Bertin Nahum au Bénin : le retour d’un pionnier mondial au cœur des talents qui façonnent l’avenir
Heure de publication 20:30 - Temps de lecture : 5 min 56 s
Visite de la délégation à l’Université d’Abomey-Calavi, moment d’échanges avec les chercheurs autour de projets d’innovation, de recherche scientifique et des perspectives de développement des talents locaux. – © DR.
Texte par : Thalf Sall
Il y a des retours qui dépassent la symbolique. Du 20 au 27 avril 2026, Bertin Nahum, figure mondiale de la robotique médicale, a posé ses valises au Bénin, son pays d’origine. Entre institutions publiques, centres de formation et universités, l’innovateur est venu écouter, partager et confronter son expérience internationale à une jeunesse en pleine effervescence technologique. À ses côtés, Lionel Zinsou, président de la Fondation Sèmè City, accompagne ce dialogue rare entre excellence mondiale et ambition locale.
À Cotonou, dès les premières heures de sa visite, Bertin Nahum imprime une orientation claire aux échanges. Dans un contexte porté par de fortes attentes en matière d’innovation et de transformation technologique, il exprime sa volonté de contribuer, dans la limite de ses moyens, au renforcement de la dynamique déjà engagée dans ce domaine. Il met également en avant la nécessité d’appuyer les initiatives locales à fort impact, qu’il considère comme des leviers essentiels de la transformation économique et technologique du pays.
La première étape de cette immersion se déroule dans un cadre institutionnel, au cœur de la capitale économique. Autour de lui, des acteurs clés du numérique et de l’industrie béninoise échangent sur les perspectives de coopération. Letondji Béhétin, à la tête de la Société d’investissement et de promotion de l’industrie, replace les échanges dans une perspective stratégique autour de la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Il présente la GDIZ comme un espace bien au-delà d’un simple pôle industriel, mais comme un véritable levier de transformation économique structurant pour le pays.
Dans cette dynamique, il souligne l’importance d’ouvrir davantage ce hub aux expertises internationales afin d’accélérer la montée en compétence locale et l’industrialisation en cours depuis plusieurs années. La présence de profils comme celui de Bertin Nahum est ainsi perçue comme une opportunité de renforcer les passerelles entre innovation mondiale et développement industriel national.
Il évoque la volonté de développer, au sein de la GDIZ, des centres d’innovation dédiés aux nouvelles technologies. Ces espaces auront pour vocation de favoriser l’accès des jeunes aux technologies de pointe, tout en consolidant un écosystème industriel plus compétitif, soutenu par des expertises internationales et une vision de long terme.
À ses côtés, Lionel Zinsou observe les échanges avec attention. Pour lui, cette rencontre illustre une mutation profonde. « Le Bénin ne cherche plus seulement à attirer des compétences, il cherche à créer des ponts durables entre ses talents et la diaspora scientifique mondiale », souligne l'ancien Premier ministre.
Capital humain et innovation : former, structurer et adapter la technologie aux réalités locales
Dans la salle, Marc-André Loko, directeur général de l’Agence des systèmes d’information et du numérique, recentre les échanges sur un enjeu fondamental : le capital humain. Au-delà des avancées technologiques, il insiste sur la nécessité de former une génération capable non seulement d’utiliser les outils numériques, mais surtout d’en maîtriser les logiques, les usages et les implications.
Dans cette perspective, il met en avant l’importance du partage d’expériences et de la coopération entre acteurs du numérique afin de créer de véritables synergies. Pour lui, la technologie occupe aujourd’hui une place transversale dans tous les secteurs de développement, mais son impact dépend directement de la qualité de la formation des jeunes talents.
Il souligne enfin le potentiel important du vivier béninois, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la robotique, et appelle à un renforcement structuré de leur formation dès les premières étapes du parcours éducatif, afin de préparer une génération pleinement actrice de la transformation numérique du pays.
Ouanilo Médégan Fagla, directeur général du CNIN, retient de ces échanges une dynamique collective fortement orientée vers la valorisation de la jeunesse et la construction de parcours d’excellence, conçus comme des leviers durables de transformation des compétences et des institutions.
Les discussions ont pris la forme d’un exercice approfondi de réflexion partagée, permettant d’analyser les défis actuels, d’identifier les limites structurelles existantes et d’examiner des pistes de solutions inspirées de bonnes pratiques internationales. De cette démarche se dégage une ambition claire : définir des orientations stratégiques opérationnelles et des feuilles de route concrètes, capables d’accompagner efficacement les institutions dans leur transformation numérique et dans le renforcement durable des compétences locales.
Face à ces échanges, Bertin Nahum adopte une posture lucide et pragmatique. S’il salue le dynamisme observé au Bénin, il nuance néanmoins les perspectives d’application immédiate de certaines innovations médicales, rappelant que leur pertinence dépend avant tout des contextes dans lesquels elles s’inscrivent.
Il insiste sur une conviction centrale : l’innovation n’a de sens que lorsqu’elle répond à des besoins clairement identifiés. Pour lui, toute démarche technologique durable doit partir des réalités locales afin de concevoir des solutions adaptées, efficaces et réellement utilisables sur le terrain.
Dans cette logique, il replace l’entrepreneuriat au cœur de l’observation sociale et de la compréhension des usages. Selon lui, l’entrepreneur est d’abord un observateur attentif de son environnement, capable d’identifier des problématiques concrètes avant d’y apporter des réponses pertinentes. Il souligne aussi que la réussite entrepreneuriale ne repose pas uniquement sur l’excellence académique, mais sur des compétences comportementales et humaines, souvent déterminantes dans la capacité à innover et à s’adapter.
