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Jessica Aya Nanou : de la rue au barreau de Côte d’Ivoire, une femme battante, résiliente et déterminée

09 Avr 2022 Notre Voix Success Stories

2 commentaires

Heure de publication : 13:02 - Temps de lecture : 3 min 36 s

Me Jessica Aya Nanou, présidente de l'Association des Jeunes Avocats de Côte d'Ivoire, à 35 ans. – © Me Jessica Aya Nanou.

L’histoire de Jessica Aya Nanou est le témoignage vivant d’une femme battante, résiliente et déterminée. La vie n’a pas été du tout tendre avec elle, mais elle a cru en ses rêves et a su se donner les moyens pour faire face à toutes les épreuves jusqu’à parvenir à ses fins. De vendeuse de pain à la Rue Princesse à Abidjan, en Côte d’Ivoire, elle est passée à avocate, spécialisée dans les contentieux au pénal, les conseils juridiques, le droit des affaires et le droit pénal des affaires. Le droit et elle, c’est une véritable histoire d’une vie, une histoire d’amour, de passion.  Le métier d’avocat représente pour elle  « un outil pour aider à obtenir justice : un réel sacerdoce ». C’est à 25 ans qu’elle a obtenu son certificat d’aptitude professionnelle d’avocat pour défendre la cause des opprimés au sein des juridictions de son pays. Mère de deux enfants et passionnée par la lecture, l’écriture et la cuisine, elle préside aujourd’hui l'Association des Jeunes Avocats de Côte d'Ivoire, à 35 ans. Comme quoi, dans la vie, il faut se fixer des objectifs clairs et se battre dignement pour les atteindre. Vincent Toh Bi Irié, ancien préfet d’Abidjan, raconte en détail son histoire, émouvante et très inspirante pour la jeune génération.

Texte par : Vincent Toh Bi Irié

Elle est aujourd’hui, l’une des plus grandes avocates de Côte d’Ivoire et Présidente de l’Association des Jeunes Avocats ; elle porte de grands dossiers. Me Jessica Aya Nanou est Ivoirienne. Elle a 35 ans. Voici comment s’est faite cette jeune et dynamique avocate, dans la souffrance. Sur la rue Princesse à Yopougon, la jeune Jessica Aya Nanou rôde les soirs. A l’époque, "la Rue" est bouillonnante. C’est le haut lieu de la culture, de la musique, des bars, des boîtes de nuit hyper branchées. Jessica Aya Nanou y vient vendre du pain au saucisson aux fêtards pour avoir un peu d’argent et s’occuper de la famille. Avant de descendre sur la Rue Princesse à 19 heures, elle gère sa petite cabine téléphonique l’après-midi à Yopougon Groupement Foncier. Donc schématiquement, elle gagne quelques francs de bénéfice dans la cabine téléphonique, utilise cet argent pour acheter du pain et du saucisson, qu’elle revend à la Rue Princesse à partir de 19 heures. Les bénéfices de cette vente à la Rue Princesse permettent d’acheter de la nourriture pour toute la famille et de faire face à ses propres frais scolaires et ceux de ses sœurs et frères.

Dans cette petite maison de location de Yopougon Groupement Foncier, vivent 10 personnes, père, mère, enfants et cousins. Il s’y joue également des traumatismes familiaux. Sa mère est ménagère. Son père, ingénieur à la SOTRA, demande un départ à la retraite anticipé pour monter une affaire. Mais les escrocs l’y attendent et il est ruiné. Il perd toutes ses ressources et tous ses espoirs. Par la force des choses, la jeune Jessica est devenue chef de famille à 17 ans. Elle s’ingénie à faire de petits commerces pour s’occuper de la maisonnée. Entre-temps, ses deux parents se séparent, ce qui accentue la précarité. Heureusement pour elle, lorsque son père était en activité, il l’a scolarisée à l’école primaire Froebel à Yopougon, puis au Groupe Scolaire Saint Louis à Yopougon. Il l’oriente dans une Université privée, l’UCAO (Université Catholique de Afrique de l’Ouest) dont elle fait partie de la première promotion. Elle décroche sa Maîtrise en Droit à 20 ans, puis progresse sur un DESS en Droit des Affaires et Fiscalité par cours du soir. Elle effectue de petits stages dans plusieurs cabinets et décroche à 25 ans en 2011 le CAPA (Certificat d’Aptitude Professionnelle d’Avocat).

