Makala Vert : quand les déchets agricoles deviennent une énergie de survie et de transition en RDC

Heure de publication 15:00 - Temps de lecture : 3 min 25 s

Christian Mwamb Rubemb est un entrepreneur social congolais qui transforme les déchets agricoles en énergie propre à travers Makala Vert, en faveur de la transition écologique et du développement local en République Démocratique du Congo. – © Christian Mwamb Rubemb.

Texte par : Thalf Sall

À Lubumbashi, la question de l’énergie domestique est aussi une question de survie écologique. Dans une région où le charbon de bois reste une ressource centrale mais destructrice pour les forêts, une initiative locale propose une alternative concrète. Porté par l’entrepreneur social Christian Mwamb Rubemb à travers son projet Congo Vert, le programme Makala Vert transforme des déchets agricoles en briquettes écologiques. Une innovation simple dans son principe, mais stratégique dans ses effets, qui redéfinit les contours de l’économie circulaire en milieu urbain et périurbain congolais.

Dans le sud de la République démocratique du Congo, la demande en énergie domestique repose encore massivement sur le charbon de bois. Cette dépendance entraîne une déforestation accélérée, une dégradation des sols et une pression constante sur les écosystèmes forestiers. Chaque année, des milliers d’hectares disparaissent pour alimenter les besoins quotidiens des ménages.

À ce défi environnemental s’ajoute une réalité sociale : le coût de l’énergie et l’accès limité à des alternatives propres. Dans de nombreux quartiers de Lubumbashi, les ménages n’ont pas d’options viables pour cuisiner autrement que par combustion de biomasse traditionnelle. Cette situation crée un cercle vicieux où pauvreté énergétique et dégradation environnementale s’alimentent mutuellement.

Les causes profondes de cette crise sont multiples. Elles tiennent à la fois à l’insuffisance des infrastructures énergétiques modernes, à la faible valorisation des déchets agricoles et à l’absence de chaînes industrielles locales capables de transformer ces résidus en ressources. À cela s’ajoute une économie informelle du charbon, profondément enracinée dans les habitudes de consommation.

 

Makala Vert : transformer un problème en ressource locale

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Makala Vert, développé par Congo Vert sous l’impulsion de Christian Mwamb Rubemb. Le principe est simple mais puissant : collecter les déchets agricoles, les transformer en biomasse compressée, puis produire des briquettes écologiques utilisables pour la cuisson domestique et certaines activités économiques locales.

Ces briquettes, issues de résidus végétaux habituellement abandonnés ou brûlés à ciel ouvert, offrent une alternative directe au charbon de bois traditionnel. Leur production repose sur une chaîne locale qui mobilise la collecte, le séchage, le broyage et la compression des matières organiques.

Le modèle repose également sur une logique d’économie circulaire. Rien ne se perd : les déchets deviennent une ressource, les territoires deviennent des points de production, et les communautés locales deviennent actrices de la transformation. Avec le soutien de partenaires industriels comme BRASIMBA, le projet a pu structurer certaines étapes de sa montée en échelle et renforcer sa capacité logistique.

 

Une méthodologie ancrée dans le terrain et la participation locale

 

La force du projet Makala Vert réside dans son ancrage communautaire. L’approche développée par Christian Mwamb Rubemb repose sur l’implication directe des populations locales dans la chaîne de valeur. Les agriculteurs deviennent fournisseurs de matière première, les jeunes sont formés aux techniques de transformation, et les ménages sont sensibilisés à l’usage des briquettes.

Cette méthodologie s’appuie sur un principe clé : la durabilité ne peut être imposée, elle doit être appropriée. Des sessions de formation et des ateliers pratiques permettent d’assurer la compréhension du processus et d’encourager l’adoption progressive des briquettes comme alternative au charbon.

Le projet a aussi bénéficié d’un accompagnement stratégique dans le cadre de programmes de renforcement entrepreneurial tels que MDF Training & Consultancy et le programme Afford ABC, soutenu par l’British Embassy in the Democratic Republic of Congo. Cet accompagnement a permis de structurer le modèle économique et d’améliorer la capacité du projet à attirer des financements.

 

Impacts concrets, limites et perspectives d’évolution

 

Les premiers résultats du projet Makala Vert sont déjà visibles à Lubumbashi et dans certaines zones périurbaines. Les ménages ayant adopté les briquettes constatent une réduction partielle de leurs dépenses énergétiques et une combustion plus propre que le charbon traditionnel. Sur le plan environnemental, chaque tonne de briquettes produite représente une réduction potentielle de pression sur les ressources forestières.

Sur le plan socio-économique, l’initiative génère des emplois locaux dans la collecte, la production et la distribution. Elle contribue à structurer une nouvelle filière économique autour de la valorisation des déchets agricoles.

Cependant, des défis subsistent. La capacité de production reste encore limitée face à la demande réelle. L’acceptation culturelle du produit, bien que croissante, nécessite un effort continu de sensibilisation. Enfin, la pérennisation du modèle dépendra de sa capacité à accéder à des financements stables et à industrialiser certaines étapes sans perdre son ancrage communautaire.

 

Une innovation locale aux ambitions continentales

 

Au-delà de Lubumbashi, Makala Vert s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation structurelle portée par des solutions africaines aux défis africains. En convertissant des déchets agricoles en énergie domestique, le projet apporte une réponse concrète à trois enjeux majeurs : la déforestation, la précarité énergétique et le chômage local.

L’ambition de Christian Mwamb Rubemb est désormais clairement définie : étendre le modèle à d’autres territoires, structurer une filière nationale de valorisation de la biomasse et inscrire Makala Vert dans les stratégies de transition énergétique à l’échelle du pays.

Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, cette initiative rappelle une réalité souvent sous-estimée : les innovations les plus durables émergent fréquemment des ressources existantes et des contraintes du terrain, lorsqu’elles sont intelligemment valorisées.

Makala Vert dépasse ainsi la simple alternative au charbon de bois. Il incarne une démarche de réconciliation entre économie locale, protection de l’environnement et inclusion sociale. En donnant une valeur nouvelle aux déchets agricoles, le projet esquisse une transition énergétique progressive, accessible et ancrée dans les réalités quotidiennes.

L’enjeu désormais est celui du passage à l’échelle : transformer cette expérimentation réussie en modèle structuré, capable d’être reproduit dans d’autres régions confrontées aux mêmes défis énergétiques et écologiques.


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