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Pollution plastique au Bénin : des approches novatrices pour une lutte efficace

Société

Les sachets plastiques envahissent les rues de Cotonou malgré le vote d’une loi interdisant leur usage au Bénin. – © Notre Voix.

Texte par : Dorice Djèton Goudou

A l’instar de plusieurs pays africains, le Bénin s’est doté d’une loi qui interdit la commercialisation, la production et l’usage des sachets plastiques. Deux ans après l’adoption de ladite loi, les sachets plastiques ont plus que jamais le vent en poupe et l’on se demande par quel moyen prendre pour venir à bout de cette lutte. 

Il sonne 7 h 15 ce samedi 09 novembre 2019. A cette heure, malgré les averses de la veille, quelques rayons solaires dardent déjà leurs rayons sur le quartier non loin de l’exutoire à ciel ouvert du marché St Michel de Cotonou. Là, dame Assiba vend de la bouillie de mil et des beignets de farine de blé communément appelés "Yovodoko". La trentaine révolue avec un grain de beauté au-dessous du nez et dans un caftan local "Boba", ses clients (une douzaine) attendent déjà et mettent la pression. « Bouillie pour 100 F et beignets pour 150 F dans sachet. Et j’ai un billet de 500 F », lance d’une voix fine, une cliente. Une autre fait la même doléance. Puis une troisième etc… Dame Assiba, d’un geste rapide récupère un sachet de couleur noire sous son étalage puis sert à tour de rôle, chaque catégorie de met dans un sachet plastique. Sa maestria à attacher les différents sachets pourtant interdits surtout ceux de bouillie a épaté tout le monde. De tout ce beau monde, sauf un Monsieur, un quinquagénaire a acquis sa bouillie dans une petite glacière à l’avant de son véhicule. 

Un phénomène qui persiste

Comme cette vendeuse de bouillie, nombre d’activités (poissonnerie, épicerie, vente de céréales, commerce de nourritures, d’eau fraîche en sachet communément appelée "Pur Water"…) continuent de recourir aux sachets plastiques interdits. A l’instar de ce quartier, dans d’autres localités de Cotonou et du Bénin, on y trouve diverses sortes de sachets en plastique de multiples tailles et de différentes couleurs.

A quelques encablures de ce caniveau à ciel ouvert du marché St Michel, une discussion retient notre attention entre Madame Janette, grossiste de sachets plastiques et l’une de ses clientes de vieille date. Celle-ci lui indique un sachet dans lequel, elle a pris l’habitude de vendre du charbon au quartier. Sa longueur fait que les clients s’imaginent que le charbon y est en quantité suffisante. 

Une autre cliente plus âgée que la première en voulait de plus petits pour pouvoir y emballer ses boules d’akassa. Nos regards se croisent et nos questions gênantes : « À Cotonou, où voulez-vous qu’on trouve de façon régulière et en quantité suffisante, des feuilles afin d’emballer plus de 1 000 boules d’akassa par jour ? », a lancé rageusement Tangni Kpévi, la quarantaine et vendeuse d’akassa à Gbégamey, l’un des quartiers populaciers de Cotonou. Cependant, malgré sa logique commerciale relative à l’inexistence d’emballages appropriés, elle est consciente des nuisances des sachets en plastique sur la santé. Le constat de cette matinée en plus des rues de Cotonou, c’est qu’au-delà de ces situations précédemment décrites, l’omnipotence des déchets en plastiques prouve à suffisance qu’ils font toujours partie du quotidien des Béninois et ne cessent de polluer l’environnement. 

En effet, les sachets plastiques sont très utilisés comme emballages au Bénin. Mieux, ils constituent une grande proportion des ordures ménagères. Pourtant, la loi 2017-39 du 26 décembre 2017, portant interdiction de la production, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation, de la détention, de la distribution et de l’utilisation des sachets en plastique non biodégradable en République du Bénin, n’a pas encore permis aux sachets biodégradables de commencer leur règne au Bénin. 

 Que dit la loi ? 

Lorsqu’on se réfère à certaines dispositions de la loi, il ne devrait même plus exister de sachet en plastique dans les ruelles du Bénin. Pour preuve, l’article 5 dit clairement que : « sont également interdits le déversement, le jet des sachets en plastique dans les rues et autres lieux publics, en milieu urbain et rural, dans les infrastructures des réseaux d’assainissement, dans les cours et plans d’eau et leurs abords, par-dessus bord des véhicules » et l’article 6 vient préciser les catégories de sachets acceptées. On peut y lire : « Les types de sachets en plastique dégradables autorisés en République du Bénin sont notamment : les sachets bio-fragmentables, les sachets hydro- biodégradables, les sachets Oxo-dégradables, les sachets photo-dégradables ».

Quid des sanctions ?

Comme dans toute loi votée, des dispositions ont été inscrites dans celle sur l’interdiction des sacs plastiques pour punir les contrevenants. L’article 11 stipule par exemple que : « Toute entreprise qui produit ou importe les sachets en plastique en contravention des dispositions de l’article 5 est punie d’une amende de dix millions (10.000.000) de francs CFA à vingt millions (20.000.000) de francs CFA et d’un emprisonnement de trois à six mois ou de l’une de ces deux peines seulement. En cas de récidive l’amende est portée au double. Et l’article 12 rappelle que : « Quiconque commercialise, distribue et détient les sachets en plastique en contravention des dispositions de l’article 4 est puni d’une amende de cent mille (100.000) francs CFA à cinq millions (5.000.000) de francs CFA ». 

