Sandrine Ngalula Mubenga : la scientifique congolaise qui révolutionne les batteries et l’accès à l’énergie
Heure de publication 10:38 - Temps de lecture : 3 min 24 s
Sandrine Ngalula Mubenga, professeure associée à l’Université de Toledo, fondatrice de STEM DRC Initiative, membre du Conseil d’administration de l’Autorité de Régulation de l’Électricité de la République démocratique du Congo (ARE), et boursière du prestigieux programme Fulbright U.S. Scholar 2025-2026 à l’University of the Witwatersrand. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Comment transformer les immenses richesses minérales de l’Afrique en prospérité durable ? Comment rendre les batteries plus performantes, accélérer la transition énergétique et renforcer l’accès à l’électricité sur le continent ? À ces questions stratégiques, la scientifique congolaise Sandrine Ngalula Mubenga apporte depuis plus de vingt ans des réponses concrètes. Ingénieure, inventrice, professeure d’université et dirigeante du secteur énergétique, elle développe des solutions qui relient recherche, industrie et développement. Son récent brevet américain dans le domaine des batteries lithium-ion marque une nouvelle étape dans un parcours déjà riche en innovations et en impact.
Le monde accélère sa transition vers les énergies propres. Véhicules électriques, stockage d’énergie solaire et éolienne, réseaux intelligents : tous reposent largement sur la performance des batteries lithium-ion.
Mais ces technologies font encore face à plusieurs défis. Les batteries doivent être plus fiables, plus durables, plus sûres et plus efficaces afin de répondre à une demande mondiale en forte croissance.
C’est sur cette problématique que travaille depuis plusieurs années Sandrine Ngalula Mubenga.
Le 8 juillet 2025, l’Office américain des brevets et des marques (USPTO) a officiellement publié son brevet portant sur un système matériel et logiciel intégré destiné à optimiser la fabrication, la gestion et les performances des batteries. Cette innovation repose notamment sur des outils avancés de gestion des batteries, communément appelés Battery Management Systems (BMS).
L’objectif est d’améliorer la surveillance, le contrôle et l’utilisation des cellules énergétiques afin d’augmenter leur efficacité et leur durée de vie.
Pour la chercheuse, cette invention répond à un besoin concret : rendre les technologies énergétiques plus performantes tout en facilitant leur déploiement à grande échelle.
L’importance de cette avancée a conduit les autorités de la République démocratique du Congo à annoncer leur volonté d’acquérir le brevet, une première dans l’histoire scientifique du pays. Au-delà de la reconnaissance individuelle, cette décision illustre l’intérêt stratégique croissant accordé à l’innovation technologique africaine.
De Kinshasa aux États-Unis, un parcours guidé par la science
Le parcours de Sandrine Ngalula Mubenga est celui d’une femme qui a fait de la connaissance un levier de transformation. Installée aux États-Unis depuis plusieurs années, elle obtient à l’University of Toledo un Bachelor of Science avec mention Cum Laude, un Master récompensé par le prix du meilleur mémoire, puis un doctorat en génie électrique.
Ses recherches se concentrent sur des secteurs clés pour l’avenir énergétique mondial : les énergies renouvelables, les véhicules électriques, les systèmes de gestion des batteries, les technologies de l’hydrogène et la régulation de l’électricité.
Parmi ses réalisations les plus remarquées figure le développement d’un véhicule hybride électrique alimenté à l’hydrogène, démontrant sa capacité à transformer la recherche scientifique en applications concrètes.
Avant d’embrasser pleinement la carrière universitaire, elle travaille comme ingénieure en systèmes électriques et participe au développement de plus de 50 mégawatts de projets solaires photovoltaïques aux États-Unis.
Aujourd’hui professeure associée titulaire à l’Université de Toledo, ingénieure professionnelle agréée dans l’Ohio et membre senior de l’IEEE, elle figure parmi les rares scientifiques africaines ayant acquis une reconnaissance internationale dans un domaine hautement stratégique.
Des solutions énergétiques pour l’Afrique
L’innovation technologique n’est qu’une partie de son engagement. Entre 2020 et 2026, Sandrine Ngalula Mubenga dirige l’Autorité de Régulation de l'Électricité en tant que première Directrice générale de cette institution.
Sa mission consiste à accompagner l’ouverture et la structuration du marché de l’électricité en République démocratique du Congo. Sous son leadership, la capacité électrique installée progresse significativement, passant d’environ 2 972 MW à plus de 4 100 MW. Dans le même temps, la couverture du réseau électrique s’étend à une part plus importante de la population.
Elle contribue également à la mise en place de cadres réglementaires destinés à favoriser les investissements et l’intégration des énergies renouvelables.
Sa vision repose sur trois piliers qu’elle défend régulièrement lors des forums internationaux : les minéraux, l’éducation et l’électrification.
Selon elle, l’Afrique ne pourra pleinement tirer profit de ses ressources stratégiques qu’en développant simultanément ses compétences humaines, sa capacité industrielle et ses infrastructures énergétiques. Cette approche systémique constitue l’un des aspects les plus marquants de son action.
Former la prochaine génération d’innovateurs
L’impact de Sandrine Ngalula Mubenga dépasse les laboratoires et les institutions. À travers STEM DRC, qu’elle préside, elle œuvre à rapprocher les jeunes des carrières scientifiques et technologiques.
Son objectif est particulièrement ambitieux : encourager davantage de filles et de jeunes Africains à s’engager dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques.
Elle dirige SMIN Power Group, une entreprise fondée en 2011 qui développe des solutions d’énergies renouvelables aux États-Unis et en Afrique.
Actuellement boursière du prestigieux programme Fulbright Program à l’University of the Witwatersrand, elle poursuit ses recherches sur les solutions capables de réduire les délestages électriques et de renforcer la transition énergétique en Afrique australe.
Son histoire illustre la manière dont la science peut répondre à des défis concrets. Son brevet sur les batteries lithium-ion, ses travaux sur les énergies renouvelables, son engagement en faveur de l’électrification et son investissement dans la formation des jeunes poursuivent un même objectif : rendre les technologies plus utiles, plus accessibles et plus transformatrices.
Son parcours rappelle une réalité souvent sous-estimée : l’Afrique ne se contente plus de fournir les matières premières de la transition énergétique mondiale. Elle produit aussi des idées, des innovations et des talents capables d’en façonner l’avenir.
