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Identité, résilience, souveraineté : le manifeste puissant de Christ Kibeloh

Heure de publication 19:15 - Temps de lecture : 2 min 48 s

Christ Kibeloh, auteur de Mon regard sur le monde, un essai qui propose de transformer les fractures identitaires en leviers de résilience et d’unité. – © Christ Kibeloh.

Texte par : Thalf Sall

Dans Mon regard sur le monde, l’essayiste congolais Christ Kibeloh propose bien plus qu’un témoignage personnel : une méthode structurée pour transformer les fractures individuelles et collectives en leviers de puissance. À travers les concepts de « Couture Sociale » et d’« Identité augmentée », il avance une réponse ambitieuse aux crises identitaires, sociales et mentales qui traversent nos sociétés globalisées.

À l’échelle mondiale, les sociétés contemporaines traversent une phase de fragmentation profonde. Crises identitaires, tensions culturelles, mobilités migratoires mal accompagnées, vulnérabilités psychologiques et affaiblissement des repères collectifs redessinent le paysage social. Les débats sur le métissage, l’intégration ou la souveraineté culturelle se crispent trop souvent dans des oppositions simplistes, réduites à des logiques binaires. Cette polarisation appauvrit la réflexion et empêche l’émergence de modèles inclusifs, capables de penser la complexité sans la nier.

Dans Mon regard sur le monde, publié chez France Libris (11 février 2026), Kibeloh part d’un constat lucide : le monde moderne produit des individus coupés d’eux-mêmes, sommés de choisir entre plusieurs appartenances, ou enfermés dans des assignations identitaires. À cela s’ajoute une pression sociale qui fragilise la santé mentale, notamment chez les jeunes talents issus de la diaspora africaine.

Pour l’auteur, la racine du problème réside dans une lecture fragmentaire de l’identité et de l’histoire. Le métissage est trop souvent perçu comme une division – « moitié-moitié » – au lieu d’être compris comme une richesse cumulative. Il analyse également les séquelles psychologiques liées aux traumatismes collectifs : exploitation des ressources, héritages coloniaux mal assumés, reproduction des hiérarchies symboliques. Cette situation engendre ce qu’il appelle une « dette de l’ombre » : un poids invisible du passé qui entrave la souveraineté individuelle.

À cela s’ajoute une mondialisation qui accélère les mobilités sans offrir de cadre philosophique solide pour penser l’appartenance multiple. Résultat : des individus compétents mais intérieurement fragmentés.

 

La solution : la « Couture Sociale », une ingénierie de la réparation

 

Face à ce diagnostic, Christ Kibeloh propose une méthode : la « Couture Sociale ». La métaphore textile devient un outil conceptuel. La vie est une étoffe marquée par des déchirures – exil, échec, discrimination, rupture professionnelle. Plutôt que de les nier, l’auteur invite à les « suturer » consciemment. La résilience n’est pas un slogan, mais un processus actif de reconstruction.

Cette approche repose sur trois principes : reconnaissance lucide des fractures, réappropriation du récit personnel, et transformation des cicatrices en expertise. L’individu devient artisan de sa propre cohérence. La réparation individuelle nourrit alors la solidité du tissu collectif.

Autre apport majeur de l’ouvrage : la théorie de l’Identité augmentée. Kibeloh refuse la vision arithmétique du métissage. Selon lui, un individu issu de deux cultures n’est pas 50 % de chacune, mais 100 % des deux. Cette approche additive transforme la perception du métis : il n’est plus une frontière fragile, mais un pont structurel.

Cette vision s’inscrit dans une relecture contemporaine de l’Ubuntu – « Je suis parce que nous sommes » - détachée des frontières administratives. L’auteur parle d’« âme sans passeport » : une identité fondée sur la qualité du lien humain plutôt que sur la seule appartenance territoriale.

 

Vers une souveraineté psychologique et culturelle

 

L’ouvrage adopte une méthode hybride mêlant essai philosophique, introspection narrative et analyse sociopolitique. Sur 118 pages, Kibeloh articule expériences vécues, observations diasporiques et concepts structurants. Sa démarche repose sur trois axes méthodologiques : la déconstruction des récits limitants, la reformulation stratégique de l’identité et la projection vers une responsabilité universelle.

Il ne s’agit pas d’un plaidoyer abstrait, mais d’un appel à l’excellence comme acte de résistance. L’auteur insiste : la réussite individuelle doit devenir une pierre posée à l’édifice collectif.

Le livre ambitionne un impact à plusieurs niveaux. Sur le plan individuel, il offre un cadre pour renforcer la santé mentale et protéger les talents des mécanismes de manipulation ou d’autosabotage. Sur le plan collectif, il propose une nouvelle grammaire du vivre-ensemble dans des sociétés multiculturelles.

Pour la jeunesse africaine et diasporique, le message est clair : l’identité n’est pas un handicap à négocier, mais un capital stratégique à valoriser. En transformant les cicatrices en boussoles, l’ouvrage entend contribuer à une génération plus souveraine, consciente et responsable.

 

Une œuvre de réparation et de projection

 

Essayiste et penseur de la diaspora installé en France, Christ Kibeloh poursuit, avec ce livre, une trajectoire déjà saluée par le Prix Jeune Auteur en 2017. Mon regard sur le monde s’impose comme un manifeste pour la dignité souveraine. Il ne propose ni victimisation ni naïveté, mais une méthode exigeante : regarder le passé sans s’y enfermer, assumer la pluralité sans se diviser, réussir sans renier le collectif.

À l’heure des replis identitaires et des fractures globales, l’essai pose une question essentielle : et si l’avenir appartenait à ceux qui savent recoudre le monde plutôt que le fragmenter ?


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