Il est aussi évident depuis deux ans que la loi a été adoptée, que les citoyens béninois savent qu’elle existe, mais ils n’en maîtrisent pas le contenu. Il serait donc judicieux de la vulgariser même si nul n’est censé ignorer la loi. Aline Tomadé, étudiante en 3ème année de droit estime que cette vulgarisation est pressante tout au moins les dispositions qui interpellent directement le citoyen lambda. A ce propos, l’article 13 et 16 stipulent respectivement que : « Quiconque déverse ou jette les sachets en plastique dans les infrastructures des réseaux d’assainissement, dans la mer, les cours et plans d’eau et leurs abords est puni d’une amende de cent mille (100.000) francs CFA à cinq cent mille (500.000) francs CFA. En cas de récidive l’amende est portée au double » et que : « Toute personne qui jette un sachet en plastique par-dessus bord des véhicules est punie d’une amende allant de cinq mille (5000) francs à cent mille (100 000) francs CFA. Le propriétaire du véhicule par-dessus bord duquel les sachets en plastique est jeté est également puni d’une amende de cinq mille (5000) francs CFA ». Mais en dépit de la vague de répressions ayant suivi le vote de la loi, les Béninois ont repris leurs habitudes dès que les autorités en charge de la lutte ont baissé la garde.

Avis d’un spécialiste

Selon Clément Kotan, Directeur général de l’Unité de Protection de l’Environnement (UPE), « la pollution plastique est la pollution due à l’utilisation des sachets en plastique. Ces derniers fabriqués à base des déchets d’hydrocarbure ont une durée de vie presque illimitée. Et lorsque qu’un sachet est jeté dans la nature, il ne verra pas sa destruction dans les meilleurs délais de notre existence du fait de la composition chimique ». Pour ce spécialiste donc, la lutte contre les sachets biodégradables s’impose et l’on peut se réjouir du fait que le Bénin dispose d’une loi qui interdit l’usage du sachet en plastique non biodégradable. 

Clément Kotan a également affirmé que les conséquences des sachets en plastique sur l’agriculture, la pêche, les lagunes, les rivières et la santé ne sont plus à démontrer. 

Certes, une loi est prise et les dispositions de mise en application existent, mais des préoccupations quant à son application stricte demeurent. « Comme tous les pays qui ont pris cette loi avant le Bénin, nous avons été confrontés à un problème de fond qui doit nous ramener à l’objectivité et à l’esprit de la loi », explique le directeur de l’Unité de protection de l’environnement. Et quand on s’en tient au texte, désormais les sachets qui rentrent au Bénin, doivent être non biodégradables. Mais il y a lieu de réfléchir à la manière d’engager la lutte. « Le coût de ces sachets biodégradables n’est-il pas onéreux pour les commerçants ? Avons-nous beaucoup d’importateurs de sachets biodégradables qui veulent prendre ce risque? Avons-nous des fabricants de sachets dégradables qui sont là et qui veulent le faire en masse afin de couvrir tout le territoire Béninois ? Avons-nous les moyens de contrôler ? », s’interroge l’expert. 

Une prise de conscience collective s’impose

Autant d’interrogations qui visiblement révèlent une fois encore que la lutte contre la pollution plastique doit être repensée. Des dispositions idoines doivent être prises avant d’amorcer une quelconque répression. Pour Clément Kotan, du fait des dégâts énormes des sachets non biodégradables sur l’environnement et la santé, une prise de conscience collective s’impose pour mener ensemble cette lutte.  

Cette prise de conscience collective suppose que celui qui achetait le "Pur Water" à 25 FCFA ne doit plus rechigner pour l’acheter à 35 FCFA, parce qu'entre-temps, les producteurs se sont tournés vers des sachets dégradables où autres emballages recommandés par la loi. C’est dire que la cause est plus noble que les petits calculs et que nul ne sera de trop dans la lutte contre la pollution plastique.  

Engager résolument les femmes et décentraliser la lutte

Elles sont presque à tous les échelons. Grossistes, semis grossistes, détaillantes, vendeuses de nourriture, mères de famille, vendeuses de "Pur water". Du retour du marché ou des emplettes au quartier, elle en ramène par dizaine à la maison. La bonne dame, vendeuse de nourriture ne peut s’en passer. En effet, les femmes constituent une cible capitale à impliquer dans la lutte contre les sachets en plastique si l’on tient à enrayer ce phénomène. 

Bien que des initiatives sociales telle que "Eco running" porté par l’association " Sachet Hélou" existent au Bénin, il faudra instaurer un système de collecte efficace des déchets en plastique dans les communes et arrondissements sous la tutelle des autorités locales.  

Selon Didier Hubert Madafimè, journaliste spécialiste des questions environnementales et expert en gestion des risques et catastrophes : « Il y a eu tellement de confusion au niveau des sachets biodégradables qui doivent remplacer les autres sachets en plastique que personne ne sait au Bénin actuellement qui utilise quoi ». Pour cela, il préconise une gestion plus décentralisée de la lutte contre la pollution environnementale plus précisément de la pollution plastique. « L’Etat central ne doit plus être en train de s’occuper de la gestion des déchets notamment ceux des sachets plastiques. On peut territorialiser ces questions puisque la décentralisation nous a permis d’avoir des chefs d’arrondissements et des chefs quartiers, qui sont à la tête de petites unités administratives donc plus proches des communautés à la base », confie le spécialiste. Le chef quartier maitrise mieux les dames qui gèrent de petits commerces dans lesquels elles vendent le sachet.  

C’est dire que si on outille les unités administratives locales et qu’on les implique résolument dans la lutte contre la pollution plastique, il existe de fortes chances que la lutte contre la pollution soit une réalité.


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