Maison des journalistes : Paris accueille la promotion 2025-2026

Heure de publication 20:20 - Temps de lecture : 4 min 07 s

Photo de famille à l’Hôtel de Ville de Paris : les douze journalistes de la promotion 2025-2026 de la Maison des journalistes posent aux côtés des responsables de la Ville de Paris et de la direction de la Maison des journalistes, dans un moment empreint de solennité et de reconnaissance, symbole d’accueil et de solidarité envers les journalistes en exil. – © Notre Voix.

Texte par : Thalf Sall

Le mardi 5 mai 2026, dans les salons solennels de l’Hôtel de Ville de Paris, s’est tenue la cérémonie d’accueil de la promotion 2025-2026 de la Maison des journalistes. Dans une atmosphère chargée d’émotion et de gravité, Paris a une nouvelle fois ouvert ses portes à des journalistes contraints à l’exil, au cœur d’un contexte mondial marqué par l’intensification des menaces contre la liberté d’informer.

Il est 17h. Une pluie fine enveloppe la capitale. Les pavés brillent, les manteaux se serrent, mais les pas ne ralentissent pas. Personnalités publiques, journalistes, représentants institutionnels convergent vers l’Hôtel de Ville. À 17h45, les salons sont déjà presque pleins. À 18h, la cérémonie s’ouvre dans un silence immédiatement habité par l’attente.

Dans les salons d’apparat, les dorures contrastent avec la sobriété des visages. Douze journalistes prennent place. Douze parcours, douze exils, douze urgences de dire. Tous ont quitté leur pays parce qu’exercer leur métier est devenu dangereux, parfois impossible.

La cérémonie s’inscrit dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse, mais ici, le symbole dépasse le calendrier. Il devient présence, chair et mémoire. L’exil n’est plus une abstraction : il est assis dans la salle.

Sur scène, Emmanuel Grégoire, maire de Paris, prend la parole avec gravité. Il évoque une époque marquée par la désinformation et les manipulations massives, où informer devient un acte de résistance.

« La situation des journalistes dans le monde est critique », souligne-t-il, rappelant les violences subies à Beyrouth, Khartoum, Mexico ou Alger. Avant d’insister : « Quand ils ne sont pas tués, ils sont emprisonnés sur la base d’accusations fallacieuses. À Paris, ils sont les bienvenus. Protéger chaque journaliste, c’est protéger le droit des citoyens à l’information. »

Dans la salle, les visages restent fermes. Certains acquiescent lentement. D’autres fixent le vide. Les mots rencontrent des expériences vécues, parfois encore à vif.

 

La Maison des journalistes, un refuge et une reconstruction


Depuis sa création en 2002, la Maison des journalistes accompagne des journalistes contraints de fuir leur pays en raison de menaces, de persécutions ou d’emprisonnements.

Hébergement, accompagnement administratif, soutien psychologique, apprentissage du français, reprise du travail journalistique : tout est pensé pour permettre une reconstruction progressive. L’exil, ici, ne signifie pas silence.

« L’exil n’est pas un luxe », rappelle Darline Cothière. En 2025, 38 journalistes ont été accompagnés. Tous ont quitté leur pays sous contrainte. « Certains ont vu leurs collègues mourir. D’autres ont été emprisonnés. Le journalisme devient un rempart dans un monde qui vacille », insiste la directrice de la Maison des journalistes.

Président de la Maison des journalistes, Albéric de Goupille dresse un constat similaire. Il évoque une année particulièrement difficile pour les journalistes dans le monde, citant notamment l’Iran, l’Afghanistan, Haïti, ou encore la République démocratique du Congo.

Marraine de cette promotion, Delphine Minoui a insufflé à la cérémonie une dimension plus intime, presque personnelle. Grand reporter habituée des zones de conflit, elle s’adresse aux journalistes avec une sobriété chargée d’émotion : « Je comprends la douleur de l’exil. Mais ici, vous pouvez continuer à raconter vos histoires. Vous êtes la voix des sans voix. »

Dans la salle, ses mots trouvent un écho immédiat. L’exil, souvent vécu dans la rupture et l’isolement, se transforme un instant en expérience partagée. Il devient récit commun, mais aussi transmission entre celles et ceux qui ont quitté et celles et ceux qui accueillent.

Entre les temps forts des discours, la musique s’élève sous les plafonds historiques de l’Hôtel de Ville. Les performances de Victor Pablo, Hura Mirshekari et François Chatal apportent une respiration inattendue, presque suspendue, à l’intensité de la soirée.

 

Témoigner depuis l’exil

 

Au premier rang, Israpil Shavkhhalov écoute, concentré. Lorsqu’il prend la parole au nom de la promotion, sa voix est calme, sans emphase : « J’ai fui la Russie pour des raisons de sécurité. Je suis arrivé en France il y a sept mois. Mais je continue de faire mon travail depuis Paris. »

Une phrase simple, presque évidente, mais qui dit l’essentiel : les frontières n’arrêtent pas toujours le journalisme.

Dans son témoignage, c’est toute la réalité de l’exil journalistique qui affleure. Continuer à informer implique désormais de composer avec la distance, les ruptures d’accès aux sources et la nécessité de reconstruire autrement ses réseaux. Le métier se poursuit, mais dans des conditions redéfinies, souvent fragiles, où chaque information devient le fruit d’un équilibre précaire entre mémoire, contacts maintenus et prudence permanente.

Autour de lui, cette même résilience silencieuse traverse la salle. Chaque journaliste de la promotion porte une trajectoire similaire, faite de départs forcés et de continuités inventées ailleurs. À Paris, le journalisme ne s’interrompt pas : il se déplace, se transforme et s’adapte, porté par la conviction que témoigner reste possible, même depuis l’exil.

 

Une citoyenneté symbolique, un ancrage réel

 

Moment fort de la soirée, la remise des cartes de citoyenneté de la Ville de Paris aux douze journalistes marque un temps suspendu. Un geste à la fois symbolique et concret, qui ouvre l’accès à la vie culturelle, aux services publics et à des espaces d’intégration dans la capitale.

La remise est assurée par Audrey Pulvar, adjointe au maire en charge des relations internationales, de l’Europe et de la francophonie, et Annah Bikouloulou, chargée de l’égalité, des droits humains, de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les LGBTQI+phobies et des discriminations.

Dans une atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse, les poignées de main s’enchaînent, les sourires se répondent, et les regards s’attardent parfois un instant de plus. Les appareils photo crépitent, captant ces instants suspendus où l’exil rencontre la reconnaissance institutionnelle, dans un geste à la fois administratif et profondément humain.

À l’issue de la cérémonie, place aux échanges informels. Autour du cocktail, les langues se croisent et se mêlent. Les récits circulent librement, les parcours se dévoilent par fragments, les expériences se répondent. Peu à peu, des solidarités discrètes mais réelles se tissent.

Lorsque les derniers invités quittent les lieux, la pluie a cessé sur Paris. Mais l’essentiel demeure : cette cérémonie annuelle dépasse le cadre protocolaire. Elle rappelle que la liberté de la presse reste fragile, exposée, parfois menacée au prix de vies humaines.

Les moments clés de la cérémonie en images


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