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Nadine Okoumassoun, une femme engagée pour la démocratie, l’Etat de droit et les droits humains au Bénin !


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Heure de publication : 12:20 - Temps de lecture : 8 min 13 s

Nadine Okoumassoun, militante politique et des droits humains au Bénin. – © Nadine Okoumassoun.

Propos recueillis par Thalf Sall

A 28 ans, Nadine  Okoumassoun a déjà un parcours politique bien rempli. C’est une véritable guerrière, une femme libre, déterminée, courageuse, battante et engagée pour la bonne cause. Ses premiers grands engagements portent sur la restauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans son pays, le Bénin. Ce combat, elle le porte en grande responsabilité avec un courage qui force le respect. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle s’est retrouvée en prison, pendant 16 mois, pour avoir dénoncé la dictature du régime en place et appelé au respect des droits humains. Sortie de prison le 27 juillet 2022, elle s’est confiée à l’une de nos équipes. Au menu, l’état de la nation, son combat politique, son arrestation par la police, son séjour carcéral, ses propositions constructives de sortie de crise, ses projets, ses conseils aux jeunes, ses relations avec le maire de Cotonou, Luc Sètondji Atrokpo, et ses rapports avec sa sœur jumelle Nadia, qui soutient la mouvance présidentielle.

Nos lecteurs et internautes peuvent-ils mieux vous connaître ?

 

Nadine  Okoumassoun, c’est mon nom à l’état civil. De nationalité béninoise, je suis titulaire d'une licence en marketing. Je suis à mon propre compte avec une société spécialisée dans l'événementiel et le commerce des produits tropicaux. 

Je suis présente sur la scène politique nationale depuis 2015. En 2015, en effet, j'ai travaillé avec l’ancien député Épiphane Quenum, dans le cadre des élections législatives. Nommé préfet des départements de l’Atlantique et du Littoral, il ne pouvait pas soutenir un candidat. Il a alors demandé à ses militants de soutenir le candidat de leur choix. Ce qui fait qu'en 2016, lors de la présidentielle, nous avions porté notre choix sur le président Sébastien Ajavon. Je faisais partie de la coordination estudiantine ayant fait venir le candidat Ajavon à l'Université d’Abomey-Calavi.

À la suite de mon soutien au président Ajavon, qui malheureusement n'a pas pu gagner l’élection présidentielle de 2016, et avec la gouvernance assez autoritaire imposée par le président Patrice Talon, j'ai décidé d'être contre son système, une opposante farouche à sa gestion qui ne prend pas comme pépinière, l'humain. Une gouvernance qui ne donne aucune chance au social, nous prenant toute notre humanité. Parce que, en réalité, si l'on gouverne, c'est justement pour le bien-être de l'humain.

En 2020, j'ai apporté mon soutien à l’actuel maire de Cotonou, Luc Sètondji Atrokpo, en raison des informations qu'il donnait à ma sœur Nadia et moi. Il nous a fait savoir qu'il a beaucoup d'ambitions pour les communes du Bénin et que même étant président de l'Association nationale des communes du Bénin (ANCB), il n'arrive pas à concrétiser ses ambitions. Il lui fallait être membre de l'AIF et pour ça, il faut qu'il soit le maire d'une commune à statut particulier. J'ai trouvé que pour une élection de proximité, il remplissait les critères d'un homme soucieux du développement à la base. Ce soutien que je lui ai apporté ne m'a pas fait perdre ma conviction pour une justice sociale. Il me connaît très bien et sait qui je suis. Je soutenais sa candidature et dans le même temps, je dénonçais la loi votée pour donner tous les pouvoirs aux responsables des partis politiques de désigner les maires en lieu et place des conseillers municipaux et communaux. Je pense qu’il revient au peuple d’élire et de sanctionner ses dirigeants. Et pour cela, jamais et au grand jamais, on ne devrait arracher aux conseillers communaux élus par le peuple la prérogative d’élire à leur tour les maires. Le maire Luc Sètondji Atrokpo s'en est offusqué et me l'a clairement dit. Je lui avait dit que c'était contre mes principes et mes valeurs : la tricherie.

Après ces épisodes, j’ai poursuivi mon combat politique contre la réforme du système partisan, avec la campagne "5ans c'est 5ans" et "Non au parrainage".

 

A 28 ans, votre parcours politique est déjà rempli. Comment se porte aujourd’hui le Bénin ?

