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Zone blanche, économie vivante : la réponse REMA


Heure de publication 17:00 - Temps de lecture : 2 min 34 s

Ibrahim Junior Konaté, cofondateur de REMA, développe une technologie de paiement offline pensée pour les réalités économiques africaines. – © Ibrahim Junior Konaté.

Texte par : Thalf Sall

Et si l’inclusion financière en Afrique cessait enfin d’être prisonnière du réseau ? En Côte d’Ivoire, une innovation technologique locale bouscule les codes du paiement numérique en le rendant opérationnel sans Internet. Avec REMA, l’économie réelle reste en mouvement, même en zone blanche : une nouvelle ère s’ouvre pour le cash numérique africain, pensé pour fonctionner partout, tout le temps.

Dans de nombreuses villes africaines, une scène se répète chaque jour. Un client dispose de l’argent sur son compte mobile, mais la transaction échoue. La raison est connue de tous : réseau saturé, coupure Internet, service indisponible. Dans ces moments, l’économie informelle, les petits commerces, les transports urbains et les services de proximité se retrouvent paralysés. En Afrique, où le paiement mobile est devenu un pilier de la vie économique, cette dépendance technologique constitue l’un des freins majeurs à une inclusion financière réellement universelle.

Le problème ne réside pas uniquement dans l’accès aux services financiers, mais dans leur disponibilité permanente. Lorsque les infrastructures télécoms sont défaillantes ou inexistantes, notamment en zones rurales ou périurbaines, les solutions numériques traditionnelles comme l’USSD ou le QR Code montrent leurs limites. Cette fragilité du “dernier kilomètre” empêche des millions de citoyens d’utiliser leur propre argent au moment où ils en ont besoin.

Les causes profondes de cette situation sont structurelles. Les systèmes de paiement digitalisés ont été conçus sur des modèles importés, pensés pour des environnements à connectivité stable. En Afrique, la couverture réseau reste inégale, les coupures fréquentes et la saturation des antennes courante dans les zones urbaines denses. À vouloir supprimer le cash sans adapter l’architecture technologique aux réalités locales, la digitalisation a parfois créé une nouvelle forme de dépendance : celle à un serveur distant.

C’est précisément ce constat qui a conduit Ibrahim Junior Konaté, architecte logiciel ivoirien, et ses associés Ariel Placide Kouakou, Djiablé Luc Olivier Jaurès et Jean-Luc Adjo à développer REMA. Leur ambition est claire : permettre aux transactions financières de fonctionner même lorsque tout le réseau est à l’arrêt. L’aventure débute véritablement en 2025, lors d’un design sprint sur le paiement mobile organisé par CDC-CI Capital. De cette réflexion naît un protocole de paiement “offline-first”, capable d’opérer sans Internet ni GSM, grâce au Bluetooth sécurisé.

REMA n’est ni une banque ni une fintech concurrente. Il s’agit d’une infrastructure technologique, pensée comme une brique intégrable dans les applications existantes des banques, des opérateurs mobiles ou des plateformes de paiement. Son principe est simple et radical : transformer le smartphone en un véritable portefeuille de cash numérique, disponible à tout moment, comme un billet de banque.

 

REMA ou la réinvention du cash à l’ère du numérique africain

 

La solution repose sur une ingénierie robuste. Les transactions sont effectuées directement entre deux téléphones via Bluetooth, sans dépendre d’un serveur distant au moment du paiement. Chaque opération est sécurisée par une cryptographie asymétrique, avec des clés uniques stockées dans l’appareil de l’utilisateur. L’intégrité comptable est assurée par une architecture backend respectant les standards internationaux, tandis qu’un protocole de synchronisation différée permet de remonter les transactions vers les serveurs dès qu’une connexion redevient disponible.

Cette approche répond à quatre exigences fondamentales. La disponibilité totale, puisque le paiement fonctionne hors ligne. La sécurité, car l’argent est protégé par des mécanismes cryptographiques avancés. La traçabilité, chaque échange laissant une preuve mathématique infalsifiable. L’universalité, enfin, la solution étant compatible avec des téléphones accessibles, sans nécessiter d’équipements coûteux.

Les impacts observés et attendus sont multiples. Pour les usagers, REMA réduit le stress lié aux paiements échoués et sécurise les échanges du quotidien. Pour les commerçants, chauffeurs, artisans ou vendeurs de rue, c’est l’assurance de ne plus voir leur activité interrompue par des problèmes de réseau. Pour les institutions financières, la technologie offre une extension de leur portée vers les zones blanches, sans remettre en cause leurs modèles existants.

Au-delà de la performance technique, REMA incarne une vision : celle d’une innovation africaine pensée à partir des usages locaux. En choisissant de rendre la connexion Internet non indispensable, la startup ivoirienne inverse le paradigme dominant de la fintech mondiale. Elle démontre que la résilience financière passe autant par l’architecture que par l’accès.

Une démonstration grandeur nature est annoncée dans le Grand Abidjan, afin de tester le protocole dans des conditions réelles. Si les résultats confirment les promesses, REMA pourrait devenir un levier stratégique pour une inclusion financière continue, partout et tout le temps.

REMA rappelle une évidence souvent oubliée : la technologie n’a de valeur que si elle fonctionne quand tout le reste échoue. En recréant l’équivalent numérique du cash, disponible hors ligne, cette solution ivoirienne ouvre une nouvelle voie pour l’économie africaine. Une innovation sobre, souveraine et profondément ancrée dans les réalités du terrain.


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