Conakry sous les lumières du savoir : quand le lac Gbassikolo devient le théâtre du livre et du numérique
Heure de publication : 17:38 - Temps de lecture : 3 min 45 s
Une forte mobilisation du public a marqué la cérémonie, témoignant de l’intérêt et de l’engagement autour de cet événement. – © Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat Guinée.
Texte par : Thalf Sall
Au bord du lac Gbassikolo, Conakry a vécu une soirée hors du temps. Le lancement de la 18e édition des 72 Heures du Livre a transformé le site en agora culturelle, où le livre, le numérique et la jeunesse se sont rencontrés sous les regards des plus hautes autorités du pays. Entre musique, discours et engagement, la capitale guinéenne a célébré bien plus qu’un événement : une vision.
Il est un peu plus de 19 heures lorsque les abords du lac Gbassikolo commencent à vibrer. Habituellement lieu de calme et de promenade, l’espace s’est mué en scène culturelle à ciel ouvert. Des lumières colorent les eaux, des gradins accueillent un public dense, mêlant étudiants, écrivains, diplomates et familles venues assister à ce rendez-vous devenu emblématique.
Dans l’air, une attente palpable. Puis les premières notes retentissent. L’hymne national est interprété avec solennité par l’artiste Soul Bang’s, accompagné des prytanées militaires. Le silence se fait. Certains spectateurs posent la main sur le cœur, d’autres filment la scène, conscients de vivre un moment symbolique.
Derrière la mise en scène, une ambition : inscrire le livre au cœur de l’espace public et du récit national.
Lorsque la Commissaire générale, Aïcha Kaporo Soumah, prend la parole, l’émotion affleure sans détour. Face à un public attentif, elle retrace avec fierté le chemin parcouru : « 18 ans, ce n’est pas 18 jours. Les 72 Heures du Livre sont devenues un patrimoine vivant. » Dans son intervention, elle met aussitôt en lumière l’axe central de cette édition, consacré à la jeunesse et au numérique, rappelant qu’il ne s’agit pas d’opposer tradition et modernité, mais de les faire dialoguer et se renforcer mutuellement. Dans cet élan, elle rend un vibrant hommage au fondateur de l’événement, Sansy Kaba Diakité, saluant sa vision pionnière et son engagement constant en faveur de la promotion du livre et de la lecture en Guinée.
Dans la foule, Sylla, un étudiant en lettres, réagit : « Aujourd’hui, tout passe par le téléphone, mais on oublie que le livre reste la base. Ici, on nous rappelle qu’ils peuvent se compléter. » Plus loin, une enseignante, Aminata, acquiesce : « Le numérique peut ouvrir des portes, mais encore faut-il savoir ce qu’on met derrière ces portes. Le livre reste fondamental. »
Cette tension féconde entre papier et écran traverse l’ensemble de la soirée. Elle trouve un écho particulier dans l’intervention du représentant des Nations Unies, qui insiste sur un point clé : « Le pouvoir du livre n’est pas dépassé par les smartphones, il est amplifié. »
Une phrase qui résume l’enjeu contemporain : faire du numérique non pas un substitut, mais un accélérateur d’accès au savoir.
Une Guinée qui investit dans sa jeunesse et son avenir
Président d’honneur de cette édition, le ministre directeur de Cabinet de la Présidence, Djiba Diakité, s’inscrit dans une perspective plus large. Son intervention relie culture, éducation et développement national. « Aucun pays ne peut se développer durablement sans investir dans sa jeunesse », affirme-t-il, évoquant les programmes Simandou 2040 et Simandou Académie, présentés comme des piliers de la transformation structurelle du pays.
Dans les rangs, les réactions sont attentives. Un jeune entrepreneur culturel confie : « Ce type d’événement donne de la visibilité à nos idées. On se sent enfin intégrés dans une dynamique nationale. »
La Gouverneure de Conakry, M’mahawa Sylla, rappelle quant à elle le parcours international de la capitale, désignée Capitale mondiale du livre en 2017 et inscrite parmi les Villes créatives de l’UNESCO en littérature. Une reconnaissance qu’elle associe à une responsabilité : celle de maintenir la dynamique.
Une édition tournée vers le rayonnement culturel de la Guinée
Au-delà des discours, la soirée prend une dimension artistique forte. Sur scène, N’Faly Kouyaté et Kabinet Kandia Kouyaté enchaînent les performances, mêlant traditions mandingues et sonorités contemporaines. Les applaudissements se prolongent, portés par une énergie collective rare.
Dans le public, Koudia, une jeune poétesse, résume l’instant : « On ne vient pas seulement écouter, on vient ressentir. C’est ça la force de ce genre de rencontre. »
Cette fusion entre arts, savoir et engagement donne à l’événement une tonalité singulière. Le livre n’est plus seulement un objet intellectuel, il devient un point de convergence entre générations et disciplines.
Placée sous le thème « Jeunesse, numérique, créativité, innovation et engagement », cette 18e édition des 72 Heures du Livre dépasse le cadre d’un festival. Elle s’affirme comme un espace stratégique de réflexion sur l’avenir culturel et éducatif du pays.
Entre les 13 communes de Conakry et la ville invitée de Forécariah, l’événement dessine une cartographie élargie de la culture guinéenne, ouverte sur le continent et le monde.
Au bord du lac Gbassikolo, lorsque les lumières commencent à se refléter sur l’eau calme, une impression demeure : celle d’un pays qui cherche à écrire son avenir avec ses livres, ses idées et sa jeunesse.
Les moments marquants de la cérémonie en images
