Au Grand Palais : Ursula Mrs D. relie littérature et conférence pour réapprendre à vivre
Heure de publication 11:40 - Temps de lecture : 4 min 57 s
Ursula Mrs D. lors de la présentation de son ouvrage Cahiers d’un départ du pays natal au Grand Palais à Paris : un moment d’échange, de partage et d’inspiration autour de l’émancipation et du choix de soi. – © DR.
Texte par : Kafoun Barry
Au cœur du Grand Palais, le 21 mars 2026, une cinquantaine de participants ont vécu, le temps d’un après-midi, bien plus qu’une simple rencontre littéraire. Entre lecture, conférence et confidences, Ursula Mrs D. a transformé la présentation de son ouvrage Cahiers d’un départ du pays natal en une expérience immersive, où l’intime rejoint l’universel et où chaque trajectoire individuelle interroge notre manière de vivre.
Il est un peu plus de 15h30 lorsque les premiers invités franchissent les grilles du Grand Palais, au 3 avenue du Général Eisenhower, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris. Le ciel est clair, presque solennel, et les rayons du soleil se reflètent sur la façade majestueuse du bâtiment. À l’entrée, un portique de sécurité filtre les arrivées, tandis que les pas résonnent sur le sol de la cour centrale, entre murmures feutrés et regards curieux.
À mesure qu’ils avancent, les participants – une cinquantaine en présentiel, rejoints par une vingtaine d’autres connectés en ligne – semblent pénétrer dans un espace suspendu, à la frontière entre événement culturel et expérience introspective. La décoration florale, signée Simmala Flower Time, le fleuriste bienveillant d’Alfortville fondé par Simmala Lyfoung, transforme le lieu en un écrin chaleureux et apaisant. Les bouquets et compositions délicates, disposés avec soin, créent une atmosphère d’ouverture et de sororité, invitant chacun à se laisser porter par le moment et à se préparer à l’écoute attentive et au partage.
À l’intérieur, une signalétique sobre guide les participants vers le Réséda Café, situé au premier étage. Certains empruntent les escaliers, d’autres préfèrent l’ascenseur, mais tous convergent vers un même point, l’anticipation et l’émotion se mêlant aux pas silencieux.
À 16h précises, le silence s’installe. CoCo D'Amour, créatrice de contenu, prend la parole et débute la lecture d’extraits de Les Cahiers d’un départ du pays natal. Sa voix, posée et profondément habitée, transporte immédiatement l’auditoire. Elle raconte l’arrivée en Europe de l’auteure, les illusions brisées, l’accueil froid, le sentiment d’être étrangère là où elle espérait retrouver un foyer. Les détails sensoriels abondent : l’odeur subtile des fleurs, le bruissement des feuilles de papier, le tic-tac discret des horloges du Grand Palais. Dans la salle, certains baissent les yeux, d’autres acquiescent en silence, suspendus à chaque phrase.
Le récit, à la fois intime et universel, explore les tensions entre loyauté familiale et quête d’émancipation. Il interroge avec finesse la place des femmes dans certaines structures traditionnelles, souvent prises entre devoir, effacement et désir d’autonomie. Rapidement, la salle s’anime : les mains se lèvent, les voix se font entendre. Une participante s’interroge sur le courage nécessaire pour rompre avec l’héritage familial. Une autre questionne la reconstruction après une enfance marquée par le silence et la rigueur.
Les réponses de l’auteure sont à la fois précises et incarnées. Elle ne se limite pas à des principes abstraits : chaque récit est illustré par ses propres expériences, chaque choix évoqué avec sincérité. « Ce livre n’est pas seulement mon histoire. C’est celle de toutes celles et tous ceux qui ont dû apprendre à se choisir », affirme-t-elle avec force et conviction, provoquant un murmure d’approbation dans l’assemblée.
Ce moment dépasse la simple lecture : il devient un espace de co-construction, où chaque spectateur peut se reconnaître, réfléchir à sa propre trajectoire et se laisser inspirer. Dans cet écrin fleuri, entre les murs majestueux du Grand Palais et les fleurs soigneusement disposées par Simmala Lyfoung, la littérature devient acte de renaissance, et la conférence, un voyage intérieur collectif où l’intime rejoint l’universel.
“Memento Vivere” : vivre, enfin
À 16h45, la conférence prend le relais. Intitulée Memento Vivere – « souviens-toi de vivre » –, elle marque un véritable point de bascule dans l’après-midi. Debout face au public, Ursula Mrs D., élégamment vêtue, impose une présence à la fois sobre et magnétique. Le propos s’élargit alors sensiblement : il ne s’agit plus seulement de raconter une histoire, mais d’interpeller, de questionner et d’inviter chacun à une introspection profonde.
Elle parle des blessures invisibles, des enfances contraintes, des renoncements silencieux. Elle évoque ces existences où l’on survit plus qu’on ne vit. « On nous apprend à tenir debout. Rarement à vivre pleinement », lance-t-elle. Le propos est direct, sans détour. Mais jamais brutal. Il invite à une prise de conscience : vivre exige parfois un acte radical, celui de ne plus se définir uniquement par son passé.
