ALCoMA : Wilfrid Lauriano do Rego aux commandes d’un chantier stratégique à 15 milliards de dollars

Heure de publication 15:45 - Temps de lecture : 4 min 33 s

À la tête du conseil d’administration de l’ALCoMA, Wilfrid Lauriano do Rego est appelé à piloter la gouvernance du corridor Abidjan-Lagos, un projet stratégique de 15 milliards de dollars destiné à renforcer l’intégration économique et la compétitivité de l’Afrique de l’Ouest. – © DR.

Texte par : Thalf Sall

Dans un moment décisif pour l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest, l’Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA) a confié la présidence de son conseil d’administration à Wilfrid Lauriano do Rego, expert-comptable, ancien président de KPMG France et ex-coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Cette nomination intervient alors que le projet de corridor, estimé à 15 milliards de dollars, entre dans sa phase opérationnelle. Sur 1 028 kilomètres reliant cinq pays et près de 400 millions de personnes, les enjeux dépassent largement la logistique : il s’agit désormais de transformer une vision d’intégration régionale en réalité économique structurée.

Réunis à Lagos les 11 et 12 juin 2026, les membres du conseil d’administration de l’ALCoMA ont franchi une étape institutionnelle majeure avec la tenue de leur première réunion officielle. Créée par traité entre les chefs d’État du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Togo, l’Autorité est chargée de superviser le développement et la gestion d’un corridor supranational conçu comme une infrastructure économique intégrée.

Souvent présenté comme « l’autoroute sans frontières de l’Afrique de l’Ouest », le corridor Abidjan-Lagos s’étend sur plus de 1 000 kilomètres et relie cinq des économies les plus dynamiques de la région : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Nigeria et le Bénin. Cet espace concentre plus de 75 % des activités économiques et des échanges commerciaux de la CEDEAO. Pourtant, malgré son potentiel exceptionnel, le corridor demeure confronté à de nombreux obstacles structurels : délais de transit pouvant atteindre jusqu’à 17 jours, multiplication des points de contrôle, congestion portuaire et coûts logistiques qui représentent parfois jusqu’à 40 % du prix final des marchandises.

Dans ce contexte, la mise en place d’ALCoMA et la structuration de son organe de gouvernance apparaissent comme une volonté de transformation systémique d’un espace économique encore fragmenté.

 

Une nomination stratégique au cœur d’un projet à forte intensité financière

 

La nomination de Wilfrid Lauriano do Rego à la présidence du conseil d’administration n’est pas un choix neutre. Elle s’inscrit dans une logique de consolidation technique et financière d’un projet dont l’envergure dépasse les standards habituels des infrastructures régionales.

Expert-comptable de formation, ancien président de KPMG France et spécialiste des transactions financières complexes, il a également occupé des fonctions de haut niveau au sein du Conseil présidentiel pour l’Afrique. Ce parcours, à la croisée du secteur privé international et de la gouvernance publique africaine, constitue un atout majeur pour un projet qui mobilise des financements estimés à plus de 15 milliards de dollars et implique des institutions telles que la Banque africaine de développement, la Banque mondiale ou encore la BOAD.

Dans un environnement où la réussite dépend autant de la structuration des investissements que de la coordination institutionnelle entre cinq États souverains, son expérience apparaît comme un levier stratégique pour ALCoMA.

 

Un corridor sous tension entre ambitions économiques et réalités opérationnelles

 

Le corridor Abidjan-Lagos illustre les paradoxes de l’intégration africaine. D’un côté, un potentiel économique massif porté par une population de 400 millions d’habitants et une croissance du trafic de fret estimée entre 8 et 10 % par an. De l’autre, des obstacles persistants qui ralentissent sa performance globale.

Les ports d’Abidjan, de Tema ou de Cotonou font face à des congestions récurrentes, tandis que les frontières restent marquées par des délais élevés et une forte informalité des échanges. À cela s’ajoute une fragmentation réglementaire structurelle, avec cinq régimes douaniers différents et autant de systèmes de documentation.

