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Viol des femmes : les journalistes Jean-Célestin Edjangué et Angela Kpeidja proposent des mesures d’urgence

Société

L’arsenal pénal existe pour lutter contre les violences faites aux femmes en Afrique. Mais les femmes et les jeunes filles attendent toujours des actes concrets. Photo : Gwenn Dubourthoumieu, Archives AFP.

Texte par : Thalf Sall

Comment prévenir le viol des femmes, protéger les victimes et punir sévèrement les auteurs de violences ? Quelles réponses appropriées peut-on apporter à ce fléau pour décourager les violeurs et promouvoir les droits des femmes sur le continent africain ? Les journalistes Jean-Célestin Edjangué et Angela Kpeidja apportent des réponses concrètes à ces questions.

Malgré l’arsenal pénal mis en place par les différents Etats africains, des femmes et des filles continuent d’être violées, agressées ou harcelées. Doit-on se limiter aux dénonciations et condamnations ? Le temps n’est-il pas arrivé d’agir plus efficacement, plus rapidement et plus fermement ? Ces questions méritent d’être posées au regard du sort réservé à certaines d’entre elles.

En France et au Bénin, deux journalistes se sont intéressés à ce sujet préoccupant. Face à la banalisation du fléau, Jean-Célestin Edjangué, ancien chef de l’Information à Africa24, à Paris, et Angela Kpeidja, journaliste à l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB), à Cotonou, proposent des mesures d’urgence.

Ces mesures vont de l’éducation à la non-violence et à l’égalité entre les filles et les garçons à la tolérance zéro à l’égard du harcèlement et de la violence sexuels, en passant par la fin de l’impunité. La création des conditions idoines pour libérer la parole des victimes et favoriser la révélation des violences, le renforcement de l’appareil judiciaire pour juger plus vite et plus efficacement, la protection des victimes, l’application stricte des lois destinées à lutter contre la violence faite aux femmes et les lois discriminatoires et l’investissement en faveur des femmes sont autant de solutions proposées.

 « Les peines prévus par les différentes législations doivent être appliquées, sans complaisance. Par ailleurs, un travail d’éducation, de sensibilisation des citoyens à ce fléau doit être mené dès le plus jeune âge, dans les écoles et au sein des familles », conseille l’auteur de "Jeunes d’Afrique, jeunes du monde. Les combats de tous les espoirs", Jean-Célestin Edjangué. « D’une manière générale, l’impact de l’application de ces mesures devrait être positif. Une prise de conscience de la nécessité de respecter l’être humain en général et la femme en particulier, peut être efficace si elle est accompagnée par l’implication de tous et de chacun », rassure cet essayiste.

Aller encore plus loin…

Pour Angela Kpeidja, il faut retourner aux valeurs africaines : « Il y a un sacré féminin qui existait dans nos sociétés que nous avons foulé au pied en courant vers la modernisation. Dans les couvents, dans les traditions africaines, la femme est un symbole de respect que nous avons perdu aujourd’hui en identifiant la femme rien qu’à travers ses atouts féminins. Il faut aussi éduquer les femmes à changer de représentation d’elles-mêmes, inculquer dès l’enfance au jeune garçon qu’il n’est pas une créature au-dessus de la fille. Ce n’est pas parce qu’il est un garçon que le corps de la femme lui appartiendrait.

Au niveau social, il faut un changement de regard sur ces questions de viol et de violences faites aux femmes en général. Nous avons droit à la parole, nous avons droit à la compassion et non aux critiques. Protéger les auteurs de ces horreurs au détriment de la victime, c’est la tuer plusieurs fois. Il faut donc déconstruire ces murs qui nous empêchent de lever le voile sur ces questions par l’éducation, la communication, pour un changement de comportement. Déjà briser le silence même si le violeur est un membre de la famille serait dissuasif.

Le Bénin ne souffre pas de grand-chose au niveau juridique si ce n’est les acteurs de la police et ceux de la justice qui ne sont pas assez formés pour accueillir, interroger et prendre en charge les victimes. Il nous faut des centres d’écoute bien huilés, une brigade spécialisée dans ces questions et non corrompue pour des peines maximales ».

L’auteure de Bris de Silence est convaincue que ces changements vont provoquer un remue-ménage au sein de la société. « Les conservateurs ne voudraient jamais donner à la femme la place qui est la sienne. Les hommes aiment nous inférioriser pour exprimer une hypothétique virilité. Mais avec la volonté politique et aussi celle des femmes qui sont les premières éducatrices, nous y arriverons. Il faut une grande révolution africaine à l’image du mouvement #MeToo pour combattre le phénomène sous toutes ses formes », a-t-elle souhaité.