 

Le Bénin est malade. Mon pays est sous superfusion. C’est loin d'être le pays auquel nous aspirons. Si, aujourd'hui, il nous est interdit de dire que "5ans c'est 5ans", "Non au parrainage", si en raison de la défense d'un idéal, on nous pousse en prison et en exil, il y a de quoi dire que rien ne va. Si le Béninois, aujourd'hui, ne peut pas compter sur ses législateurs pour défendre ses intérêts à l'Assemblée nationale, si le président Patrice Talon peut se permettre de ratifier les accords de prêt à la place des députés censés être bien élus par le peuple, lors d’élections transparentes, crédibles et digne de confiance, alors là, le Bénin se porte très mal.

Si le travailleur ne peut avoir la garantie d'une protection contre les abus éventuels de son employeur  à cause de la nouvelle loi sur le code du travail, il y a de quoi s'inquiéter de l'horizon peu reluisant que nous voyons.

Le Bénin mérite mieux.

 

A vous entendre, la situation de votre pays n’est pas reluisante. Comment expliquez-vous ce tournant autoritaire pris par les autorités depuis 2016 ?

 

Il faut avouer que nous avons été trahis par toute la classe politique nationale. Les problèmes que nous avons aujourd'hui ne sont pas à mettre uniquement sur le compte du président Patrice Talon. La 7ème législature qui a voté la charte des partis politiques était à géométrie variable. Les opposants, s’ils étaient unis, pouvaient empêcher le vote de cette loi, mais certains ont préféré vendre le pays à Patrice Talon. Le chef de l'État ne pouvait pas nous malmener ainsi si nos élus ne lui en avaient pas donné l’occasion. Il a profité de leur amour pour l'argent facile pour installer son pouvoir autoritaire. Aujourd'hui, ils sont réduits à rien. Incapables d'action parce que impuissants. 

 

Que proposez-vous concrètement pour remettre le Bénin sur les rails de la démocratie et de l’Etat de droit ?

 

Patrice Talon tient le pays d’une main de fer, mais il n’est pas plus fort que le peuple. La souveraineté appartient au peuple. Il revient à ceux et à celles qui ne se retrouvent pas dans sa gouvernance de s’organiser pour proposer des solutions alternatives crédibles.

Dans un premier temps, il faut libérer les prisonniers politiques et créer les conditions favorables au retour sécurisé des exilés politiques. Ensuite, il faut faire la lumière sur les événements qui ont endeuillé notre pays depuis mai 2019. Enfin, il faut tracer un nouveau chemin démocratique pour le Bénin à l’issue d’une concertation nationale inclusive. Cela permettra d’améliorer la gouvernance du pays dans tous les domaines et d’aller à des élections crédibles, pacifiques, paisibles et transparentes. Aujourd’hui, le président Patrice Talon contrôle toutes les institutions de contre-pouvoir pouvant assurer la transparence des élections.

Les Béninois doivent se parler entre eux, dialoguer en permanence. Je crois en la puissance de la communication. Nous n’avons que le Bénin. Sauvons le Bénin.

 

Pensez-vous que ces solutions suffisent-elles pour amener le régime de Cotonou à changer de cap ?

 

Si déjà ces conditions sont remplies, si déjà ces pas sont faits, je crois que ce serait un bon début. Le Bénin est en crise et c’est progressivement qu’il va retrouver sa bonne santé démocratique. Chaque citoyen doit jouer sa partition pour que vive le Bénin.

 

Vous venez de sortir de prison. Pour quelle raison avez-vous été emprisonnée ?

 

J'ai passé 1 an 4 mois en prison pour « appartenance à une organisation terroriste » et « atteinte à la sûreté de l'État ». Mais tous les Béninois savent que j'ai été arrêtée parce que mon discours est antisystème, mon combat pour la démocratie dérange. C’est tout.

 

Donc c’est à cause de votre combat pour la démocratie et les droits humains que vous avez fait la prison ?

 

Bien-sûr. Mon combat pour un Bénin paisible, juste et libre m'a coûté les yeux de la tête.

 

Comment s’est déroulée votre arrestation ?

 

Je partais acheter quand les forces de l'ordre m'ont arrêtée, en circulation. J'ai été auditionnée par rapport à mes convictions comme si la défense d'un idéal était passible de peine, puis gardée à vue pendant 02 jours. Le 09 avril 2021, j’ai été présentée au Procureur Spécial  de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, qui requiert un mandat de dépôt contre moi.

 

En prison, quel était le menu de votre quotidien ? Comment vous mangez ?

