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Fête de l’igname au Bénin : préserver les valeurs culturelles et cultuelles du peuple Mahi

Culture

A Savalou, au centre, une fête de l’igname est organisée chaque année pour préserver les valeurs culturelles et cultuelles du peuple Mahi. – © Clem’so.

Texte par : Léonce Houngbadji

Au Bénin, plusieurs cultures coexistent et dialoguent pacifiquement. A Savalou, au centre, une fête de l’igname est organisée chaque année pour préserver les valeurs culturelles et cultuelles du peuple Mahi. Des peuples d’autres cultures et des touristes étrangers ne ratent pas cette occasion de retrouvailles et d’échanges autour des questions de développement.

L’igname pilée est le repas de base des peuples du centre et du nord Bénin. Impossible de se rendre dans ce pays francophone d’Afrique de l’ouest de 12 millions d’habitants sans la manger ! C’est une pâte gluante préparée traditionnellement en pilant et en pétrissant l'igname bouillie. Indubitablement, c’est le produit alimentaire traditionnel le plus répandu dans la sous-région appelé « iyan » au Nigeria, « foutou » en Côte d'Ivoire, « fufu » au Togo et « yam fufu » au Ghana.

Le projet Breeding Roots, Tubers and Bananas products for end user preferences (RTBfoods) a fait des études sur cet aliment et explique sa préparation : les tubercules d'igname sont épluchés, puis découpés en tranches cylindriques ou en morceaux. Ces morceaux sont ensuite cuits dans l'eau, ce qui prend généralement entre 20 et 25 minutes selon la variété. C'est ce qu'on appelle l'igname bouillie. Les morceaux d'igname bouillie sont ensuite placés un par un dans un mortier et écrasés à l'aide d'un pilon. La préparation est pilée et pétrie jusqu'à obtention d'une pâte étirable et gluante. C'est ce qu'on appelle l'igname pilée. Elle peut être servie avec une soupe ou un ragoût au choix (soupe de légumes, d'arachide, aux graines de melon (egusi), etc.).

Ce plat est au cœur de la diversité culturelle au Bénin où les comportements coutumiers, les croyances, les valeurs culturelles, les modèles de pensée et les modèles communicationnels sont nombreux. A Savalou, il rassemble et contribue significativement à la consolidation des liens entre les peuples et à la résolution des problèmes sociaux, éducatifs, sanitaires et environnementaux.

Fête de l’igname

Le 15 août de chaque année, les fils et filles de la cité historique de Savalou se retrouvent pour manger de l’igname pilée, notamment celle appelée « laboco » parce qu’il s’agit de la première variété de tubercules récoltée au cours de la saison. C’est une tradition préservée, qui rassemble au-delà des peuples ayant la même expression culinaire et culturelle. Vieille de 69 ans (1952), cette fête identitaire trouve sa genèse dans la fête de l'Assomption, et permet de cultiver l'empathie, la tolérance, l'ouverture d'esprit, la solidarité et la fraternité. C’est aussi « une reconnaissance des peuples de la culture Mahi aux dieux pour leur assistance, leur protection et surtout pour les bonnes récoltes des tubercules d’igname ».

Pour des professionnels maîtrisant très bien cette question : « il s’agissait d’une fête dédiée à vouer un culte aux divinités. Et ceci pour les remercier de l’abondance des moissons venant des champs, dont ils seraient les créateurs. En 1954, cette fête fût réadaptée en une célébration pour rassembler la diaspora de Savalou. À cette occasion, des sacrifices, des prières aux différentes divinités, mais aussi des activités culturelles sont organisés ».

« Quand les cadres de Savalou finissent d'aller à la messe le 15 août, ils se retrouvent pour parler de développement et la nourriture qu'ils mangent, c'est l'igname pilée », explique Julien Kandé Kansou, manager culturel et touristique. « Déjà le 14 août, des offrandes et des rites traditionnels aux ancêtres sont effectués. Cette fête concerne plusieurs cultures du Bénin, pas seulement les Mahis de Savalou. L’Etat central se préoccupe de son organisation et de sa réussite. Au fil des années, elle est même devenue la fête de tout le Bénin, une fête pratiquement nationale. L’igname pilée se mange aujourd’hui dans toutes les 77 communes et municipalités du Bénin. Et partout où elle est mangée, on pense à Savalou, on pense au 15 août, on pense au brassage culturel et on s’organise pour l’année suivante », a-t-il souligné.

Avantages

La mairie et le palais royal de Savalou saisissent cette occasion pour apporter des réponses concrètes aux problèmes qui minent la région, en mobilisant les cadres natifs, qui viennent des quatre coins du Bénin et de la diaspora. Un thème est choisi chaque année pour nourrir les débats. Le roi de Savalou profite de cette réjouissance populaire pour autoriser officiellement la consommation des ignames fraîchement moissonnées des champs.

« Tous les Béninois – surtout les Mahis ou les fils de Savalou – et les étrangers participent aux activités culturelles. C'est une fête de retrouvailles. On se familiarise, on trouve des opportunités d’affaires, on crée et on renforce les liens, il y a des foires commerciales pour promouvoir les produits locaux », détaille un élu communal. « Les touristes achètent les objets d’art et découvrent les sites touristiques phares tels que la mare aux crocodiles, le palais royal, les palmiers à 7 branches, Yokpota, le Panthéon de la résistance africaine, des paysages exceptionnels, une culture que ni le soleil ni la pluie n’ont changé. Les artistes arrivent de partout pour prester, ce qui fait que tout le regard du Bénin et de la sous-région est tourné vers Savalou. Les hôtels sont remplis. C’est une période au cours de laquelle la ville et les opérateurs économiques, notamment les petits commerçants, se font beaucoup d’argent », précise-t-il. « Le 15 août, on n’arrive même plus à faire la différence entre les adeptes de la religion traditionnelle vodoun, les chrétiens catholiques et évangéliques et les musulmans. C’est un moment fort d’unité nationale qui permet aux communautés de vibrer et de danser au son des mortiers », fait remarquer Julien Kandé Kansou.

Au Bénin, il n’y a pas que des fêtes de ce genre à Savalou. Il y en a d’autres telles que la Gaani à Nikki, au nord-est, le Nonvitcha à Grand-Popo, au sud-ouest, et le Wéméxwé, dans la vallée de l'Ouémé, au Sud-est. Toutes visent le même objectif : le renforcement de la diversité culturelle pour permettre aux peuples de vivre dans un environnement paisible, stable, sécurisé, uni, où toutes les cultures peuvent s'épanouir.


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