 

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase

 

Les réactions de ces deux journalistes font suite à l’apologie du viol en Côte d’Ivoire. Horrible. C'est ainsi qu'il faut d'écrire la « démonstration de viol » sur NCI, une chaîne de télévision privée ivoirienne, à Abidjan, le lundi 30 août 2021. L’apologie du viol orchestrée dans l’émission « La télé d’ici vacances » par l'animateur Yves de Mbella et son invité, un ancien violeur présumé « repenti », suscite colère et indignation dans plusieurs capitales africaines.

Simuler un viol sur un mannequin à la télévision est une faute professionnelle grave, qui légitime la violence sexuelle et réduise les victimes au silence. La scène a mis en colère tout le monde. Pas seulement en Côte d’Ivoire. Même en dehors du continent africain, l’indignation est générale. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les hommes et les femmes se sont mis debout pour dénoncer la scène et appeler à des sanctions sévères contre les auteurs, coauteurs et complices de cette mise en scène ignoble.

Pour l’organisation internationale Volontaires pour la Démocratie et les Droits Humains (VDDH), basée en France, « c’est un scandale ».

En colère, la secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes (LIDF), Denéo Gouehe Gnonsian Désirée, exige des sanctions pour éviter le bégaiement de l’histoire : « J’ai été choquée comme plus d’un. Je ne sais pas si c’est une quête de buzz, je ne sais pas. Mais, honnêtement, je n’ai pas de mot pour qualifier cela. Mais je trouve que c’est totalement déplacé. On espère que la Haute autorité pour la communication de l’audiovisuel pourra au moins, et pour une fois en Côte d’Ivoire, se prononcer et condamner fermement de telles actions qui sont carrément outrageantes et humiliantes pour les femmes ivoiriennes. »

La LIDF est allée plus loin en déposant une plainte auprès du procureur de la République pour apologie du viol et outrage public à la pudeur contre la chaîne NCI et l’animateur. La justice a tranché : Yves de Mbella a été condamné à 12 mois de prison avec sursis et 2 millions de F CFA d’amende tandis que l’ex-prisonnier venu reconstituer son crime dans son émission a écopé de 24 mois de prison ferme et 500 mille FCFA d’amende.

 

Cas du Bénin

 

Au Bénin, des femmes et des filles sont aussi victimes de viol. Angela Kpeidja est journaliste à la télévision nationale. Violée à deux reprises par des membres de sa famille, elle témoigne : « J’ai été violée à l’âge de 5 ans par mon oncle mais j’ai grandi jusqu’à 17 ans sans m’en rendre compte. Il a fallu que je sois encore exposée à 17 ans sous l'emprise de mon cousin germain à cette même agression sexuelle pour que, comme des clichés, ces images s’entrechoquent dans ma mémoire. C’est tout simplement mortel, une vie sexuelle bousillée, un dégoût de l’espèce mâle, une douleur inouïe.

Comment se manifeste le viol en Afrique? Je dirai que le violeur n’est jamais loin, il est de la famille (le cousin, le grand frère, le père, l’oncle...), il est à l’école, il est dans l’entourage et oppose une force au-delà de votre résistance pour finalement vous retirer ce que vous avez de plus intime. Et à ce moment, on vous posera des questions perfides, dégoûtantes : pourquoi tu t’es retrouvée là avec lui? Pourquoi tu n’as pas crié ? Pourquoi et pourquoi...? Pour  finalement vous culpabiliser en plus de la honte qui est la vôtre. L’auteur, lui, s’en sort avec la protection de la société et surtout qu’il n’est jamais loin, l’entourage donne force à l’adage qui dit : le linge sale se lave en famille ! C’est fou tout simplement que face à cette horreur, même vos parents vous imposent le silence parce que c’est une honte pour eux.

Les peines d’emprisonnement et d’amende ne guérissent pas la victime car c’est une vie volée à jamais. Quand on a été violée, aucune peine d’emprisonnement ne vous rend votre corps désacralisé, souillé. Vous vivez avec et tentez tant bien que mal de sortir de l’abîme ». 

Somme toute, l’Afrique a encore de grands défis à relever pour protéger les femmes et promouvoir leurs droits. L’arsenal juridique existe et peut être amélioré. Il ne reste que des actes concrets.


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