Dans la salle, les regards se croisent. Certains hochent la tête, d’autres essuient discrètement une larme.
Un dialogue vivant et transformateur avec le public
La session de questions-réponses, programmée de 17h30 à 18h, a prolongé l’intensité de l’après-midi et installé un véritable espace d’écoute et de partage. Les échanges ont rapidement dépassé le cadre théorique pour aborder des expériences vécues, personnelles et universelles.
Les premières questions ont naturellement porté sur la gestion de la colère et le cheminement vers une sérénité retrouvée. Une participante lui a demandé comment elle était parvenue à passer de l’étape de la colère à un état plus apaisé. Une autre a interrogé l’auteure sur la peur qu’elle avait pu ressentir en prenant ses distances avec certaines personnes de son entourage. Les échanges ont également abordé le lien de son ouvrage avec l’héritage littéraire et culturel : s’agissait-il d’un clin d’œil à Aimé Césaire ? Enfin, une question touchante a exploré sa force intérieure à surmonter une colère intense à un âge si jeune : « À quoi vous êtes-vous accrochée pour ne pas être submergée ? »
Une psychologue invitée à intervenir a exposé différentes approches pour canaliser et comprendre cette émotion, offrant au public des outils concrets pour la transformer en énergie constructive. La théorie s’est ainsi confrontée à la pratique, donnant à chacun la possibilité de se projeter dans des situations réelles.
Le dialogue s’est enrichi de témoignages poignants. Une jeune femme a raconté son parcours entre pression familiale et désir d’autonomie, cherchant à concilier loyauté et affirmation de soi. Une autre a partagé ses réflexions sur la transmission, la responsabilité et la manière de dépasser les modèles hérités pour construire sa propre voie. Même les participants connectés en ligne ont pu prendre la parole : une spectatrice a décrit son expérience de résilience face à des épreuves personnelles, illustrant la portée universelle des thèmes abordés.
L’auteure, Ursula Mrs D., a répondu avec précision et authenticité. Ses interventions ne se limitaient jamais à des principes abstraits : elle illustrait chaque point par des situations concrètes, revenait sur ses propres choix, et insistait sur l’importance de passer à l’action. « Le passé existe. Mais il ne doit pas décider à votre place », a-t-elle affirmé, rappelant que la liberté et la responsabilité individuelle sont au cœur de tout processus de transformation.
Au fil des échanges, la conférence a pris la dimension d’un espace de co-construction intellectuelle et émotionnelle. Chacun pouvait se reconnaître dans les histoires et les questionnements des autres, sentir un écho à sa propre trajectoire et repartir avec des pistes pour avancer dans sa vie personnelle et professionnelle. Dans un monde où la rapidité et la superficialité dominent souvent les interactions, Memento Vivere rappelle que vivre pleinement est un acte volontaire, parfois difficile, mais profondément courageux.
Cette séquence souligne la force du format interactif : la conférence n’est plus un simple monologue, mais un moment vivant où le savoir, l’expérience et l’émotion se rencontrent, offrant aux participants des clés concrètes pour transformer leurs émotions et prendre en main leur existence. Elle illustre parfaitement le propos central du livre et de la conférence : le passage de la survie à la vie, de la réaction à l’action consciente.
Entre convivialité et engagement
À partir de 18h, le ton change sans perdre en intensité. Le cocktail dînatoire s’ouvre dans une ambiance plus détendue. Les discussions se prolongent, autour d’un verre, entre inconnus devenus interlocuteurs. Au fil des échanges, une constante se dégage : la puissance du récit comme outil de transformation.
La séance de dédicace devient un moment privilégié. Chaque livre signé est accompagné d’un mot, d’un regard, parfois d’un conseil. L’auteure prend le temps. Elle écoute, répond, encourage. « Merci de mettre des mots sur ce que je ressens depuis des années », confie une participante. « Votre conférence m’a donné le déclic pour avancer », ajoute une autre.
Ces témoignages, simples mais sincères, traduisent l’impact immédiat de la rencontre.
À 19h30, la cérémonie s’achève. Les invités quittent progressivement les lieux, certains en silence, d’autres encore engagés dans des discussions animées. Mais quelque chose a changé. Au-delà de la présentation d’un livre ou d’une conférence, cette rencontre a offert un espace rare : celui où la parole libère, où l’écoute transforme, où l’intime devient collectif.
Les Cahiers d’un départ du pays natal ne se limite pas à un récit autobiographique. Il s’inscrit dans une tradition de littérature engagée, où l’écriture devient un outil d’émancipation. À travers son parcours, Ursula Mrs D. questionne les normes, déconstruit les silences et ouvre des perspectives. Son travail s’inscrit dans une réflexion plus large sur les dynamiques diasporiques, les identités multiples et les rapports entre héritage culturel et liberté individuelle.
