Bioheat : quand un déchet devient une réponse énergétique d’avenir
Heure de publication : 20:44 - Temps de lecture : 2 min 54 s
Transformer une épreuve en énergie, un déchet en solution, et une vision locale en impact durable. Bioheat, ou quand la résilience de Yassine Khelifi, fondateur, devient moteur de la transition énergétique. – © Yassine Khelifi.
Texte par : Thalf Sall
Face à l’urgence climatique, à la flambée des coûts de l’énergie et à l’épuisement des ressources fossiles, les solutions réellement durables se font rares. Pourtant, en Tunisie, un entrepreneur a choisi de transformer une crise en opportunité. Avec Bioheat, Yassine Khelifi démontre qu’une innovation locale, née d’une épreuve personnelle et d’une observation de terrain, peut apporter une réponse crédible, propre et accessible aux défis énergétiques contemporains.
Dans de nombreux pays méditerranéens et africains, le chauffage et la cuisson reposent encore largement sur des combustibles fossiles importés ou sur le bois. Ce modèle, à la fois coûteux et polluant, accentue la dépendance énergétique des États, fragilise les ménages et accélère la déforestation. À cette réalité s’ajoute un paradoxe majeur : alors que l’agriculture génère d’importantes quantités de résidus organiques, ces derniers sont rarement valorisés et deviennent, au contraire, une source de pollution.
En Tunisie, premier producteur mondial d’huile d’olive, les déchets issus de la transformation des olives s’accumulent chaque année. Ces résidus, appelés grignons ou fitoura, sont souvent abandonnés dans la nature, brûlés de manière anarchique ou rejetés sans traitement, contribuant à la dégradation des sols, de l’air et des écosystèmes locaux.
Ce problème ne résulte pas d’un manque de ressources, mais d’un déficit de solutions adaptées. D’un côté, les modèles énergétiques dominants restent centralisés, dépendants de l’importation et peu accessibles aux zones rurales. De l’autre, les déchets agricoles sont perçus comme une contrainte plutôt que comme une opportunité économique et énergétique.
À cela s’ajoute un frein technologique. Pendant longtemps, aucune solution simple, locale et économiquement viable n’a permis de transformer efficacement ces résidus agricoles en source d’énergie propre. C’est précisément dans cet angle mort que Bioheat va s’inscrire.
Bioheat : transformer un déchet en énergie propre et locale
Bioheat est née d’une conviction forte : on ne peut pas dissocier l’entrepreneur de son projet. Après une épreuve personnelle marquante, Yassine Khelifi choisit de ne pas renoncer. Il observe, expérimente, teste, échoue, recommence. Il constate que la fitoura possède un fort pouvoir calorifique et décide d’en faire la base d’une solution énergétique alternative.
Bioheat développe alors une technologie permettant de transformer ces déchets d’olive en briquettes de chauffage écologiques, entièrement naturelles, sans additif chimique. Le résultat est un combustible performant, propre et durable, capable de remplacer le bois, le charbon ou certaines énergies fossiles, aussi bien pour le chauffage que pour la cuisson.
Contrairement aux solutions importées ou industrialisées à grande échelle, Bioheat repose sur une logique de proximité. La matière première est locale, la production est locale, et la valeur créée bénéficie directement aux territoires.
Faute de machines adaptées sur le marché, le fondateur conçoit lui-même ses équipements. La méthode repose sur un processus simple mais rigoureux. Les résidus d’olive sont collectés, compressés, moulés, puis séchés naturellement pendant plusieurs semaines, grâce au soleil et à des serres conçues pour réduire la consommation énergétique.
Ce choix méthodologique n’est pas anodin. Il permet de limiter l’empreinte carbone de la production, de réduire les coûts et de garantir une combustion plus propre, avec un taux d’humidité très faible. La briquette obtenue brûle lentement, dégage une chaleur stable et génère moins de fumée et de résidus que le bois traditionnel.
Bioheat s’inscrit ainsi pleinement dans une logique d’économie circulaire, où le déchet devient ressource, et où l’innovation technologique sert un objectif environnemental et social clair.
Un impact positif mesurable et concret
L’impact de Bioheat est multiple. Sur le plan environnemental, la solution contribue à réduire les émissions de CO₂, à limiter la déforestation et à assainir la gestion des déchets agricoles. Chaque tonne de grignons valorisée est une tonne de pollution évitée.
Sur le plan économique, Bioheat crée des emplois locaux, structure une filière émergente et réduit la dépendance énergétique. L’entreprise répond à une demande croissante, en Tunisie comme à l’international, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où la transition énergétique pousse les acteurs à rechercher des alternatives crédibles et responsables.
Sur le plan social, Bioheat permet à des ménages, des restaurants, des écoles et des structures rurales de réduire significativement leurs dépenses énergétiques, tout en adoptant une solution plus saine et plus durable.
Bioheat n’est pas une promesse abstraite. C’est une solution opérationnelle, éprouvée, portée par une vision claire et un engagement profond. En transformant un déchet agricole en énergie propre, Yassine Khelifi prouve que l’innovation la plus puissante est souvent celle qui naît du terrain, de la résilience et de l’intelligence collective.
À l’heure où la transition énergétique exige des réponses concrètes, accessibles et reproductibles, Bioheat incarne une voie crédible vers un modèle plus juste, plus autonome et plus durable. Une énergie qui ne se contente pas de chauffer les foyers, mais qui réchauffe aussi l’économie locale et l’espoir d’un avenir responsable.