Elle prête serment et collabore 08 ans dans un Cabinet où elle acquiert de l’expérience. Depuis 3 ans, elle est Avocate Associée dans un Cabinet. La jeune Jessica Aya Nanou est devenue Me Jessica Aya Nanou, Avocate depuis 11 ans. Oubliées les nuits à vendre du pain, les après-midi à animer une cabine téléphonique, les journées à se demander de quoi demain sera fait. Elle gère des dossiers sociaux à grands relents médiatiques : viols, meurtres, vols, etc. Elle s’impose surtout dans le droit des affaires et le droit bancaire, avec plusieurs banques et institutions de grande réputation nationale et internationale dans son portefeuille, avec aussi des rachats d’entreprises. Du lourd !

Mais quand on vient de Yopougon Groupement Foncier, on n’oublie pas ses origines ni les grâces de Dieu dans sa vie. Quand elle devient avocate, elle consacre chaque vendredi à s’occuper à suivre les cas des prisonniers pauvres et incapables d’avoir un avocat pour les défendre. Dans leur jargon, ils disent de façon pro bono. Par ailleurs, elle affirme son leadership et est membre de la direction de plusieurs ONGs importantes.

Voici une pépite, une pupille, un fleuron de notre système judiciaire et social. Voici le modèle de combativité qui construira la Côte d’Ivoire de demain.

Moralité : La pauvreté et la souffrance peuvent être transformées en engrais pour devenir le moteur du succès. Jeunes filles, Me Jessica Aya Nanou vous dit : ne cédez pas à la facilité, ne succombez pas au regard condescendant des gens, ne désespérez pas de la vie, ne soyez pas les proies des prédateurs sexuels quand vous êtes en pleine difficulté, ne doutez pas de vous et de votre avenir. Imposez-vous !

Le titre et le chapeau de ce texte sont produits par la Rédaction. Vincent Toh Bi Irié est l’auteur du témoignage.


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Fall
10 APRIL 2022 à 20:26

Quel parcours ! Vraiment inspirant. Avocate à 25 ans, ancienne vendeuse de pain dans la rue, présidente des jeunes avocats de la Côte d'Ivoire, élégante, belle, intelligente... Je lui tire mon chapeau. Voilà une amazone des temps modernes, une femme qui sait ce qu'elle veut et comment se battre pour réaliser son rêve. Ces genres d'histoires doivent être enseignées dans nos écoles, partout en Afrique. Pas qu'en Côte d'Ivoire. C'est ce dont notre continent a besoin pour retrouver sa dignité et son honneur, par le travail, la solidarité, la défense de nos valeurs. Tout est possible dans la vie. A condition de se lever tôt et de se donner les moyens de sa politique. Merci à cette dame pour sa patience et sa détermination. Merci à toutes ces femmes et tous ces hommes qui se battent dans le silence pour sortir la tête de l'eau. Que l'histoire de cette avocate nous donnent tous, notamment aux paresseux et autres aigris, la force et le courage de croire en nos rêves. Merci à @notrevoix pour cette nouvelle méthode d'information. Je vous suis depuis Dakar, au Sénégal.

Titi
10 APRIL 2022 à 10:31

Mille bravos, quel courage, quelle force, quelle volonté, je suis admiratif devant votre réussite, vous devriez faire la une de tous les médias bien avant toutes les atrocités qu'on nous présente, vous êtes l'exemple personnifié pour toute notre jeunesse, merci d'être l'exemple de ce que l'on peut faire avec de la volonté et du courage. Si j'étais président je créerais un ministère de l'avenir du pays et vous auriez pleinement mérité de le diriger