Les experts soulignent également un déséquilibre entre infrastructures physiques et institutionnelles. Là où les investissements se concentrent majoritairement sur les routes et les ouvrages, la performance réelle du corridor dépend en grande partie de la fluidité des procédures, de la digitalisation des échanges et de la coordination politique.

Dans ce paysage complexe, des avancées notables émergent toutefois. La digitalisation des échanges avec le système SIGMAT, les solutions de paiement instantané comme PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), ou encore la structuration de hubs logistiques modernes à Abidjan et Dakar témoignent d’une transition progressive vers une économie plus intégrée.

 

Une gouvernance attendue au tournant de l’exécution

 

C’est précisément dans ce contexte que la gouvernance de l’ALCoMA prend toute son importance. L’organisation, conçue comme une autorité supranationale, doit désormais passer d’une phase de conception à une phase d’exécution opérationnelle.

Pour Wilfrid Lauriano do Rego, la mission s’annonce double : assurer la cohérence stratégique entre les États membres et sécuriser les mécanismes de financement et de mise en œuvre des 26 clusters de projets identifiés, couvrant les transports, l’énergie, les zones économiques spéciales et les infrastructures logistiques.

Les attentes sont élevées. Le corridor est appelé à réduire les temps de transit de 40 %, générer 230 000 emplois directs et indirects et produire jusqu’à 16 milliards de dollars de valeur économique à moyen terme. Mais au-delà des chiffres, c’est la capacité à instaurer un système de confiance entre États, investisseurs et opérateurs économiques qui sera déterminante.

 

Une nomination qui engage une vision continentale

 

La désignation de Wilfrid Lauriano do Rego à la présidence du conseil d’administration de l’ALCoMA dépasse largement le cadre d’une nomination institutionnelle. Elle reflète la volonté des États membres et des partenaires du corridor de s’appuyer sur un leadership expérimenté pour piloter l’un des projets d’intégration régionale les plus ambitieux du continent.

Expert reconnu des questions financières, des opérations de haut niveau et de la coopération économique internationale, Wilfrid Lauriano do Rego dispose d’un parcours qui conjugue une solide connaissance des réalités africaines et une expérience éprouvée des grands écosystèmes économiques mondiaux. Un profil particulièrement recherché à l’heure où l’ALCoMA doit mobiliser d’importantes ressources financières, coordonner des acteurs publics et privés aux intérêts multiples et accompagner la mise en œuvre d’un projet estimé à 15 milliards de dollars.

« Son expérience africaine et internationale sera très utile pour la mobilisation de ces ressources et le leadership de l’ALCoMA », confie l’un des administrateurs de l’institution.

Cette confiance repose sur un constat largement partagé : la réussite du corridor Abidjan-Lagos dépendra autant de la qualité de ses infrastructures que de la capacité de sa gouvernance à fédérer les partenaires, attirer les investisseurs et assurer une coordination efficace entre les cinq pays concernés. Dans un environnement où la compétitivité économique repose de plus en plus sur la fluidité des échanges, la transparence des procédures et l’harmonisation des politiques publiques, l’enjeu est autant institutionnel que technique.

Le parcours de Wilfrid Lauriano do Rego, à la croisée de la finance internationale, du conseil stratégique et des relations Afrique-Europe, lui confère une légitimité particulière pour accompagner cette nouvelle étape. Son expérience des négociations complexes, de la structuration financière et du dialogue entre acteurs publics et privés pourrait constituer un atout déterminant pour transformer les ambitions du corridor en résultats concrets.

Le corridor Abidjan-Lagos entre ainsi dans une phase décisive de son histoire. Désormais, le succès du projet ne se mesurera plus uniquement en kilomètres de routes construites ou en volumes d'investissements mobilisés, mais dans sa capacité à fluidifier les échanges, renforcer la compétitivité régionale et faire émerger un véritable marché intégré au service du développement de l'Afrique de l'Ouest. C'est à ce défi historique que Wilfrid Lauriano do Rego est désormais appelé à contribuer.


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