et ailleurs, et le recevoir chez vous rapidement.

 

Votre mot de fin ?

 

Je voudrais encourager tout le monde à se procurer ce livre et surtout à le garder pour l’histoire. Ensuite, je voudrais exhorter tous nos compatriotes à divers niveaux, je m’adresse particulièrement à ceux qui sont encore sincèrement engagés dans le combat de libération de notre pays, à rester concentrés, mobilisés et déterminés. Ensemble, tout est possible. Et c’est pourquoi nous devons maintenir le cap et nous réorganiser pour faire face pleinement et convenablement aux défis pressants qui sont devant nous.

Je sais résister. Je sais patienter. J’ai foi en l’avenir.


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