Valentin Djènontin-Agossou : « transformer ou importer », le choix décisif pour l’Afrique

Heure de publication 11:55 - Temps de lecture : 3 min 28 s

Valentin Djènontin-Agossou lors de son intervention sur les enjeux de transformation économique et de développement en Afrique, ce 15 mai 2026 à Paris. – © YouTube.

Texte par : Thalf Sall

Alors que l’Afrique dispose d’immenses ressources agricoles, minières et humaines, une grande partie de ses économies continue d’importer massivement des produits qu’elle pourrait produire et transformer localement. Dans une récente déclaration publiée sur sa chaîne YouTube, Valentin Djènontin-Agossou alerte sur les conséquences économiques et sociales de ce modèle. Pour l’ancien ministre béninois de la Justice, l’absence de transformation locale prive le continent de millions d’emplois, fragilise sa souveraineté économique et freine durablement son industrialisation. Au-delà du constat, il plaide pour une réorientation stratégique fondée sur la production locale, la création de valeur ajoutée et le soutien aux filières industrielles africaines.

« Lorsqu’on parle de développement économique en Afrique, un mot revient souvent : potentiel. » C’est par cette réflexion que Valentin Djènontin-Agossou, ancien ministre et député, analyste des politiques publiques et expert en pensée stratégique, auteur de L’intégrité en héritage, introduit son analyse. Selon lui, le paradoxe africain est désormais bien identifié : le continent regorge de ressources naturelles et agricoles, mais reste fortement dépendant de l’extérieur pour son alimentation, ses biens manufacturés et parfois même des produits de première nécessité.

Cette dépendance n’est pas nouvelle. Elle trouve une partie de ses origines dans l’organisation historique des économies coloniales, longtemps structurées autour de l’exportation de matières premières brutes et de l’importation de produits transformés. Cacao, coton, café, minerais ou pétrole quittent encore majoritairement le continent sans transformation significative.

Mais pour l’ancien ministre béninois de la Justice, cette explication historique ne suffit plus. Plus de soixante ans après les indépendances, plusieurs États africains continuent de reproduire un modèle économique peu favorable à la création de richesse locale. « Le véritable problème n’est pas l’absence de ressources. Il est l’absence de transformation locale à grande échelle », affirme-t-il.

Cette situation produit des effets concrets sur les économies africaines : déficit commercial élevé, dépendance alimentaire, vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux et chômage massif des jeunes. Selon plusieurs institutions internationales, la transformation locale des matières premières pourrait pourtant générer des millions d’emplois sur le continent et renforcer considérablement les chaînes de valeur africaines.

 

La transformation locale comme levier stratégique de développement

 

Dans son intervention, Valentin Djènontin-Agossou insiste sur un point central : produire ne suffit pas. L’enjeu majeur réside dans la capacité à transformer localement les ressources. « Transformer, c’est créer de la valeur ajoutée. C’est créer des emplois durables. C’est structurer une économie plus résiliente », explique-t-il.

L’ancien ministre évoque notamment les difficultés rencontrées par certaines initiatives industrielles locales, en particulier dans les secteurs de la transformation des fruits et des tomates. Selon lui, plusieurs projets prometteurs ont été ralentis par des contraintes structurelles lourdes, notamment l’insuffisance énergétique, le manque d’infrastructures adaptées ou encore l’instabilité des politiques publiques.

Il pointe également la responsabilité d’une partie des acteurs économiques. Importer reste souvent plus rapide, moins risqué et parfois plus rentable à court terme que produire localement. Mais cette logique de rentabilité immédiate affaiblit durablement les économies nationales en limitant les investissements productifs et la montée en compétence des travailleurs locaux.

Pour sortir de cette dépendance, Valentin Djènontin-Agossou appelle à un changement de paradigme économique. Il plaide pour des politiques industrielles plus ambitieuses capables de soutenir les petites et moyennes entreprises productives, de sécuriser l’environnement des affaires et de protéger intelligemment certaines filières stratégiques émergentes.

Son analyse rejoint les débats actuels sur la souveraineté économique africaine et la nécessité d’une industrialisation adaptée aux réalités du continent. Dans plusieurs pays africains, des initiatives émergent déjà dans l’agro-industrie, la transformation textile ou les industries pharmaceutiques locales, avec des résultats encourageants en matière d’emplois et de création de valeur.

 

Entre contraintes structurelles et nécessité d’une vision de long terme

 

Le diagnostic posé par l’ancien ministre met aussi en lumière une difficulté récurrente : la tension entre les urgences politiques immédiates et les investissements de long terme nécessaires à l’industrialisation.

Selon lui, les politiques publiques privilégient souvent la gestion des contraintes budgétaires ou la stabilité politique à court terme, au détriment d’une vision industrielle durable. Or, développer des unités de transformation locale nécessite des investissements lourds, de la constance politique et une planification stratégique sur plusieurs années.

Les défis restent nombreux : accès limité à l’électricité, infrastructures insuffisantes, financement difficile pour les PME industrielles, faible intégration régionale et concurrence internationale parfois déséquilibrée. Mais pour Valentin Djènontin-Agossou, ces obstacles ne peuvent justifier l’inaction permanente.

Il défend l’idée d’une transformation progressive mais déterminée des économies africaines. « Un pays ne se développe pas durablement en important ce qu’il sait produire », rappelle-t-il. Selon lui, la cohérence entre les discours sur le développement et les choix économiques réels constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du continent.

Cette approche s’inscrit dans une logique de journalisme de solutions : identifier les blocages structurels tout en mettant en avant des pistes concrètes de transformation. Car au-delà du constat critique, l’analyse de Valentin Djènontin-Agossou souligne qu’une autre trajectoire économique reste possible si les investissements productifs, l’innovation locale et les chaînes de valeur africaines deviennent enfin des priorités stratégiques.

À travers cette prise de parole, l’ancien ministre béninois remet au centre du débat une question fondamentale : comment construire une croissance durable si les économies africaines continuent d’exporter leurs ressources et d’importer la valeur ajoutée ? Pour lui, la réponse passe par une industrialisation progressive, adaptée aux réalités locales et portée par une vision économique cohérente. Une orientation qui pourrait transformer non seulement les économies africaines, mais aussi les perspectives d’emploi et de souveraineté du continent.

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