Jeunesse, recherche et innovation : le Bénin en laboratoire des talents de demain
Le lendemain, la visite prend une dimension plus immersive. Au Lycée international français Pierre Manoël Talon, les jeunes présentent leurs projets technologiques. Une imprimante 3D attire particulièrement l’attention de la délégation. Lionel Zinsou échange longuement avec les élèves. « Vous n’êtes pas seulement des étudiants, vous êtes déjà des bâtisseurs en puissance », leur lance-t-il.
Bertin Nahum, lui, se concentre sur les détails techniques, interroge, encourage. Il a souligné le potentiel remarquable des jeunes talents rencontrés, tout en insistant sur la nécessité de renforcer leur encadrement et d’assurer une continuité dans l’accompagnement afin de transformer ce potentiel en innovations durables.
Direction ensuite l’Université d’Abomey-Calavi, où la délégation visite l’URMAPha, unité de recherche spécialisée en microbiologie appliquée et pharmacologie des substances naturelles. Dans l’amphithéâtre de l’EPAC, une conférence rassemble chercheurs et étudiants autour du thème « Talents made in Bénin : une force économique nationale ».
Le débat prend une dimension vivante. Les étudiants posent des questions sur l’avenir de la recherche, les opportunités d’innovation et les passerelles avec l’industrie. Parmi eux, Mlle Mazzitani, technicienne en maintenance biomédicale, présente un prototype de dispositif intelligent destiné aux salles de néonatologie. « Mon objectif est de différencier les pleurs des nourrissons des alarmes médicales grâce à l’intelligence artificielle », explique-t-elle avec assurance.
Bertin Nahum l’écoute attentivement avant de saluer ce type d’initiative, en soulignant l’importance de développer des solutions technologiques directement liées aux besoins du quotidien et aux réalités des contextes africains. « Il est important d’encourager l’esprit entrepreneurial, mais il faut aussi expliquer que tout le monde n’a pas vocation à être entrepreneur. Nous avons également besoin d’ingénieurs et de techniciens compétents qui contribuent au développement des entreprises », a-t-il expliqué.
À ses côtés, Lionel Zinsou insiste sur la portée collective de ces initiatives. « L’innovation n’est pas seulement technologique, elle est aussi sociale et organisationnelle », rappelle-t-il.
Au fil des rencontres, un fil conducteur se dessine, celui d’un pays qui mise sur ses talents pour transformer son économie. Pour Bertin Nahum, cette dynamique est prometteuse mais encore fragile. Il a souligné que le potentiel existe, mais qu’il ne peut produire un impact durable que s’il est structuré dans le temps, au sein d’écosystèmes solides et organisés.
Ce séjour de Bertin Nahum au Bénin dépasse le cadre d’une simple visite protocolaire. Il incarne une dynamique plus large, celle du retour progressif des compétences africaines de la diaspora vers leurs terres d’origine. Entre transmission de savoir, confrontation aux réalités locales et inspiration mutuelle, cette immersion révèle une évidence : l’avenir de l’innovation africaine ne se construira pas uniquement ailleurs, mais aussi en Afrique, au contact direct de ceux qui la feront vivre demain.
Bertin Nahum, pionnier de la robotique médicale et figure mondiale de la MedTech
Ingénieur diplômé de l’INSA Lyon, Bertin Nahum s’impose comme l’un des entrepreneurs les plus influents au monde dans le domaine de la robotique chirurgicale et de la santé numérique. Né en 1969 à Dakar, il construit un parcours d’exception entre innovation technologique, entrepreneuriat industriel et transformation de la médecine de précision.
Après avoir fondé Medtech en 2002, entreprise spécialisée dans les robots d’assistance chirurgicale, il contribue au développement du robot ROSA, utilisé en neurochirurgie et en chirurgie de la colonne vertébrale dans plusieurs régions du monde. Cette première aventure entrepreneuriale connaît une reconnaissance internationale et aboutit à l’acquisition de Medtech par Zimmer Biomet en 2016 pour environ 164 millions d’euros, marquant une étape majeure de la robotique médicale française.
En 2017, Bertin Nahum cofonde Quantum Surgical à Montpellier, aux côtés d’anciens collaborateurs de Medtech. L’entreprise développe Epione, une plateforme robotisée d’ablation percutanée dédiée au traitement mini-invasif et précoce des cancers de l’abdomen, notamment du foie, des reins et du pancréas. Cette technologie permet de guider avec précision les interventions sur des tumeurs difficilement accessibles, en réduisant significativement le caractère invasif des traitements.
Quantum Surgical connaît une croissance rapide et structurée. L’entreprise compte aujourd’hui plus de 140 collaborateurs entre la France et les États-Unis et a déjà permis de traiter plus de 1400 patients dans le monde grâce à Epione. Sa plateforme est déployée dans des centres hospitaliers de référence en Europe et aux États-Unis, notamment à Gustave Roussy et dans plusieurs établissements hospitaliers de pointe.
En 2022, Quantum Surgical reçoit le Prix Galien USA, considéré comme l’une des plus prestigieuses distinctions dans le domaine de l’innovation médicale, souvent comparée à un « Nobel de la recherche biopharmaceutique ». Cette reconnaissance consacre la contribution de Bertin Nahum à l’évolution des standards mondiaux du traitement du cancer.
Sous sa direction, Quantum Surgical poursuit son expansion avec une ambition claire : démocratiser l’accès à des traitements mini-invasifs, intégrant robotique et intelligence artificielle, afin de rendre les soins oncologiques plus précis, plus sûrs et plus accessibles à l’échelle mondiale.
Lauréat de distinctions internationales et classé parmi les entrepreneurs high-techs les plus innovants de sa génération, Bertin Nahum incarne une vision de la médecine du futur fondée sur la technologie, la précision et l’impact humain.