 

En prison, j'ai pris goût à la lecture. Je jouais aussi au jeu Ludo avec mes codétenues. Je payais une codétenue qui me faisait à manger parce qu'on nous a isolées. Nous n'avons pas accès à la cour comme les autres détenues de droit commun.

 

Vos parents et proches avaient-ils accès à vous ?

 

Je n’avais pas de problème à ce niveau. J’étais autorisée à voir qui je voulais. Seulement que je ne leur parlais pas. Sous prétexte de la Covid-19, on nous empêchait de parler à nos visiteurs, pendant qu'on nous entassait dans les cellules comme des boîtes à sardines.

 

Comment vous avez réussi à tenir en prison ?

 

J'ai une grande croyance en Dieu qui d'ailleurs est juste et parce que la cause que je défends est juste. Il n'y avait pas de quoi m'inquiéter. Je savais qu'il allait me rendre justice un jour. En lisant au quotidien, je n’avais pas vu le temps passé. J’ai pris la vie carcérale du bon côté. Il faut s’adapter aux épreuves, aux difficultés, aux douleurs…

 

Vous êtes une jumelle. Vous vous êtes dans l’opposition et votre sœur Nadia est dans la mouvance présidentielle. Comment a-t-elle vécu votre emprisonnement ? Avant, pendant et après la prison, comment gérez-vous vos relations ?

 

Son appartenance à la mouvance présidentielle ne l’a pas empêchée de m'apporter son soutien. Elle était là, matin et soir, de jour comme de nuit. S'il est vrai qu'on apprend qu'en politique, il n'y a pas d'amis, chez nous, le lien familial l'emporte sur les intrigues et calculs politiques.

 

Comment avez-vous appris la nouvelle de votre libération ?

 

Un jour, j’ai reçu un appel pour me rendre à la Criet. Là-bas, une dame, la "greffière", m'a remis une attestation de mise en liberté, précisant que je suis placée sous contrôle judiciaire.

 

Vous êtes placée sous contrôle judiciaire après 16 mois de prison alors que vous n’avez jamais été jugée. Comment vous l’expliquez ?

 

C'est une pure injustice. L'objectif est de me réduire au silence, m’intimider, me faire peur, me casser le moral. Ils n’ont pas réussi.

 

Après votre libération, vous n’avez pas ravalé vos vomissures comme d’autres. Vous poursuivez votre activisme politique. Pour vous, la lutte pour la libération du Bénin doit se poursuivre sereinement. D’où tirez-vous cette audace ?

 

Je ne supporte pas l’injustice. Se taire face à l’arbitraire est un crime. La lutte continue pour une démocratie participative au Bénin.

 

Pourquoi le retour de la démocratie et le respect des droits humains dans votre pays sont-ils importants pour vous ? Cela est-il lié à votre amour profond pour le Bénin ?

 

Il est nécessaire de retourner à l'Etat de droit et à la démocratie parce que c'est l'unique condition pour permettre à tous les Béninois de participer au processus de démocratisation du pays et d'élire eux-mêmes leurs représentants à divers niveaux.

 

Que voulez-vous que l’Histoire retienne de vous ?

 

Une femme forte, résiliente et déterminée, qui n’a jamais cédé face à la répression et à la pression, qui est allée jusqu’au bout pour contribuer à redorer le blason à son pays. La terre qui m'a tout donné en accueillant ma naissance mérite que je me sacrifie pour elle. Le Bénin mérite que ses enfants se sacrifient pour sa défense et sa protection.

 

Que faites-vous aujourd’hui, depuis votre sortie de prison ?

 

J'ai accordé un peu de temps à ma famille. Maintenant, je vaque à mes occupations personnelles.

 

Avez-vous des projets ?

 

Bien-sûr ! Finir mes études universitaires et bien d’autres choses.

 

Si on vous demandait de vous adresser aux jeunes, qu’est-ce que vous allez leur dire ?

 

La nation nous appelle, la République a besoin de nous. Nous devons défendre et protéger ses intérêts. Être aux aguets pour empêcher les bourreaux de la République de détruire l'avenir des générations futures. Il est possible de construire un nouveau Bénin, le Bénin de nos rêves, le Bénin uni, juste, libre, solidaire, fraternel et prospère. Ensemble, relevons ce défi.


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2 Commentaires

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Envoyé !

Lionel
29 AUGUST 2022 à 23:30

Quand je lis ça, je dis simplement bravo, pour son courage et sa détermination. Voilà les jeunes dont l'Afrique a besoin pour réinventer son avenir.

Anonyme
29 AUGUST 2022 à 19:57

♥️♥️♥️ génial