RDC : quand les citoyens deviennent les acteurs de la propreté urbaine
Heure de publication 19:45 - Temps de lecture : 3 min 11 s
En République démocratique du Congo, le PNAC mobilise les citoyens, les collectivités et les partenaires autour d’une ambition commune : faire de l’assainissement un levier de santé publique, de développement durable et de responsabilité collective. – © PNAC.
Texte par : Thalf Sall
Le PNAC mise sur la mobilisation communautaire pour relever l’un des défis les plus persistants des villes congolaises : l’insalubrité. À travers une approche fondée sur l’engagement citoyen, les partenariats multisectoriels et les innovations vertes, cette initiative tente de transformer durablement le rapport des populations à leur environnement. Une expérience prometteuse qui illustre comment les solutions locales peuvent contribuer à répondre à un problème structurel.
Dans de nombreuses villes africaines, l’insalubrité demeure l’un des défis les plus visibles et les plus préoccupants du quotidien. La République démocratique du Congo n’échappe pas à cette réalité. Croissance démographique rapide, urbanisation souvent non planifiée, insuffisance des infrastructures de collecte des déchets et faibles moyens des collectivités locales ont progressivement favorisé l’apparition de quartiers confrontés à l’accumulation d’ordures, à l’obstruction des caniveaux et à la dégradation du cadre de vie.
Au-delà de l’impact esthétique, les conséquences sanitaires sont considérables. Les eaux stagnantes, les dépôts sauvages et le manque d’assainissement favorisent la prolifération de maladies liées à l’environnement, notamment les infections diarrhéiques et certaines épidémies récurrentes. Face à cette situation, les politiques publiques ont longtemps été confrontées à des défis de financement, de coordination et de sensibilisation des populations.
C’est dans ce contexte qu’émerge le Partenariat Novateur pour l’Assainissement Communautaire (PNAC-RDC), une initiative qui cherche à replacer les citoyens au cœur de la solution.
Une réponse à un problème profondément enraciné
Le constat de départ du PNAC est simple : aucune politique d’assainissement ne peut réussir durablement sans l’implication active des communautés concernées. Les infrastructures seules ne suffisent pas lorsque les comportements, les habitudes et le sentiment de responsabilité collective ne suivent pas.
L’approche développée par le programme repose ainsi sur une conviction forte : l’assainissement est autant une question de gouvernance qu’une question de citoyenneté.
Pour répondre à ce défi, le PNAC s’appuie sur plusieurs leviers complémentaires. Le premier est la mobilisation citoyenne à travers le renforcement du « Salongo populaire », une pratique communautaire de travail collectif largement connue en RDC. Cette démarche encourage les habitants à participer directement au nettoyage de leur quartier, au curage des caniveaux, à l’évacuation des déchets et à la préservation des espaces publics.
Le deuxième levier concerne l’innovation verte. L’initiative promeut notamment le tri sélectif, le recyclage, la création de points verts et le déploiement d’éco-brigades locales capables de sensibiliser les populations tout en participant à des actions concrètes sur le terrain.
Enfin, le programme mise sur la création de partenariats entre acteurs publics, entreprises privées et organisations de la société civile afin de mutualiser les ressources et les compétences.
Une méthodologie centrée sur l’action locale
L’originalité du PNAC réside dans sa méthode. Plutôt que d’attendre exclusivement des solutions descendantes, le programme privilégie une dynamique participative.
Concrètement, les activités organisées dans certaines communes de Kinshasa rassemblent habitants, jeunes, leaders communautaires et associations autour d’opérations collectives de salubrité. Les interventions combinent nettoyage des rues, collecte des déchets, curage des caniveaux et campagnes de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène.
Cette approche présente plusieurs avantages. D’abord, elle réduit les coûts liés aux opérations ponctuelles d’assainissement en mobilisant des ressources humaines locales. Ensuite, elle favorise l’appropriation des actions par les communautés elles-mêmes. Enfin, elle contribue à développer un sentiment d’appartenance et de responsabilité vis-à-vis de l’espace public.
L’initiative s’inscrit également dans les orientations nationales de la politique congolaise de l’assainissement, qui insiste sur la participation communautaire, le changement de comportement et l’amélioration de la gouvernance du secteur. L’objectif est de construire une culture durable de la propreté plutôt que de multiplier des opérations ponctuelles sans lendemain.
Des résultats encourageants, mais des défis à relever
Même si le programme demeure relativement récent, plusieurs effets positifs apparaissent déjà. Les actions menées permettent d’améliorer localement la salubrité de certains espaces publics, de renforcer la sensibilisation environnementale et d’encourager une participation citoyenne souvent absente des politiques classiques d’assainissement.
Le PNAC contribue aussi à faire évoluer le regard porté sur la gestion des déchets. Ceux-ci ne sont plus seulement perçus comme un problème à éliminer, mais aussi comme une ressource potentiellement valorisable à travers le recyclage et les initiatives d’économie circulaire.
Toutefois, un regard critique demeure nécessaire. La pérennité de ce type d’initiative dépend largement de la continuité de l’engagement citoyen et de l’accompagnement institutionnel. Le risque existe que la mobilisation s’essouffle si elle n’est pas soutenue par des investissements durables dans les infrastructures de collecte, de transport et de traitement des déchets.
Par ailleurs, les besoins restent immenses à l’échelle d’un pays-continent comme la RDC. Les actions communautaires, aussi efficaces soient-elles, ne peuvent remplacer à elles seules les responsabilités des pouvoirs publics en matière d’aménagement urbain et de services essentiels.
Le véritable enjeu réside donc dans la capacité à articuler mobilisation citoyenne et politiques publiques ambitieuses.
Dans un contexte où l’assainissement demeure un défi majeur pour de nombreuses villes africaines, cette initiative congolaise rappelle qu’une transformation durable commence souvent par une mobilisation locale. Si les conditions de mise à l’échelle sont réunies, elle pourrait devenir une source d’inspiration pour d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux.
