Après le football, l’éducation : le prochain défi stratégique du Maroc
Heure de publication 18:00 - Temps de lecture : 3 min 56 s
Dr Abdelilah Kadili, président de la Fondation Tamkine, expert en transformation des systèmes éducatifs et en intelligence artificielle appliquée à l’éducation, conférencier international, expert en coopération internationale, membre du Conseil d’administration d’ABERS et conseiller stratégique d’AI Beehive. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Les performances exceptionnelles du Maroc sur la scène footballistique mondiale sont bien plus qu’un succès sportif. Elles illustrent la puissance d’une vision de long terme, d’une gouvernance cohérente et d’investissements stratégiques menés avec constance. Cette réussite rappelle une vérité essentielle : les grandes transformations nationales ne relèvent jamais du hasard, mais d’une ambition collective portée dans la durée. À l’heure où l’éducation a été consacrée deuxième priorité nationale par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume se trouve à un tournant décisif de son histoire. Plus que jamais, il dispose de l’opportunité de mobiliser les mêmes leviers d’excellence pour développer son plus précieux capital : ses talents, ses compétences et sa jeunesse. Dans cette tribune, Dr Abdelilah Kadili, président de la Fondation Tamkine, s’appuie sur les enseignements du modèle de réussite du football marocain pour plaider en faveur d’un engagement national renforcé en faveur de l’éducation. Il y esquisse une vision ambitieuse et formule des pistes concrètes afin que la prochaine grande victoire du Maroc se mesure non seulement à ses performances, mais aussi au nombre d’intelligences révélées, de vocations éveillées et de citoyens formés pour relever les défis du XXIᵉ siècle.
TAMKINE TRIBUNE
Notre prochaine grande victoire nationale doit être l’éducation
Il est des réussites qui dépassent largement le cadre dans lequel elles sont nées. Le parcours exceptionnel du Maroc dans le football mondial en est une illustration éclatante. Bien au-delà des résultats sportifs, le Royaume s'est imposé, au fil des années, comme un modèle reconnu de vision stratégique, de gouvernance, d'organisation et d'investissement à long terme. De la demi-finale historique de la Coupe du Monde aux infrastructures saluées par la communauté internationale, en passant par l'organisation d'événements sportifs majeurs, le Maroc n'a pas simplement remporté des matchs ; il a gagné une crédibilité internationale. Et cette crédibilité n'est pas le fruit du hasard.
Elle est née d'une conviction. D'une vision portée dans la durée. D'une volonté politique claire. D'investissements cohérents. D'institutions capables de travailler dans la même direction. Et surtout, d'une nation qui a accepté qu'une grande ambition ne se construit ni dans la précipitation, ni dans l'improvisation.
C'est probablement la plus grande leçon que nous offre aujourd'hui le football marocain. Les grandes réussites nationales ne sont jamais des accidents de parcours. Elles sont le résultat d'une volonté qui refuse de s'essouffler.
Pendant des années, le Maroc a construit. Il a investi dans les académies, dans les centres de formation, dans les infrastructures, dans les compétences, dans la gouvernance, dans la détection des talents et dans l'accompagnement des jeunes générations. Il ne s'est pas contenté de former des joueurs ; il a bâti un véritable écosystème de l'excellence.
Le résultat dépasse aujourd'hui le terrain. Le véritable succès est ailleurs. Il réside dans la confiance : la confiance en nos institutions, la confiance en nos capacités, et puis la confiance en ce que le Maroc est capable d'accomplir lorsqu'il choisit une ambition et s'y consacre pleinement.
Cette réussite nous rappelle également une vérité essentielle : aucune transformation d'envergure ne peut voir le jour sans des femmes et des hommes compétents, visionnaires et pleinement engagés. Si le football marocain a connu une telle ascension, c'est parce que des responsables compétents ont été investis d'une mission claire, soutenus dans la durée et évalués à l'aune d'une vision plutôt que de l'urgence. Leur mérite doit être salué.
