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Tchad : quand la danse devient un outil de sauvetage social


Heure de publication : 18:24 - Temps de lecture : 59 sec

A Ndjaména, au Tchad, la danse est l’alternative trouvée par un chorégraphe professionnel pour redonner le sourire aux enfants de la rue et les former. – ©Tchado Star.

Texte par : Thalf Sall

Dans la capitale tchadienne, des milliers d’enfants livrés à eux-mêmes errent quotidiennement dans les rues, exposés à la violence, à la faim et à l’exclusion. Face à cette urgence sociale silencieuse, une initiative singulière a émergé. Portée par un ancien enfant de la rue devenu chorégraphe professionnel, elle démontre que la culture, lorsqu’elle est pensée comme un levier d’inclusion, peut changer durablement des trajectoires de vie.

 

À N’Djamena, on estime à plus de 3000 le nombre d’enfants vivant dans la rue. Pour la plupart orphelins ou issus de familles en situation d’extrême pauvreté, ces enfants sont souvent rejetés par leur entourage et privés de toute protection. Leur quotidien est fait de débrouille, de mendicité, de petits travaux informels et de violences multiformes.

Malgré l’ampleur du phénomène, les dispositifs publics de prise en charge demeurent insuffisants, laissant de nombreux enfants sans perspective réelle de réinsertion sociale ou scolaire.

C’est dans ce contexte qu’intervient Aleva N., chorégraphe professionnel tchadien. Son engagement prend racine dans une histoire personnelle marquée par l’errance et la précarité. Lui-même ancien enfant de la rue, il parvient à quitter le Tchad, à se former à la danse en France puis aux États-Unis, avant de faire carrière sur les scènes internationales.

Fort de ce parcours, Aleva N. comprend que l’urgence n’est pas seulement humanitaire, mais aussi psychologique et sociale. Il décide alors de rentrer à N’Djamena avec une conviction simple mais puissante : la danse peut redonner dignité, confiance et espoir à ces enfants invisibles.

 

La danse comme langage universel de reconstruction

 

Sur les trottoirs et dans les espaces publics de la capitale, Aleva N. commence à rassembler les enfants autour de séances de danse improvisées. Coupé-décalé ivoirien, hip-hop américain, ndombolo congolais deviennent autant de moyens d’expression et de libération. Rapidement, les corps se redressent, les sourires réapparaissent et la confiance renaît.

La danse agit comme un outil thérapeutique autant que pédagogique. Elle permet aux enfants de retrouver une discipline, de travailler en groupe et de reprendre conscience de leur valeur individuelle.

Face à l’engouement et aux résultats observés, Aleva N. franchit une étape décisive en créant une association et un centre d’accueil dédié aux enfants de la rue. L’objectif est clair : identifier les enfants, assurer leur protection et leur offrir un accompagnement global.

Soutenu financièrement par l’Unesco et par des personnes de bonne volonté, le centre permet aujourd’hui à plusieurs dizaines d’enfants d’être logés, nourris, soignés et formés. L’accompagnement va bien au-delà de l’urgence. Il inclut l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul, mais aussi des formations professionnelles favorisant l’autonomie économique.

 

Des trajectoires transformées et un impact durable

 

Les résultats sont tangibles. De nombreux enfants ont quitté définitivement la rue et se sont insérés dans la société. Certains ont développé des compétences artisanales, à l’image de Mousey Abdel, devenu couturier. D’autres ont lancé de petites activités génératrices de revenus.

Selon l’association, près de 1000 enfants ont, à des degrés divers, bénéficié de ce programme et retrouvé une autonomie financière ou sociale. Ces parcours illustrent la capacité de la culture à produire un impact durable lorsqu’elle est intégrée dans une stratégie globale de réinsertion.

L’initiative portée par Aleva N. à N’Djamena rappelle que les réponses aux crises sociales ne relèvent pas uniquement de l’assistance, mais aussi de la créativité et de l’engagement humain. En transformant la danse en outil de reconstruction sociale, ce projet offre une alternative crédible et inspirante aux modèles classiques de prise en charge.

À l’heure où l’Afrique fait face à des défis sociaux majeurs, cette expérience tchadienne démontre que des solutions locales, portées par ceux qui connaissent la réalité du terrain, peuvent changer des vies et redonner un avenir à une jeunesse longtemps oubliée.


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