Heure de publication 16:20 - Temps de lecture : 2 min 19 s
Grâce à l’intelligence artificielle, l’innovation de Haytham Yahyaoui ouvre la voie à un diagnostic plus précoce de la maladie d’Alzheimer. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Longtemps silencieuse à ses débuts, la maladie d’Alzheimer laisse pourtant des traces précoces là où on ne les attend pas toujours : dans la voix. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, Haytham Yahyaoui, chercheuse tunisienne en informatique, propose une solution innovante capable de transformer la manière dont cette maladie neurodégénérative est détectée et prise en charge.
La maladie d’Alzheimer constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de santé publique à l’échelle mondiale. Évolutive et irréversible, elle altère progressivement la mémoire, le langage, les capacités de raisonnement et le comportement, entraînant une perte d’autonomie lourde de conséquences pour les patients et leurs proches. Malgré les avancées scientifiques, le diagnostic intervient le plus souvent à un stade avancé, lorsque les atteintes cérébrales sont déjà significatives et que les marges de manœuvre thérapeutiques se réduisent considérablement.
Ce retard dans la détection prive de nombreuses personnes d’une prise en charge précoce, pourtant essentielle pour ralentir l’évolution de la maladie, adapter l’accompagnement médical et améliorer la qualité de vie.
La difficulté du diagnostic précoce d’Alzheimer s’explique en grande partie par la complexité même de la maladie, dont les mécanismes neurodégénératifs restent partiellement élucidés. À cela s’ajoutent des contraintes structurelles fortes. Les outils diagnostiques actuels reposent majoritairement sur des examens spécialisés, souvent coûteux, invasifs ou peu accessibles, notamment dans les régions où les infrastructures médicales sont limitées.
Par ailleurs, les premiers signes de la maladie sont souvent discrets, confondus avec le vieillissement naturel ou sous-estimés, alors même que des changements cognitifs subtils apparaissent bien avant les symptômes cliniques évidents. Ces signaux précoces, notamment linguistiques, restent encore insuffisamment exploités.
Une solution technologique fondée sur l’analyse de la voix
C’est face à ce constat que s’inscrit l’innovation développée par Haytham Yahyaoui, docteure en informatique diplômée de l’Université du Québec. Sa solution prend la forme d’une application mobile de détection précoce de la maladie d’Alzheimer, basée sur l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique.
Le principe est à la fois novateur et pertinent : analyser la voix humaine pour identifier des marqueurs précoces de troubles cognitifs. Dès les premiers stades de la maladie, des modifications subtiles apparaissent dans le langage et la parole. Difficultés à trouver les mots, hésitations inhabituelles, pauses prolongées, altérations du rythme ou de l’intonation constituent autant d’indices révélateurs d’un déclin cognitif naissant.
L’application conçue par Haytham Yahyaoui repose sur une approche scientifique combinant informatique avancée et compréhension des mécanismes cognitifs. Les utilisateurs enregistrent leur voix à travers des exercices de parole simples. Les données collectées sont ensuite analysées par des algorithmes capables d’extraire des caractéristiques linguistiques et acoustiques précises.
Grâce à des modèles d’apprentissage automatique entraînés sur des ensembles de données de référence, l’application est en mesure d’identifier des schémas vocaux associés aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer. Cette méthodologie présente un avantage majeur : elle est rapide, non invasive, répétable et facilement déployable à grande échelle, y compris auprès de populations âgées ou éloignées des centres spécialisés.
Un impact positif tangible sur la prévention et la qualité de vie
L’impact de cette innovation dépasse largement le cadre technologique. En permettant un diagnostic plus précoce, l’application ouvre la voie à une prise en charge anticipée, susceptible de ralentir la progression de la maladie et d’adapter plus tôt les stratégies thérapeutiques et sociales. Elle contribue également à réduire les coûts liés aux diagnostics tardifs et à désengorger les structures de santé.
Surtout, cette solution redonne du pouvoir aux patients et à leurs familles, en leur offrant un outil de prévention accessible, centré sur la dignité, l’autonomie et la qualité de vie. Elle illustre une nouvelle manière de penser la médecine, plus prédictive, plus inclusive et plus humaine.
À travers cette application de détection précoce de la maladie d’Alzheimer, Haytham Yahyaoui démontre le potentiel immense de l’intelligence artificielle lorsqu’elle est mise au service de l’humain. En transformant la voix en outil de prévention, son innovation apporte une réponse concrète à un défi sanitaire mondial et positionne la recherche tunisienne au cœur des solutions de santé du futur. Une avancée porteuse d’espoir pour des millions de personnes à travers le monde.