Mais cette réussite révèle surtout une autre évidence : ces compétences ne sont pas l'apanage du sport. Elles existent dans tous les secteurs stratégiques de notre pays. Elles existent dans nos universités, dans nos établissements scolaires, dans nos administrations, dans nos laboratoires, dans nos entreprises, et naturellement dans le monde de l'éducation.
La véritable question n'est donc pas de savoir si le Maroc dispose des compétences nécessaires. La véritable question est de savoir si nous sommes capables de mobiliser ces compétences autour d'une même ambition nationale. Or cette ambition existe déjà.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI a déclaré l'éducation deuxième priorité nationale après l'intégrité territoriale. Cette déclaration n'était pas simplement un signal politique. Elle constituait une véritable vision d'avenir. Car une fois les frontières d'une nation préservées, son avenir dépend de la qualité des femmes et des hommes qu'elle forme. L'intégrité territoriale protège le pays. L'éducation prépare son destin.
Et pourtant, c'est peut-être le seul domaine dans lequel nous continuons à réclamer des résultats immédiats pour une œuvre qui, par nature, s'inscrit dans le temps long.
Nous modifions les programmes et espérons une révolution. Nous lançons des réformes et attendons des miracles. Nous évaluons l'école au rythme des bilans annuels alors que les véritables effets de l'éducation se mesurent sur une génération entière. Le football, lui, nous a appris une autre leçon. Le temps n'est pas un obstacle. Il est la condition même de l'excellence.
Que représentent dix années dans la vie d'une nation si elles permettent de former des générations de chercheurs, d'enseignants, d'entrepreneurs, d'ingénieurs, de médecins, d'artistes, d'innovateurs et de citoyens capables de porter le Maroc du siècle prochain ?
Le véritable coût n'est jamais celui du temps investi. Le véritable coût est celui du temps perdu à hésiter.
À la Fondation Tamkine, nous sommes convaincus que l'éducation mérite aujourd'hui le même niveau d'engagement national que celui qui a permis au football marocain d'atteindre les sommets. Il ne s'agit évidemment pas de reproduire le modèle sportif, mais d'en retenir les principes qui ont fait son succès : une vision claire, une gouvernance cohérente, une stratégie inscrite dans la durée, une exigence permanente et la conviction que le talent n'éclot jamais seul. Il doit être identifié, accompagné, encouragé et placé dans un environnement capable de le révéler.
C'est précisément là que prend tout son sens l'Équation Tamkine. L'éducation ne peut être l'affaire d'un ministère, ni d'une réforme, ni d'un établissement isolé. Elle est un projet national.
Les apprenants, les enseignants, les parents, les établissements scolaires, les universités, les collectivités territoriales, la société civile, les entreprises et les technologies éducatives ont chacun une responsabilité à assumer. Comme dans le football, la réussite collective ne devient possible que lorsque chaque acteur comprend sa place dans le projet commun.
Le football a réussi à rassembler tout un peuple derrière onze joueurs. L'éducation peut rassembler toute une nation derrière des millions d'apprenants. Voilà une ambition infiniment plus grande. Car au fond, la plus grande leçon que nous offre aujourd'hui le football marocain n'est pas qu'il est possible de réaliser des exploits. Elle est qu'un pays devient capable de déplacer les montagnes lorsqu'il décide collectivement d'avancer dans la même direction.
L'éducation mérite aujourd'hui cette même détermination. Parce que notre histoire récente nous l'a démontré avec éclat : « lorsqu'il y a une volonté, il y a toujours un chemin »
Le Maroc a déjà montré au monde ce qu'une vision portée avec constance pouvait produire. Notre prochaine grande victoire nationale ne devrait pas se mesurer au nombre de buts inscrits. Elle devrait se mesurer au nombre d'intelligences révélées, de talents accompagnés, de vocations éveillées et de citoyens construits.
Les plus grandes victoires d'une nation ne se remportent pas dans les stades. Elles se construisent, chaque jour, dans les salles de classe.
#Tamkine_ensemble_nous_réussirons
Dr Abdelilah KADILI
Président de la Fondation Tamkine
